True Grit des Frères Coen

Film dépassé par son ambition ou remake opportuniste mené par des producteurs dont le seul but était lucratif ? La question reste existante avec True Grit, film très mineur des Coen et déception cinématographique à la clé.

 Il est bien loin le temps où les réalisateurs promis à un avenir brillant réussissaient à passer le cap d’un blockbuster mal assumé ou d’un petit accident de passage. Malheureusement des réalisateurs comme Tim Burton, qui cabotine depuis sa Planète des singes et qui nous a donné la nausée avec son Alice In Wonderland, ou des génies incontestables comme Clint Eastwood, véritable symbole de l’Amérique modeste dont le potentiel ne cesse de s’effriter avec des films comme Invictus ou Au-Delà, nous prouvent que la main mise de Hollywood sur le cinéma devient de plus en plus importante. Bien sûr il y a des exceptions et on croyait que les Frères Coen en faisaient partis à la vue de leur filmographie très impressionnante mais c’est avec True Grit que l’on pense le contraire. Salué par la critique, succès public assez conséquent et surtout avec une production dirigée par Spielberg en personne, True Grit est probablement le projet le plus foiré et le plus surestimé depuis pas mal de temps. Cherchant sans cesse à taper dans la gentillesse et dans la naïveté la plus déconcertante, les Frères Coen nous avaient clairement habitué au contraire avec des films comme No Country for Old Men qui n’hésitait pas à taper dans le crade et qui mettait le spectateur dans une situation d’angoisse peu fréquente dernièrement. Les Frères Coen, devenus cultes depuis un bon bout de temps grâce à des films comme Barton Fink ou The Big Lebowski, semblent s’être très étrangement relâchés avec True Grit, western qui s’annonçait violent, beau et cruel mais qui n’est finalement rien de cela. Sans être une grosse bouse, True Grit prend le spectateur de court et déstabilise par la facilité à être accessible à tous, élément rare dans le cinéma des Frères Coen plus connu pour être réservé aux cinéphiles et assez particulier notamment par son analyse pleine de cynisme du monde dans lequel nous vivons. Ayant cracher ce qu’ils avaient de plus meurtrier et malsain en eux dans The Barber avec l’excellent Billy Bob Thornton et ayant livrer une œuvre autobiographique avec A Serious Man, satire dopée à l’humour noir où ils dévoilaient fièrement leurs origines juives, True Grit est aussi d’une vide scénaristique assez incroyable.

Ne cherchant aucune référence, en allant sans cesse dans le bourrin et dans l’humour gras dégoulinant de lourdeurs et de répétitions, le nouveau travail des Frères Coen accompagné, pourtant, d’un casting quatre étoiles semble se casser la gueule au fil des minutes. Enchaînant les scènes de gunfight sans savoir faire autre chose que cela et imprégnat des moments de tendresse mal-venus dans un film qui se voulait violent mais subtil et se concluant sur une fin insupportablement larmoyante avec, en cadeau, le sauvetage en grande pompe par le personnage de Bridges de la fille, True Grit montre les maladresses d’un cinéma se voulant être modeste et épique mais qui révèle uniquement les failles d’un cinéma en somme toute assez ennuyant et furieusement prétentieux malgré des interprètes qui livrent, de façon douce-amère, une prestation assez correcte. Si le personnage de Jeff Bridges est génial, drôle et parfaitement insupportable – dans le bon sens du terme – et assez semblable à la première version avec John Wayne (car True Grit est un remake en plus de cela!), le reste du casting est d’une grande fadeur, Josh Brolin, qui devait être le grand méchant de ce grand film malade et non-assumé, est absent, grimaçant, cabotinant sans terrifier une seule fois et Matt Damon fait de même, fronçant des sourcils et crachant des insultes et des menaces à tout va. Heureusement, dans un film se révélant être un aussi grand éloge  à la tristesse et à l’inertie, Hailee Steinfeld, véritable sensation du film, y interprète avec talent la jeune Mattie Ross, jeune fille tête à claques avec un caractère bien trempé et un cran assez incroyable face à ces quelques grands acteurs. Malgré tout, la photographie du film, orchestrée par Roger Deakins, est sublime et ne fait que renforcer le talent du monsieur en plus de donner au film une touche visuelle assez géniale accentuée par des décors d’une beauté assez époustouflante. A contrario de l’aspect visuel, la musique signée Carter Burwell est tout bonnement insupportable, non-événement assez rare chez le compositeur pour être souligné , donnant un aspect héroïque, voire glorificateur à un film qui ressemble plus à un Spielberg pour sa dimension épique et qui ne ressemble en rien à un précèdent film des Frères Coen.

Succès commercial et découverte pour le grand public – et c’est pas trop tôt ! – de deux réalisateurs au talent gigantesque, True Grit est finalement un grand film malade, impersonnel, volontairement gentillet, dont les promesses de film épique et brut ainsi que le vide scénaristique font de cette réussite visuelle un film raté, dont le résultat se révèle être, une nouvelle fois, surestimée par une critique que l’on commence à ne plus comprendre. Rien de véritablement inquiétant pour le moment tant d’autres réalisateurs comme eux se sont faits estropier après leur passage à Hollywood.

Une réflexion sur “True Grit des Frères Coen

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