Avengers de Joss Whedon

Le fantasme de tout geek, de tout gosse ayant rêvé devant un comic, un film ou une série, est enfin arrivé sur nos écrans. La réunion ultime des super-héros made in Marvel. Après quatre ans de teasing, une flopée de films à la qualité plus inégale les uns que les autres préparant peu à peu cette réunion, une interminable attente, les Avengers sont enfin là pour sauver le monde du terrible Loki, grand méchant du Thor de Kenneth Branagh et pour rattraper le gouffre financier laissé par le bide phénoménal de John Carter. Aux commandes de cet énorme blockbuster de 220 millions de dollars on trouve Joss Whedon, papa de la série Buffy contre les vampires, avec lequel il officie pour la deuxième fois derrière la caméra d’un long-métrage et offre ici un véritable objet ludique mais qui, face aux attentes, livre un film plus sombre qu’il n’y paraît et peut-être légèrement décevant. Loin de l’ambiance bon enfant des Iron Man de Jon Favreau, Whedon installe ici une ambiance assez pesante, malgré les blagues – parfois douteuses – qui pleuvent, pour livrer ici un film à coutre-courant de l’héroïsme sans cesse montré dans les films de super-héros actuels. Faisant d’eux des êtres humains à part entière plus que des super-héros ordinaires, Avengers n’est pas seulement l’une des plus grandes œuvres de destruction massif que le cinéma mainstream ait pu nous offrir, mais aussi un film qui accepte de mettre en évidence les failles de ses personnages, qu’elles soient physiques ou psychologiques.

Et pourtant qu’il était dur, voire impossible de mettre à l’écran six super-héros différents sans mettre par inadvertance un plus en valeur que l’autre, tout en livrant une cohérence narrative sans tomber directement dans une bouilli bruyante et donc embarrassante pour n’importe quel spectateur demandant du vrai cinéma. Si le résultat sur le point de la narration et du scénario est à demi réussi, notamment parce que les derniers trois-quarts d’heure du film ne laissent pas de place à un quelconque scénario, Whedon pose malgré tout son plan, déroulant peu à peu le caractère des personnages, mettant parfois à mal leur égo et surtout rappelant directement leur passé douloureux pour la plupart. Car, étrangement, là où la réussite d’un film réside souvent dans son introduction, celle de Avengers est totalement ratée. Assez étrangement rythmée, mal mise en scène et très sombre voire floue sur le point de la 3D, le film prend son départ lorsqu’apparaît Hulk, ici interprété par le très bon Mark Ruffalo, donnant de l’humanité à son personnage de brute épaisse. On y découvre alors un personnage plus proche du Bruce Banner déstabilisé de Ang Lee, prenant une tournure dramatique lorsqu’il énonce ses péripéties du passé. Sans tomber dans le flashback ringard et nullement émotionnel, les dialogues suffisent à accentuer la fragilité des personnages pour culminer vers une crise de panique lors d’une attaque dans les airs. Le tout, ne laissant jamais au spectateur une once de répit, repart de plus belle pour un final, hallucinant, très jouissif avec l’utilisation de la 3D, mais ne s’apparentant qu’à une autre nouvelle et assez banale destruction de New York.

Malheureusement, Joss Whedon ne semble jamais véritablement prendre en main son film, se laissant littéralement avaler par son casting quatre étoiles, ne prenant aucun risque ni sur le plan émotionnel que sur le plan de la mise en scène. Les plans d’un incroyable classicisme s’enchaînent, le film semble montrer peu à peu une certaine redondance et un je m’en foutisme qui s’affiche dans la lourdeur et la nullité des blagues faites par les acteurs. S’ajoute à cela, un bad guy mollasson, loin d’être terrifiant, mono-expressif et dont les costumes font de lui un magicien has-been plus qu’un dieu. De plus, pour un film de cette telle ambition, Avengers ne semble jamais vouloir donner au public ce souffle épique qui avait fait la force de films tels que X-Men First Class et qui ici ne livre qu’un déluge d’effets spéciaux tape-à-l’oeil, dont l’effet est parfois vain. Malgré tout, Avengers donne ce qu’il devait offrir aux fans, un blockbuster bourrin mais jouissif, apportant tout ce qu’il y a plus de amusant au cinéma, et utilisant enfin la 3D comme un outil fait pour donner du plaisir au spectateur, plus qu’un atout financier. Les acteurs sont, pour la grande majorité, assez bons, surtout Scarlett Johansson et Mark Ruffalo qui montrent tous deux l’entière mesure de leur talent dans les rôles de Black Widow et de Hulk. Avengers laissera malgré tout un léger goût de déception pour ceux qui s’attendaient à un superhero movie épique et qui ne se retrouvent finalement que face à un film à effets spéciaux de 2H20 ludique certes mais pas forcément suffisant face aux attentes suscitées par les bandes-annonces. Avengers est drôle, va jusqu’au bout des choses dans sa démarche d’auto-dérision et fonctionne à plein régime pendant les 2H20 que font le film mais, malheureusement, le film trouve ses limites dans une mise en scène classique et un scénario trop brouillon pour afficher une véritable ambition et pour s’affirmer comme étant un grand film. Disney a su rattraper le désastre engendré par John Carter mais jusqu’à combien de temps Marvel va encore pouvoir assouvir sa main mise sur le cinéma mainstream actuel ? Telle est la question…

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