L’Etrange Histoire de Benjamin Button de David Fincher

Un cinéaste hors du commun

Vidéoclippeur remarqué et remarquable d’artistes tels que Madonna, The Rolling Stones ou Michael Jackson, David Fincher est – et reste – considéré comme l’enfant terrible de Hollywood.

Sa patte cinématograpique frappe à l’oeil des producteurs d’Alien avec lesquels il officie pour son premier film. Dégoûté par le lobbying des producteurs mais remonté comme jamais, Fincher va alors, avec Se7en, livrer une bombe cinématographique laissant échapper son cinéma stylisé, racé et très inspiré des vidéoclips. Du générique génial à la conclusion ultra-tendue, Fincher lance sa carrière avec ce film malgré le fait que les critiques ne le suivent pas. Réalisateur par la suite de The Game, il entre dans le panthéon des réalisateurs définitivement cultes avec le très contesté Fight Club. Réputé comme une œuvre inadaptable, David Fincher divise la critique par cette adaptation du livre de Chuck Palahniuk mais fait un pas détonant dans le cœur de la génération X. Succès mondial, film désormais considéré comme un immanquable, David Fincher décide alors de diversifier le tir à travers différents genres et différentes visions du cinéma. Que le numérique soit ! Les effets spéciaux hors du commun de Fight Club laissent alors à Fincher la possibilité pour lui de développer progressivement mais surement, comme Michael Mann, le cinéma en numérique. Opérant dans la nostalgie avec Zodiac en livrant à la fois un film vintage, complexe, fascinant et angoissant, Fincher devient alors le chouchou de la critique et laisse entrevoir un avenir radieux. La suite sera L’Etrange Histoire de Benjamin Button, chef d’oeuvre absolu et fresque épique et romanesque totale dans lequel le numérique est l’outil principal de Fincher pour rendre crédible son contenu et tirer la quintessence même de l’oeuvre de Scott Fitzgerald. Fincher deviendra l’un des rois du cinéma numérique avec The Social Network, chronique brillantissime d’une génération désabusée et sans limite sur fond de création de Facebook. Puis, en 2012, il reviendra aux fondamentaux avec Millénium – Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes, remake américain du best-seller de Stieg Larsson où David Fincher, devenu incontournable et véritable idole du cinéma stylisé, livre une œuvre brutale, froide et brillante. Fincher a su s’imposer au fil des années comme un réalisateur à part, au départ solitaire dans son rêve d’un cinéma plus net, plus proche des émotions et qui, maintenant, est accompagné de tous dans sa quête de l’absolu, dans sa recherche d’un cinéma pouvant satisfaire les cinéphiles et le grand public. Sommes-nous face au nouveau Stanley Kubrick ?

« Curieux destin que le mien… »

La musique de Desplat se fait entendre peu à peu, lancinante et pourtant si importante dans le parcours de L’Etrange Histoire de Benjamin Button. Te rappelles-tu, jeune fille, nos souvenirs chaleureux ? C’est le point de départ de cette fresque menée tambour battant par le grand David Fincher qui signe ici une ode à la vie plus qu’une simple histoire à l’eau de rose que l’on nous sert depuis de nombreuses années. Mon respect de David Fincher est tellement grand. Pour moi, ce réalisateur a toujours su faire la part des choses entre émotion, maîtrise scénaristique et maîtrise technique. Et c’est avec L’Etrange Histoire de Benjamin Button que j’avais découvert ce génie en 2009 et que j’avais vécu mes premières grandes émotions en tant que cinéphile – avec des larmes à la clé bien sûr -. Et pourtant ce chef d’oeuvre incompris, simplement repoussé d’un revers de la main par une critique presque ignorante face à un réalisateur si gigantesque, a connu des misères et sa conclusion se révèle être un miracle tant l’oeuvre de Francis Scott Fitzgerald, déjà auteur de Gatsby le Magnifique dont l’adaptation de Baz Luhrmann arrivera courant 2013 dans nos salles, est à la fois si dense et si mince car la nouvelle fait moins de cent pages. Ce qui est en soit assez complexe pour un film qui veut durer plus de 2H30. Et pourtant Fincher, perfectionniste et rebelle d’un Hollywood peu à peu en cendres, l’a fait et l’a brillamment fait.

Avec un budget de 160 millions de dollars et un tel récit en poche, David Fincher a su montrer ses maladresses pour donner un récit plein d’humanité, mettre sa technique à la merci d’une image époustouflante et donner au spectateur ce qu’il voulait : une fresque romanesque et épique. Car en soit le projet est casse-gueule (comme l’avait été Fight Club) et carrément inadaptable par un réalisateur pourtant habitué des thrillers glauques et ténébreux, mais c’est avec un affront incroyable et un incommensurable amour pour le cinéma que Fincher signe ici pas uniquement un film d’une ampleur incroyable mais aussi une fresque amoureuse comme on n’en fait plus. Faisant preuve de nostalgie, tout en y mettant un grain de modernité – notamment grâce à la modélisation numérique des différentes phases d’âge du personnage de Brad Pitt -, L’Etrange Histoire de Benjamin Button aurait clairement pu s’adresser à un public féminin, mais étonnamment le film est tout public et son fond finalement abordable pour le grand public.

Empruntant les chemins de Titanic pour son fond de fable romanesque, Benjamin Button est pourtant un film à la fois poétique, tragique et drôle. Et cette réussite est en parti due par son casting quatre étoiles composé du gigantesque Brad Pitt, qui fait preuve de modestie, de simplicité et d’une classe incroyable face à une Cate Blanchett qui n’a jamais été aussi jolie que sous la caméra de Fincher. Les seconds rôles n’en restent pas néanmoins absents car Taraji P. Henson est, elle aussi, remarquable, pleine de bonté et sensibilité, apportant au personnage de Button une douceur inattendue. Mais c’est bien la mise en scène pratiquement parfaite de David Fincher qui fait de Benjamin Button une sorte de « classique instantané » apportant tout ce qu’il faut en 2H40 pour un film qui se veut à la fois poétique et grand public sans forcément pousser le film dans les retranchements du pop-corn movie. Les séquences, au départ anodines, deviennent plus fortes, plus subtiles et offrent au fil un éternel recommencement au niveau du point de vue.

La romance prend alors le dessus sur la chronique de cet homme né vieillard et donne à Fincher l’infinie possibilité de sans cesse donner à sa romance plus de gravité, plus de douceur et dont le résultat se révèle être des larmes qui coulent sur les joues du spectateur. Les souvenirs contés par la voix off ensorcèle le spectateur, et vise clairement à toucher à une part d’humanité du mangeur de pop-corn.

Le film est d’une telle beauté et l’on connaît pas encore véritablement son impact, tant le film pourrait « se bonifier » au fil des années. L’Etrange Histoire de Benjamin Button est au final le film somme d’un Fincher au summum de son art. Un chef d’oeuvre à l’impact universel, une patte numérique à la merci d’un récit d’une incroyable profondeur, un tourbillon d’émotions encore trop méconnu auprès du grand public et qui offre pourtant au spectateur l’un des plus brillants rôles à Brad Pitt, l’une des plus belles fresques romanesques et une œuvre de 2H40 authentique, simple et géniale. Puis soudain plus rien, une dernière mélodie et des souvenirs pleins la tête.

Une réflexion sur “L’Etrange Histoire de Benjamin Button de David Fincher

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