Looper de Rian Johnson

Après l’explosion de saveurs engendrée par le Skyfall de Sam Mendes, l’on pouvait se demander si 2012 nous réserverait encore des surprises de cette taille-là. Fort d’une accueil plus qu’enthousiaste aux Etats-Unis, Looper nous prouve que cette fin d’année risque d’être encore fort en enchantements et en émotions.
L’action prend place en 2044, aux Etats-Unis, dans un pays gangrené par la mafia ultra-puissante et le héros, un «looper» c’est-à-dire un homme chargé de tuer les indésirables du futur se retrouve face à sa personne, celle du futur, bien sûr vieillie et bien loin de la personne fugace et égocentrique qu’il est actuellement.

Looper impressionne, déroute autant qu’il étonne.
C’est un film rongé par la mélancolie – comme le sont des immensités telles que Blade Runner –, empli d’un désir de vouloir surprendre, lutter contre la force de grands films qui l’ont précédé et livrer un objet répondant à tous les critères de ce genre si complexe et si froid qu’est le cinéma d’anticipation. Au fil de ces dernières années, des films ont réussi à remettre le genre au goût du jour, avec plus ou moins de talent (Moon reste le plus vaillant exemple, District 9 le plus insolite), il était donc logique qu’un autre cinéaste, encore jeune et donc preux, se lance dans l’expérience. Rian Johnson, déjà auteur de deux films (Brick, malheureusement pas vu et Une Arnaque Presque Parfaite, inégal mais forgé de bons sentiments), parvient à livrer, avec Looper, une oeuvre d’une telle cohérence, d’une telle maîtrise plastique – la reconstitution en 2044 est flamboyante – et le talent de celui-ci à mettre en images les plus complexes séquences font du film une imposante marque de respect à ces prédécesseurs. De par sa structuration (Johnson bannie toute linéarité, jusqu’à parfois perdre le spectateur à travers des prolepses courts mais efficaces) et son scénario grisant et humaniste, Looper sort des sentiers battus.

L’Américain aime surprendre et prend un malin plaisir à faire virevolter, trembler sa caméra dans tous les espaces qui sont mis à sa portée, le Kansas urbain et rural s’affrontant et permettant d’afficher un contraste de couleurs assez saisissant. Autre surprise mise à son avantage, la présence de Joseph Gordon-Levitt, habitué des petits films indés et qui, en l’espace de trois films, est en train de retourner et de redonner des couleurs au cinéma hollywoodien. Sous un amas de maquillage et avec la même classe qui le distingue d’une flopée de jeunes acteurs de sa génération, il continue à traverser les genres, les personnages, apportant à chacun une part de sa personnalité fleuve. Le héros passionne, notamment dans un premier quart d’heure dans lequel Johnson épie un jour de sa vie «banale», se révèle rapidement agaçant avant l’arrivée soudaine de Bruce Willis et qui donne au duo une toute autre saveur au film.

La présence du papy Willis crève l’écran de toute sa beauté. Celui-ci n’a jamais semblé aussi professionnel depuis des lustres, aussi habité par la quête de son personnage – ici, sauver sa femme en tuant le tueur avant qu’il ne naisse – et aussi touchant lorsqu’il, son visage badigeonné de sang, regarde la caméra avec l’air d’un chien battu.

Le scénario constitue aussi la puissance de ce film fleuve. Le réalisateur réhabilite avec un certain talent le bon vieux voyage dans le temps, sous-objet aseptisé depuis bien longtemps, allant même jusqu’à poser les bases d’une réflexion sur la vie, sur son utilisation (Peut-on vraiment modifier notre destinée ?), le film affichant une multitude de façon de le voir – prétend-t-il à être le film d’action qui nous a été vendu ou affiche-t-il des ambitions bien plus grandes dans un cinéma plus mélancolique, quasi-métaphysique ? –.

Néanmoins, à l’instar de Blade Runner de Scott, le film est et reste, bien malgré lui, à l’écart de son auditoire. La froideur du point de vue apportée par le réalisateur et une narration plutôt maladroite, accompagnée par une voix off pas toujours nécessaire – les images parlent à elles seules –, accompagnent le spectateur d’une certaine lassitude, celle de ne pas accompagner le voyage en tant qu’acteur mais en tant que simple observateur, très à l’écart, de l’action qui nous est proposé. Cet effet qui, dans une scène particulièrement ludique, vue par deux points de vue distincts, porte le film vers une odyssée lunaire, mettant quelque part à mal le message exprimé par son auteur.

Il n’en reste pas moins que Looper arrive parfaitement à remplir son contrat, si ce n’est plus. Re-dynamitant le genre avec ce qu’il faut d’audace et de maîtrise visuelle, Rian Johnson parvient à signer un film d’action d’une qualité rare, mélancolique, emporté par la grandeur de son message, et d’une générosité telle qu’il emporte sans problème l’adhésion du spectateur et du cinéphile dans la foulée – à en voir les premières réactions très enthousiastes –, prouvant bel et bien que l’année 2012 n’a pas fini de nous étonner. Loin de là.

4 étoiles

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