ParaNorman de Chris Butler & Sam Fell

Il y a dix-huit ans sortait L’étrange Noël de Mr. Jack, qui permit l’ascension d’une autre technique cinématographique, la stop-motion. L’héritage laissé par Burton s’appelle Laika, studio qui, avec Coraline, avait crée la sensation en 2009, laissant de grands espoirs sur l’avenir de la machine. Trois ans après la sortie de ce dernier, le studio réitère son exercice dans le conte pour enfants morbide avec L’étrange pouvoir de Norman. La technique reste irréprochable mais le résultat se révèle sympathique sans pour autant être foudroyant.

Les premières secondes, hommage rigolo au cinéma grindhouse en 35 mm et à la pellicule délabrée du vieux cinéma de quartier, signent le début d’une longue pantalonnade douce-amère, joyeuse mais torturée, maîtrisée mais inégalement rythmée.
Après ce rapide festin de cervelles, l’on débarque alors dans le quotidien de Norman, un gamin solitaire dont le don est de voir les morts. Sa famille, l’archétype de ce que l’American way of life a produit de plus «gratifiant» (notamment dévoilé dans un dialogue où les ventres enrobés des deux parents s’affrontent), ne croit nullement en son pouvoir, sa soeur et son père s’acharnant tous deux à convaincre l’enfant d’oublier de la même manière qu’il doit chercher à dépasser le deuil de sa grand-mère.

Sans grande surprise, la stop-motion rayonne et constitue de ce que la technique a fait de plus abouti jusqu’à maintenant.

Le reste, à l’instar du précèdent métrage, est inégal.
La mise en scène très inspirée du duo Butler-Fell, bourrée aux références zombiesques, permet ainsi au film de ne pas sombrer dans le naufrage lent et désabusée de la même manière qu’un certain Rango qui, l’année passée, nous avait totalement déjoué par son trop plein de dialogues et sa lenteur exacerbante. Heureusement, ici, le nombre de dialogues est assez conséquent mais les actes suivent, la splendeur visuelle des décors et la complexité de certaines scènes – une nouvelle fois le travail des équipes est titanesque – nous laissent rapidement bouche bée pour, par la suite, nous pousser dans une situation inconfortable de déjà-vu. Car à force de trop vouloir s’inspirer de ses aînés, ParaNorman (titre américain) sombre dans la normalité. Normalité par un récit parfaitement linéaire, par une exploitation très limitée des seconds rôles et surtout dans l’avancée du héros principal. A vouloir trop chercher à obtenir le statut d’hommage à part entière, le film s’emmêle les pinceaux entre conte pour enfants et film opportuniste de fin d’été, sans enjeu direct ni réel ambition.

Bien que la fin constitue le pic émotionnel de ces une heure et demi de majestueuse animation (la 3D apporte enfin un intérêt certain au spectacle, constituant le côté ludique des films de série Z d’antan), alliant poésie et questionnements sur la vie après la mort – la lourdeur des gags étant mise de côté pour offrir un vrai moment d’émotion simple mais splendide –, ParaNorman semble ne pas réellement savoir où mettre les pieds. Film opportuniste ou petite gourmandise pour amateur de mangeurs de cervelles, la question reste constante après ce petit bout de cinéma à la fois virtuose et déroutant. Inventif bien que léger.3 etoiles

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