Moonrise Kingdom de Wes Anderson

Moonrise KingdomMoonrise Kingdom, réalisé par Wes Anderson
Avec Bruce Willis, Edward Norton, Bill Murray et Frances McDormand
Scénario : Wes Anderson et Roman Coppola
Durée : 1h34 / Date de sortie : 16 mai 2012

Depuis quelques années, le Festival de Cannes vogue sur les flots de la nostalgie.

Après avoir ouvert sur le Là-Haut de Pixar qui contait les aventures d’un vieillard à la recherche d’un passé plein de rêves désespérés, et après Minuit à Paris de Woody Allen dans lequel Owen Wilson rencontrait au cours de folles nuits, ces idoles disparues dans un Paris magnifié comme jamais, c’est au tour de Wes Anderson, armé de son univers si particulier et si cher à nos yeux, qui vient nous offrir sa love-story enfantine et euphorique, Moonrise Kingdom, constituant ainsi son premier passage par le Festival et au final, un véritable film somme. Après un passage éclair mais néanmoins retentissant dans le monde de l’animation avec le brillant Fantastic Mr. Fox, petit film arty en stop-motion, Anderson signe ici une nouvelle œuvre importante dans le paysage du cinéma indé américain qui subit ces temps-ci un certain déclin, et se rattrape quelque peu après le décevant A bord du Darjeeling Limited, film pourtant dans la lignée de ses précédents, mais qui mettait l’aspect tragique trop en évidence. Non pas que Moonrise Kingdom soit un film tout beau, tout rose, mais, ici, Wes Anderson réussit à faire la part des choses entre l’aspect comique, émotionnel et graphique pour que le tout soit en totale symbiose. C’est ainsi que dès les premières secondes du métrage, le Texan installe son décor à travers de prodigieux plan-séquences tout en travellings dans lesquels non seulement le réalisateur instaure une étrangeté visuelle mais aussi narrative.

C’est à partir de cela que commence une fresque romantique de 1H30 dans laquelle Wes Anderson conte une histoire d’amour désenchantée entre un gamin orphelin et une jeune fille, tous deux ayant douze ans, tous deux mal face à leur entourage et à la recherche d’un peu de soif d’aventure et de tendresse face à des adultes tous plus déprimants les uns que les autres et faisant souvent preuve d’une certaine immaturité et irresponsabilité face à leur rôle de parents. Sur une sublime musique d’Alexandre Desplat, complétée de quelques mélodies classiques grandiloquentes, d’une beauté indéniable, le film pose une trame dramatique avec laquelle Anderson prouve sa force à livrer des œuvres plus burlesques les unes que les autres grâce à un univers visuel saisissant et tout bonnement absurde mais aussi à développer un véritable questionnement sur l’Homme et sa façon de réagir face à des évènements imprévus et de faire preuve d’un peu de bon sens face à la terreur. De plus, l’image, éternellement jaunie telle que dans les films de Jeunet, donne un charme si particulier qu’il permet au spectateur de se placer directement dans l’action et de se prendre d’affection pour ses deux gosses, écorchés vifs et incompris la société qui les entoure.

La beauté des images coïncide avec la beauté de la mise en scène. Wes Anderson déséquilibre les cadres du genre, toute cette géométrie narrative part en sucette pour mieux permettre au réalisateur de récréer une façon de conter son film (dans ce cas-là, par un narrateur que l’on voit présenter l’île), installant ici une ambiance mélodramatique, les personnages semblant perdus dans leurs rêves, l’envie d’ailleurs se fait ressentir durant toute la dernière demi-heure, mais la haine éprouvée par les deux jeunes protagonistes envers les adultes, n’est jamais le facteur principal pour le réalisateur de mettre en lumière cet aspect dramatique. De plus, les multiples références distillées au fil du film sont très plaisantes, passant du western au film d’horreur, Anderson n’en abuse jamais, à l’inverse de quelques effets de montage un peu redondants.

Mais rien que pour avoir su filmer l’amour d’un petit couple en plein éveil sentimental, voire sexuel, avec tant de beauté, d’insolence et d’avoir sublimé la Nouvelle-Angleterre avec de tels plan-séquences, la nouvelle création de Wes Anderson et de Roman Coppola inspire le respect. C’est bien malheureusement, que dans le dernier quart d’heure, alors que le suspense est plus que jamais présent, que le film connaît une certain déclin dans sa fluidité d’écriture et dans sa mise en scène, devenue plus cheap qu’auparavant dans le métrage, que le film devient inconsciemment trop gentillet, toute cette naïveté prenant le dessus à un sujet tel que la fin manque de vivacité mais récupère ce qu’il lui manquait durant tout le film : de la gentillesse.

Sublime, euphorisant, brillantissime, film hors des cadres et hors du temps, Moonrise Kingdom est l’un des premiers sommets cinématographiques de ce premier semestre, un hymne à la liberté, une ode à la vie sublimée par une envie de cinéma ultra-ambitieuse et qui arrive tout le temps à ses fins, du cinéma libre comme l’air, insolent, nostalgique, mais qui reste malgré tout extrêmement maîtrisé, que ce soit sur l’écriture que sur la réalisation. Chapeau bas Mr. Anderson !4 étoiles et demi

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