Prometheus de Ridley Scott

Ridley Scott serait-il finalement l’alter égo de George Lucas ? Il y a trente ans, Scott rentrait dans l’histoire de la science-fiction en réalisant successivement deux chefs d’oeuvre, Blade Runner, monument jamais égalé du cinéma d’anticipation et Alien. Le voici désormais de retour, plus véritablement dans le même état que nous l’avions découvert, cabotinant entre son travail de producteur et celui de réalisateur à mi-temps. Ayant donné du bon (la production de L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford) et du moins bon (Robin Des Bois), le grand Ridley Scott revient avec Prometheus, prequel non assumé – étant donné que le monsieur dit que ce n’en est pas véritablement un – de la saga Alien qui a vu passer les plus grands noms de metteurs en scène actuels (David Fincher qui officiait ici pour sa première réalisation et Jean-Pierre Jeunet) et qui reste encore et toujours une des pièces maîtresses de la science-fiction.

Malheureusement, le temps est passé, le maître a perdu de sa puissance, de sa force à recréer un univers angoissant et le retour dans un genre, qu’il a arpenté et redéfini avec un certain génie, se révèle plus difficile que prévu. Il est pourtant bien vrai qu’après une campagne marketing magistrale, gardant le secret autour jusqu’à la sortie du film, et l’arrivée de bande-annonces toutes plus réussies les unes que les autres, on ne pouvait qu’attendre de la part de Scott un chef d’oeuvre ou tout de même une nouvelle grande pierre à l’édifice du genre. C’est ainsi qu’armé d’un budget de 150 millions de dollars et d’un casting hallucinant (Noomi Rapace, Michael Fassbender, Charlize Theron, Idris Elba ou encore Guy Pearce) qu’il nous livre Prometheus, sorte de long voyage mystique à travers l’inconnu le plus total, se révélant bien plus qu’un simple film de science-fiction et c’est bien là le problème. Dès l’introduction dans laquelle l’on découvre les paysages sublimes du monde « avant l’Homme », Scott démontre qu’il ne veut pas simplement livrer un film de plus dans un genre en perte de vitesse considérable, mais un véritable questionnement sur la création de l’Homme plus proche du très complexe Blade Runner qui mettait en lumière le nihilisme d’une société pendant le déclin du capitalisme. Malheureusement, le budget et la technicité ne font pas tout. Loin de là. Ridley Scott emmène son film vers quelque chose de très, voire trop posé, alors que le synopsis et les images dévoilaient quelque chose de plus furieux, plus à cran, comme si le réalisateur ne faisait pas qu’un simple pied de nez à son public mais aussi à un univers complexe qui demandait un minimum de vivacité ou d’émotivité.

Scott déroule le tout avec une fluidité déconcertante mais le scénario finissant par s’embourber avec une succession de maladresses et d’incohérences, rend la compréhension du sujet quasi-impossible, tout prenant un aspect quasi-religieux et tout étant relié à la Procréation de l’Homme ainsi qu’à la recherche de ses origines. Ce n’est pas pour autant que les interprètes, étant pour la plupart très bons, restent sur la fin, notamment Noomi Rapace, constamment à fleur de peau, vivante, terrifiante de spontanéité, prenant parfaitement la succession d’une certaine Sigourney Weaver. Malgré tout, le bâclage et le « je m’en foutisme » qu’affiche Scott envers ses personnages rend l’ensemble des personnages très froid, leur psychologie n’étant affichée que dans les grandes lignes, jamais véritablement approfondie – ce qui est bien dommage…- et la recherche d’immersion devenant assez ratée malgré une 3D très réussie, assez discrète, qui permet à Scott de non seulement rendre l’image plus nette mais aussi de s’amuser à dessiner des plans sublimes comme celui de David (joué par le brillantissime Michael Fassbender) voyant l’univers apparaître face à lui. Le maître reste tout de même le maître. Heureusement, Ridley Scott sait rendre son univers angoissant au possible, le filmant de manière parfaitement anxiogène avec énormément de talent mais sans grande difficulté, ne devenant alors qu’une simple balade de santé pour un réalisateur qui nous a mainte fois surpris et qui désormais semble « recracher » éternellement les bases d’une réalisation très posée, enchaînant les plans simples et efficaces, mais sans grand effet de surprise. Par ailleurs, le montage ainsi que la musique du film, tous deux étant assez bancals en terme de qualité, n’aident pas véritablement ce grand artificier, qui a sans cesse recherché la perfection et qui se retrouve désormais prisonnier d’un grand espace marketing qui a poussé les fans dans les derniers retranchements de l’impatience mais qui l’a probablement poussé vers le piège du film attendu comme le messie et qui, comme souvent, finit par décevoir.

Prometheus n’est pas en soit un mauvais film mais l’oeuvre d’un réalisateur mal dans sa peau, qui souligne ici, à travers chaque plan, chaque séquence, chaque moment clé, un peu plus ses faiblesses mais qui n’oublie certainement pas de bombarder le spectateur de quelques moments inoubliables et qui, par sa mise en scène, laisse percevoir une renaissance, lente mais progressive, d’un réalisateur délaissé dans un genre qui l’a vu naître. Prometheus déçoit forcément après de telles attentes, est devenu la victime d’un plan marketing trop bien ficelé pour être vrai, mais s’inscrit malgré tout dans l’archétype du grand film malade : un film cherchant indéfiniment la perfection, qui n’en est jamais loin, mais qui a tendance à en faire trop, au mauvais moment et au mauvais endroit.2 étoiles

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