21 Jump Street de Phil Lord et Chris Miller

 

21 jump streetIl y a 25 ans de cela sortait des studios de la FOX une série nommée 21 Jump Street.

Cette série, diffusée à partir de janvier 1990 en France, réunissait le genre de la comédie et le policier sous la forme du teen movie pour midinettes en manque d’amour. Ainsi, un certain Johnny Depp brillait pour la première fois sous les projecteurs et reste, encore et toujours, un élément majeur du cinéma américain et de son économie, ses films étant pour la plupart des grands succès populaires. Mais les temps ont changé, les mœurs aussi et la comédie 80-90’s fut rapidement reléguée au statut de ringarde après la disparition terrible de leurs pères fondateurs du paysage cinématographique. Les frères Farrelly déçurent irrémédiablement après un retour trop attendu – Hall Pass ou l’archétype de la comédie moralisatrice qui n’a plus rien à raconter – et l’humour gras, les blagues sous la ceinture et les ados bodybuildés sont désormais passés de mode. Après une tentative désespérée pour prouver que les vieux étaient encore là avec American Pie 4, échec assez considérable aux Etats-Unis, toute la troupe s’est rangée du côté des gentils pour espérer y trouver une place. Le trône de la comédie américaine revenant légitimement à Judd Apatow après le succès public de 40 ans, toujours puceau, Knocked Up et de ses productions (SuperGrave, Bridesmaids), ces jeunes sous fifres continuent de faire tourner la machine comme ils peuvent et reprennent aujourd’hui ce 21 Jump Street pour le remettre au bout du jour. Même si dans ce cas-là, ils enlèvent la quasi-totalité de la matière, ne reprennent que la trame de départ et en font un teen movie voire une bromance dans laquelle choc des générations, gros flingues et caméo sont au menu.

Ce 21 Jump Street, qui se déroule désormais à notre époque et qui confronte les deux bras cassés à une nouvelle génération avec des écolos dealers et tout plein de geeks, conte leur histoire dans laquelle ils vont devoir se faire passer pour des élèves d’un lycée où une drogue aux effets secondaires très particuliers circule et où ils vont chercher à trouver le « chimiste » et à démanteler le réseau avant une propagation nationale. Réalisé par Phil Lord et Chris Miller, officiant pour la deuxième fois ensemble après l’appétissant mais anecdotique Tempêtes de Boulettes Géantes, et le scénario étant écrit par Jonah Hill lui-même avec l’aide de Michael Bacall, co-scénariste de Scott Pilgrim, le film sentait le bon plan comme le film de commande de base, sans génie ni panache, simplement conçu pour renflouer les caisses d’un Hollywood décidément bien enfoncé dans la merde et occuper les jeunes de nos jours.

Dès l’introduction de cet bazar gargantuesque mais gentiment contrôlé, le film met en évidence l’essence même du film et montre l’amitié quasi-indéfectible de ces deux crétins, constituant à deux une seule personne. L’un a le crâne, l’autre le physique. A ce moment-là, le film promet énormément, on sent les influences au Very Bad Cops d’Adam McKay qui posait à peu près les mêmes bases mais qui était quand même sacrément plus drôle. Parce qu’a contrario du film de ce dernier, les deux réalisateurs ne semblent pas vraiment disposer à se démarquer de la flopée de teen movies déjà sortis cette année et, étonnamment, les faiblesses du film, son rythme effréné qui ne s’accorde jamais avec une réalisation qui a du mal à suivre – à un moment, la caméra bouge tellement que ça en donne le tournis… -, se font ressentir dans l’écriture de Jonah Hill et de Michael Bacall, sage, efficace mais pas comparable à celle de Rogen ou Apatow. Malgré tout, l’attachement pour ces deux-là est immédiat. Puis, arrive ce qu’il devait arriver, la lassitude prend le dessus sur le film. Bien que 21 Jump Street soit une comédie romantique entre potes et que l’ambiance générale ainsi que le script sont à la merci de cette idée, le film perd en intelligence et en finesse dans son écriture et tombe dans les clichés du teen movie, même si parfois ils s’en amusent, et rend le tout légèrement ennuyant malgré une énergie débordante des deux protagonistes, notamment Channing Tatum qui, pour la première fois, s’amuse voire se moque de son costume de débile profond dopé à la gonflette alors qu’ici Jonah Hill va jusqu’à se transformer en faux-sosie de Eminem pour ensuite devenir celui qu’il n’a jamais été au lycée, modifie la donne et efface son passé douloureux où il a enchaîné déceptions en tout genre, à l’inverse du personnage de Tatum qui s’isole et qui se range aux côtés des geeks. Bien heureusement, le film reprend ses esprits dans un dernier quart d’heure délirant, fantasque où l’on aperçoit soudainement Johnny Depp dans un caméo absolument génial et le film finit par assumer son choix de tout envoyer balader, son irrésistible envie à tout faire péter et c’est à ce moment-là que les réalisateurs livrent ce qu’il y a de plus banal dans leur mise en scène mais délivrent une telle énergie et envie de bien faire que le plaisir devient total.

21 Jump Street ne redynamitera pas le genre, l’ambition n’étant que de livrer un film léger et euphorisant, mais arrive malgré tout à faire ressortir à un « je ne sais quoi » à la sortie de la projection. Bien que le scénario et la réalisation des deux réalisateurs soient bien mollassons et la finesse des dialogues très peu au rendez-vous, le film finit par divertir en envoyant tout simplement balader le système, tout en lui restant fidèle avec un contrôle quasi-systèmatique des codes du genre. En soit, un film sympathique bien que peu satisfaisant sur les objectifs à atteindre pour être un vrai teen movie. Mais que voulez-vous, après avoir vu l’infâme Projet X cette année, on peut se dire convaincu par ce 21 Jump Street.3 etoiles

2 réflexions sur “21 Jump Street de Phil Lord et Chris Miller

  1. Sauf que ce n’est pas un teen movie, sauf que les réals ne sont pas mollassons, sauf que le scénario est brillant, sauf que ça n’a rien à voir avec Projet X, sauf que « comédie romantique entre potes » (a.k.a bromance ?) ça ne veut rien dire, sauf que c’est mille fois plus drôle que Very bad cops… Ce film est un chef d’oeuvre.

  2. Excusez-moi, un film avec tout plein d’ados crétins et peureux sur fond de LMFAO, j’appelle ça un teen movie. Après concernant la mise en scène et le scénario, si vous les trouvez tous deux géniaux c’est votre choix mais après crier au chef d’oeuvre et dire que c’est mille fois plus drôle que Very Bad Cops, je refuse. Will Ferrell a toujours été plus marrant (sauf dans Ricky Bobby) que Jonah Hill et c’est un fait.

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