Animal Kingdom de David Michôd

Primé au très réputé festival de Sundance, et ayant remporté le Prix de la critique au festival international du film policier de Beaune, Animal Kingdom, premier long-métrage signé David Michôd, avait dès le départ un capital sympathie assez élevé. Mais c’est sans compter sur le flegme et la gentillesse incroyable des distributeurs français que le film est passé totalement inaperçu près de nos salles françaises alors que le paysage cinématographique ne demandait, ne serait-ce, qu’un poil d’originalité avant le début de l’été des blockbusters. Car de l’originalité, Animal Kingdom en a.

Et pourtant le film de gangsters, de nombreuses fois sorties dans différentes formes et à différentes sauces, commençait sérieusement à voir son avenir s’assombrir. Mais c’est sans compter sur la modestie de cet australien qu’Animal Kingdom en plus d’être un très bon film de gangsters, est aussi un drame familial profond sur fond de lutte entre famille de bandits sanguinaires et policiers prêts à tout pour dérouiller du gangster. Inutilement interdit aux moins de 12 ans – cessons de remettre en cause les choix du CSA ! – même si l’aspect plus graphique que psychologique de certaines scènes pourra en choquer plus d’un et balayé d’un revers de la main par un public froid, têtu, dirigé par un lobbying puissant des chaînes de télévision populaires, ne demandant que la sous-merde des polars à la française, Animal Kingdom raconte le quotidien, à la fois tranquille et psychologiquement tendue, d’une famille de brutes épaisses confrontée à des choix familiaux, dans laquelle sort du lot le personnage de Josh Cody, très bien joué par le jeune James Frecheville, qui est une sorte d’adolescent à la fois victime et véritable objet de soumission pour une famille dans laquelle le métier de bandit est de génération en génération.

Construit telle une tragédie grecque dans laquelle la psychologie instable des personnages est mise en avant, les péripéties familiales préférées à la violence gratuite et la réflexion humaine pour unique fond, Animal Kingdom a l’originalité d’être un film posé, intelligent, loin des films Scorsesiens, ou ceux de De Palma, dans lesquels « Le Mal était vaincu par le Mal », le film pose dès le départ son récit sur de multiples histoires de lâcheté, de trahison et de passion amoureuse. La jeunesse du film, pourtant si importante au départ, est rapidement rappelée à l’ordre par le reste du casting, brillant il faut dire, avec des acteurs comme Guy Pearce, qui cette fois-ci manque légèrement d’humanité et de sincérité , la méconnue Jacki Weaver qui interprète ici une sorte de mamma manipulatrice, pourtant flegmatique et protectrice, avec énormément de talent et de cruauté.

Malheureusement, le film souffre de lenteurs qui ont tendance à trop s’enchaîner, ralentissant progressivement le départ canon du film, pour le rendre plus instable et plus cruel. La psychologie mise en avant par David Michôd prend alors tout son sens, les stratégies plus importantes, les coups de poignard dans le dos plus présents et une conclusion tragique qui pourra en surprendre plus d’un. Brisant les clichés du happy-ending, Animal Kingdom monte la montée en puissance du personnage de Josh, au départ perdu, solitaire et peu bavard, jusqu’à sa vengeance cruelle mais normale prouvant qu’Animal Kingdom casse la morale pour rendre à la justice sa puissance et ses lettres de noblesse au cinéma après un passage à vide, dont la valeur a longtemps été considérée comme ringarde et associée au cinéma d’action bourrin.

Chronique simple et intimiste d’une famille de gangsters, savante mise en bouche d’un cinéma basé sur des valeurs et sur une analyse approfondie de la psychologie de ces personnages proche du cinéma d’Andrew Dominik – en moins poétique – ou celui de Hong-Jin Na, Animal Kingdom est un film brillant à la fois sur la mise en scène d’une finesse et d’une simplicité hors du commun et au niveau du scénario, enchaînant avec complexité les questionnements psychologiques, les péripéties autour de ces personnages instables, constamment en danger et aussi les trahisons qui, au final, ne se terminent que d’une seule et même manière. Animal Kingdom ou un premier film très original pour un réalisateur qu’il va falloir suivre de très près.

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