Rebelle de Mark Andrews et Brenda Chapman

On avait peut-être enterré Pixar trop tôt après l’échec artistique de Cars 2, film bourré aux références mais qui ne dépassa pas le seuil du simple enfantillage commercial, et le récent rachat de la firme par Disney.

Car oui, Rebelle, dernier bijou des studios californiens, prouve que la firme a dépassé un stade, celui de passer du statut de petit prodige à celui de suprématie ultra-puissante et qui a fini par écraser un par un ses adversaires. Rebelle est en soit un bras d’honneur au Dragons de Dreamworks. Mais un fait avec classe et passion. En Ecosse, où le royaume du grand Fergus perdure et face auquel les ennemis s’agenouillent, Merida, garçon manqué au caractère bien trempé, décide de préférer la liberté, jouer cavalier seul et envoyer un message clair et net à sa mère qui, elle aussi, a rêvé cette liberté avant d’être rattrapé les écueils du pouvoir.

Pour ce revirement, Pixar décide donc de féminiser son catalogue d’héros et héroïnes déjà bien fourni depuis l’arrivée triomphale des jouets de Toy Story sur les écrans. Un souvenir de cinéma indélébile et une première phase qui s’est bouclée lors du poignant et très grand Toy Story 3. Autre grand souvenir qui a laissé des larmes de tristesse – comme perdre des amis qui nous ont emmené dans notre enfance – et de joie car cela avait été foutrement bon. L’animation 3D ayant fait son petit bonhomme de chemin au-delà des frontières américaines, les studios n’ont cessé d’évoluer. Rebelle, lui, à l’inverse de ses aînés joue la carte de la sobriété loin des couleurs festives et de l’hystérie maîtrisée.

Mark Andrews, dont c’est ici le premier long-métrage (après avoir officié sur le court-métrage en ouverture de Cars, l’Homme Orchestre), trouve un élément inédit et qui semble faire son petit effet. Celui de s’inspirer des classiques de Disney et donc de délibérément retranscrire à l’écran cette magie, cette beauté et aussi cette certaine innocence qui, dans le précèdent Pixar, s’était rapidement transformé en un amas de guimauve et de naïveté. Les décors d’Ecosse sont tout bonnement à tomber – de loin le travail le plus impressionnant que les studios aient faits jusqu’à aujourd’hui -, la dextérité qu’Andrews a à faire de ces décors un élément essentiel de l’histoire (la forêt devient rapidement le lieu des retrouvailles mère-fille dans une séquence hilarante) et le sens de l’humour inné rappelant celui des deux premiers Shrek en font un divertissement de haute volée, cartoonesque et qui finit par réussir à nous émouvoir autant qu’à nous faire rire dans un dernier tiers poétique et bienveillant.

Virtuose et d’une fluidité incroyable provenant d’un sens du rythme infernal, ce premier long-métrage, écrit à huit mains, parvient à garder cette même universalité dans le message et cette même montée en puissance émotionnelle. On rit beaucoup, on est ému et on est soulagé de voir qu’après un échec, Pixar ne sait pas reposer sur ses lauriers, allant même jusqu’à livrer l’un voire le meilleur film d’animation de l’année. Comme à peu près chaque année. Et surtout ça n’a aucunement perdu cette volonté de faire du cinéma, du vrai, qui pourrait s’élancer au niveau des plus grandes fresques épiques. N’en reste pas moins que le futur objectif de Disney sera de manier avec un tant soit peu d’inventivité la 3D qui, une nouvelle fois, ne dépasse pas le stade commercial alors que la matière, d’une originalité sans limite, permettait vraiment de s’y pencher plus sérieusement.

Presque décriée par une critique conservatrice réfutant le moindre écart de conduite (« Pixar bouffé par Disney », « c’était mieux avant »), Rebelle prouve encore une fois le talent irréfutable du story-telling par l’animation et sa force à mener tambour battant un conte aussi bien ancrée dans une culture que moderne par la caractérisation de ses personnages. Pixar avance, à grands pas, vers les sommets du cinéma contemporain pendant que certains continuent à se lamenter sur des « classiques » Disney. Et si le cinéma ce n’était pas aussi avancer pour faire changer les choses. Continuer d’avancer malgré les tumultes.

En attendant un retour en arrière avec les retrouvailles entre Bob & Sulli en 2013…4 étoiles

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