Hugo Cabret de Martin Scorsese

Ces dernières années, le cinéma ne cesse de chercher à faire réapparaître cette féérie, devenue si étrange à nos yeux, lancinante, presque naïve pour certains, et qui fait pourtant la force du cinéma. Chercher à étonner le spectateur, à titiller ses zygomatiques ou son système lacrymal n’est pourtant pas un crime. Loin de là. Il est même devenu un rêve pour ses réalisateurs nostalgiques tels que le sont des hommes comme Martin Scorsese, Michel Hazanavicius ou encore David Fincher. Tous trois ont la particularité d’être à la recherche d’un cinéma entre rêves et beauté lumineuse, désormais perdu dans le lobbying hollywoodien faisant de l’entertainment quelque chose de sérieux et d’abscons d’un point de vue moral.

Hugo Cabret, énorme projet et adaptation initialement destinée aux enfants de l’oeuvre de Brian Selznick, que l’on pourrait qualifier de blockbuster par son budget de 170 millions de dollars, et dirigé sous la houlette de ce grand enfant et cinéaste qu’est Martin Scorsese, conte l’histoire d’un orphelin à la poursuite d’une vérité, d’un passé si joyeux, face à un présent si morose. La première séquence du film lance lentement mais sûrement ce film d’aventures sur le plan splendide de cette gare à la froideur et à la beauté immaculée, cachant malgré tout une chaleur humaine à l’intérieur, pour découvrir ce jeune garçon, Hugo, sorte de Oliver Twist des années 30, à la recherche de la pièce manquante à l’automate que son père avait récupéré au détour d’un musée. Malheureusement, le garçon est seul et recherché par cet inspecteur, blessé par la Grande Guerre, ici interprété par l’homme aux dix milles visages, Sacha Baron Cohen. Commence alors une folle course-poursuite de 2H05, teintée de splendides effets numériques, de péripéties en tout genre, de charmantes découvertes, tout cela enveloppé par un homme, un grand enfant, qui semble absolument fou amoureux du cinéma à l’heure actuelle. A s’y méprendre, on aurait pu croire que Martin Scorsese, 69 ans et encore toutes ses dents, était en train de se faire dévorer par la machine Hollywoodien et qu’il avait, malgré lui, accepté cette 3D pour plus de profits. Malheureusement, ne l’ayant pas vu dans ce format nous ne pouvons pas juger de sa qualité malgré les critiques très positives de nos confrères sur la question. Et pourtant, Hugo Cabret sonne plus comme étant le cadeau d’un rêveur, un remerciement en soit aux origines du cinéma, celui des frères Lumières et de Méliès, tout en étant un très grand film. Avec cet énorme budget et ce fond de départ, Scorsese ne livre pas uniquement un conte de noël comme Zemeckis ne cesse de nous offrir depuis ces dix dernières années, mais un véritable hommage au cinéma de Méliès, féérique, étonnant et incroyablement prenant.

Partant du livre pour ensuite détourner son récit vers la vie de George Méliès, Scorsese semble empiler les rêves dans ce Hugo Cabret. Entre fantaisies et évènements réels, le film prend des tournures de mélodrame à travers le portrait de Méliès, brillamment interprété par le grand Ben Kingsley, devenu si acariâtre, fatigué et tentant de renier son passé glorieux, tout en continuant malgré tout à développer son intrigue principale menée par Hugo & Isabelle, tous deux à la recherche de la vérité sur leurs parents respectifs (et tous deux remarquablement bien joués par Asa Butterfield et Chloe Grace Moretz). L’un plus évident que l’autre, Hugo enchaîne ses recherches, tourne constamment autour de pistes, finit par trouver le sens de sa quête, qui n’est finalement pas celle de retrouver le message que lui a laissé son père mais de trouver sa raison d’être, ce qui fait qu’il est encore là. Dans ce questionnement, le personnage de Hugo devient alors très autobiographique. Scorsese livre ici une réponse, semble réhabiliter ses propres rêves quand il était gamin et est finalement comme le personnage de Hugo : un grand gamin à la recherche du cinéma qu’il aimait auparavant, celui qui vous émerveille, celui qui vous fascine et vous façonne. Et c’est là où le film est beau, c’est qui l’est clairement destiné aux cinéphiles, Scorsese y laisse ici un remerciement à Méliès pour lui avoir donner tant d’émerveillements, mais il laisse aussi un message à son public, le remerciant par les images qui sont finalement des fantaisies d’une beauté visuelle ahurissante et d’une poésie hors du commun. On regrettera malgré tout l’aspect trop appuyé des séquences censées être burlesques et le happy-end un peu trop « facile » même si ces deux points sont mineurs dans la réussite du film.

Hugo Cabret réussit à toucher au cœur, sans véritablement prendre le parti pris dramatique, mais en émerveillant le spectateur à travers plusieurs idées. Au final, le public rit, pleure, est ébloui et ressort le sourire aux lèvres. On a cru enterrer Scorsese à travers ce projet si risqué au vu de sa filmographie, mais il résume en vérité l’intégralité de celle-ci. Hugo Cabret est le film le plus étonnant de Scorsese depuis longtemps, un vibrant hommage au cinéma d’avant, un conte de Noël tout bonnement merveilleux et une vision vers le cinéma du futur étant donné que Scorsese s’est laissé tenter par l’expérience 3D pour la première fois. Un coup de cœur cinéphilique plus qu’un grand film, un rêve éveillé entre le cinéma de Zemeckis, de Méliès et celui de Burton, un regard nostalgique sur le cinéma et une poussée encore plus importante dans la technologie moderne. Et encore merci Martin pour cette merveille, on en est encore tout…émoustillé par tant de « panache ».

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