Hunger de Steve McQueen

HungerHunger, réalisé par Steve McQueen
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Michael Fassbender, Stuart Graham, Brian Milligan et Liam Cunningham
Scénario : Enda Walsh et Steve McQueen
Durée : 1H40 / Date de sortie : 26 novembre 2008

On ressort comme lessivé de ce premier travail, ébloui par la technique, ému par le message. Pour son premier film, Steve McQueen (autre personne que le très connu premier Steve McQueen, pour autre vision du cinéma) livre une œuvre poignante, d’une âpreté incroyable, et un chef d’œuvre en puissance tout simplement étourdissant.

Sur fond de Thatchérisme où l’ordre dépassait la morale, un groupe de prisonniers, considérés comme terroristes, a décidé de commencer une lutte contre les forces de l’ordre en engageant une grève de la faim. Si cette idée n’est révélé que très tard dans le film, c’est en gros le vrai fond du film malgré le fait que l’œuvre se penche plus sur le côté fraternel du groupe. De l’introduction singulière jusqu’aux premières péripéties et aux conflits musclés entre forces de l’ordre et prisonniers indignés, McQueen filme le tout avec une agilité, une sensibilité et une force assez extraordinaire.

Faisant d’un simple dialogue entre Bobby Sand, meneur de la lutte brillamment interprété par Michael Fassbender, et un prêtre une formidable joute verbale dans lequel les personnages passent d’un état jovial à un état de gravité émotionnelle grâce à des paroles d’une profondeur impressionnante, McQueen filme, prend son temps pour mettre son sujet en place et impose un point de vue au spectateur. Non pas que cet aspect critique soit néfaste au film mais McQueen ne laisse pas vraiment au spectateur le choix de son camp car Bobby Sand et son groupe sont clairement identifiés comme des héros. Des héros à la recherche d’une liberté et d’une égalité dans un milieu carcéral où les humains sont traités comme des bêtes.

Poussant son héros jusqu’à la perte progressive de tout sens qu’il soit moral ou physique, poussant ses acteurs secondaires dans un questionnement existentiel faisant finalement de Hunger une œuvre nihiliste sur le sens de la vie et sur la quête de la vérité, McQueen arrive à pousser le malaise à son paroxysme sans oublier son sujet de départ. Puis, vient la dernière partie, l’inarrêtable descente aux enfers de Bobby Sands, la mort au bout du tunnel pour une cause vaine… Fassbender pousse l’extrême jusqu’à ses derniers retranchements (quelle performance !), arrive à montrer son dépit au travers d’un regard, verse une dernière larme dans un vent mélancolique assez étonnant et s’envole doucement mais surement.

McQueen signe avec Hunger un premier film sous forme de tour de force par la puissance de son sujet et de sa narration, par la sensibilité et la violence de sa mise en scène et par la performance extraordinaire de Michael Fassbender, comme transcendé par ce rôle de forcené prêt à tout pour, ne serait-ce, qu’un peu de liberté. Hunger parle de fraternité, de liberté et de combat entre deux mondes qui s’opposent et c’est tout simplement brillant par le fait que le film est multi-forme, émotionnellement instable et gigantesque par sa maîtrise. Un véritable chef d’œuvre du cinéma d’auteur moderne.5 étoiles

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