Skyfall de Sam Mendes

Skyfall

Skyfall, réalisé par Sam Mendes
Avec Daniel Craig, Javier Bardem, Judi Dench et Naomie Harris
Scénario : Neal Purvis, Robert Wade, Peter Morgan et John Logan
Durée : 2h23 / Date de sortie : 26 octobre 2012

C’est avant tout une saisissante lettre d’amour au cinéma, à la saga.
Un cap de passé, 50 ans et toujours pas une ride. Pour cet épisode-anniversaire, James Bond s’offre une maestria comme jamais vue auparavant, celle signée Sam Mendes – sans aucun doute l’un des meilleurs artisans britanniques du cinéma américain d’aujourd’hui –, et un joyau plastique, dense et complexe.

La semi-déception du précèdent volet, Quantum of Solace, aurait pu mettre un sérieux coup de frein à la saga qui s’était vu renaître de ses cendres avec Casino Royale et les problèmes financiers de la MGM ont fait que ce nouvel épisode, attendu car plus long à mettre en boîte, sort en grande pompe, un vendredi pour créer l’évènement, et joue la carte du grand feu d’artifice symphonique et splendide. On connaissait les talents de Mendes en grand dramaturge, doux fervent du cinéma glacial, on connaissait moins ses talents en tant que directeur de blockbusters. Heureusement, le costume lui va à ravir.

Rien ne manque. 2H23 de cinéma à grand spectacle, d’intrigues complexes, à tiroirs, une mise en scène d’une rare minutie, virtuose dans ses grandes scènes, claire dès son introduction et une direction d’acteurs brillante. Daniel Craig reste ce James Bond physique, animal, rongé par la mort qui le hante, prouvant bel et bien qu’il est un très grand Bond. Néanmoins les autres acteurs ne sont pas en reste étant donné que Javier Bardem transperce littéralement l’écran en grand méchant avide, sadique, provoquant chez le spectateur un désir irresponsable, irrévérencieux, de voir le monde s’enflammer à la vue de son chantier du mal, hackant peu à peu les secrets du MI6, créant une tension instable dans le déroulement du métrage. Bérénice Marlohe et Naomie Harris, toutes deux les atouts féminins du film, campent la partie sobre du film, loin des ambitions scénaristiques extravagantes.

Rien d’exigu. Le réalisateur prône le grand spectacle comme objectif principal, tout finit par exploser dans un brouhaha imprenable et laisse finalement apparaître, derrière l’animal, la part de sensibilité qui, jusque-là, manquait au personnage de Craig. Autre très bon point du film, sa beauté plastique, transcendante, épurée et le scénario, une nouvelle fois écrit à six mains (John Logan a remplacé Paul Haggis, auteur du salmigondis éco-foutraque de Quantum of Solace), s’inspire habilement du scandale de Wikileaks et pose, avec une fluidité déconcertante, les questions identitaires chez le personnage de Bond et met en difficulté l’incontournable M, en situation d’infériorité, l’obligeant à fuir.

Il n’en reste pas moins que le film étonne véritablement. Le ton est différent, l’humour particulièrement imprégné et toujours parfaitement dosé (pas trop pour que le film ne devienne pas une pantalonnade géante), tout en gardant en ligne de mire les enjeux dramatiques essentiels dans la montée du suspense.

Skyfall impressionne. C’est un exquis gâteau d’anniversaire, un joyeux bazar, élégant mais structuré et tout le temps cohérent, continuant de fonder son propre mythe, de par les excellentes prestations de Javier Bardem et de Daniel Craig, trouvant tous deux cet instinct primitif qui constituait le chaînon manquant à la saga et qui, pour ces 50 ans, perdure dans le temps, et nous prouve qu’elle est ce qui se fait de mieux dans le cinéma d’espionnage voire dans le cinéma d’action. Si Iam Fleming était encore de ce monde, il serait fier. Très très fier.4 étoiles et demi

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