Albert Nobbs de Rodrigo Garcia

Albert NobbsRarement un projet n’avait été mené avec tant de conviction et de passion par une actrice. Ce projet, quelque peu singulier et qui ne manquait point d’ambition, c’est celui qui résulte en cet étrange petit film, mineur dans une carrière telle que celle de Glenn Close, mais qui lui délivre un rôle de toute beauté. Complexe et solitaire, Albert Nobbs est un serveur sérieux et secrètement enfermé dans une coquille, celle d’un homme. Car, en vérité, Albert est une femme. Son rêve, mener une vie ordinaire et ouvrir sa propre boutique de tabacs et s’amouracher avec une femme qui lui ferait oublier un passé douloureux.

Avant d’être un film, Glenn Close interpréta ce rôle taillé sur mesure sur les planches en 1982. Quinze années à s’acharner, à voir son bébé au bord de l’abandon et voici ainsi ce long-métrage mené par Rodrigo Garcia, pas forcément le meilleur metteur en scène pour ce genre de film mais la dernière et unique solution face au point de non-retour.

Albert Nobbs est un film d’acteurs. Bien malgré une retranscription de l’époque plutôt réussie – et bien que celle-ci ne dépasse que très rarement le seuil de la morosité, le film emmène rapidement le spectateur à canaliser son énergie sur la performance extraordinaire de Glenn Close qui, une nouvelle fois, trouve un rôle à sa mesure et qui ne cesse de surprendre encore malgré ses soixante-cinq ans. L’actrice arrive ici à parfaitement retranscrire parfaitement les diverses étapes du récit pour son personnage. D’abord recluse, servante et rapidement accompagnée d’un ami, lui aussi brillamment interprété par une Janet McTeer plus que sympathique, le film laisse planer un sentiment de bien-être dans le vécu de son personnage pour, par la suite, ouvrir vers un succession de questionnements et qui permet ainsi au réalisateur de mettre en lumière le « pourquoi du comment » de la fragilité de Nobbs. A la fois formidable et maladroit, Albert Nobbs est un peu comme la relation entre le personnage de Close et celui de Mia Wasikowska : ambigu. Par tant d’académisme, la réalisation finit par faire du film une machine qui tourne à vide. Le temps devient rapidement long, la certaine jovialité du premier acte du récit laisse place à une vacuité romanesque, la linéarité du scénario prenant le dessus sur une réalisation simpliste et que très peu inventive. Lorsque le film essaye de mettre en image la libération spirituelle de Nobbs tout prend une allure très ridicule et le charme des premiers instants est engloutie sous une tonne de superflue.

Avec un projet aussi ambitieux, Rodrigo Garcia a fait d’Albert Nobbs une œuvre aussi maladroite qu’innocente pourtant armée d’un sujet dense qui, ici, ne laisse apparaître qu’une histoire d’amour balourde et sans aucune véritable analyse du travestissement de son personnage principal, génialement interprété par une Glenn Close comme hantée et qui, face à elle, trouvait aussi des acteurs convaincants et qui comme, tout film de ce genre, ne sont traités que superficiellement, voire aucunement. L’ambition et l’envie de bien-faire d’une actrice ont été encore une fois détruites par un réalisateur incapable de, ne serait-ce, faire preuve de vivacité dans ce film long et mélancolique.2 étoiles

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