The Dark Knight Rises de Christopher Nolan

The Dark Knight Rises[Attention : Cet article contient du spoiler]

Rares sont les réalisateurs qui, comme Christopher Nolan, savent définir les envies du spectateur et les mettre sur papier pour en faire quelque chose qui se rapproche le plus du fantasme de toute personne adepte de ces grosses machines commerciales.

Attendu, The Dark Knight Rises l’était.

Ce nouvel et dernier volet nous emmène huit ans après la fuite de Batman, à un moment où Gotham cherche à faire table rase du passé. La crise étant passé par là et les injustices devenant grandissantes, la ville qui a vu naître Bruce Wayne est au bord de l’implosion la plus totale. Christopher Nolan se devait donc de faire plus « monumental », emmener son œuvre aux portes de la perfection et c’est ainsi que l’attente forgée au fil des mois nous a emmené à nous impatienter, à nous inquiéter et à nous demander si finalement monsieur n’en faisait pas trop. Dans un vent de mégalomanie, Nolan s’est mis à le vendre comme le film le plus colossal depuis l’ère du muet. Il semble donc bon dès le départ de réfuter cette phrase bien que The Dark Knight Rises, considéré par certains comme étant au-dessous du niveau de son prédécesseur, est bel et bien un film colossal par les moyens que s’est donné Nolan dans la construction complexe et lyrique de son intrigue mais qui, étrangement, ne semble pas se réapproprier le charme du précèdent, celui de surprendre à travers une forme de structuration émotionnelle hors du commun.

La première très bonne surprise provient justement dès les premiers instants du métrage et dans la rencontre avec Bane. Terrifiant et charismatique, il représente à lui-seul le film. Ambitieux quoi qu’équivoque. A l’inverse de The Dark Knight, le film démarre à un train de vitesse délirant. Une première fusillade – permettant à Nolan d’installer une situation de confiance entre lui et le spectateur -, un premier souvenir caché et voilà que réapparaît celui qui a été chassé injustement bien que délibérément pour y installer un climat de paix sur la grande Gotham et effacer les démons et autres horreurs qui sont arrivés lors de la nuit retranscrite dans le précèdent volet. Ne cherchant pas à repartir en arrière, Nolan replace son action au cœur de la situation sociale actuelle. Bonne idée, qui fait son temps et mais qui finit, encore une fois chez Nolan, par devenir subjectif et quelque peu maladroit. Bane représente le méchant, anarchiste, sûr de lui alors que Bruce Wayne représente le gentil capitaliste, au bord de l’implosion, fauché et affaibli. Lorsque l’Anglais ne semble pas vouloir nous parler de la situation actuelle, le film devient monumental, par delà sa maîtrise formelle et parce qu’il maîtrise totalement l’art du story-telling à l’Américaine, le réalisateur défie les lois de l’apesanteur, livre une approche mythologique de ce qu’est le super héros d’aujourd’hui et parvient à nous faire ressentir cette peur, ce chaos par les images, soutenus par une B.O de Hans Zimmer, pompeuse mais terriblement efficace. Batman est devenu une sorte de légende, chassé par une ville qui ne sait plus faire la différence entre le Bien et le Mal. La corruption et l’irréfutable puissance du cyber-capitalisme (bien que fragilisé au moment du film et déjà traité dans Inception) laissent planer un vent de mystère sur la ville alors que la révolution commence, dans les sous-sols de celle-ci et le retour du Chevalier Noir se fait plus que jamais attendre. Lorsque le propos mythologique laisse place au traitement extrêmement appliqué des destinées de chacun de ses personnages, le tout prend de l’ampleur, une certaine densité et permet ainsi à Nolan d’emmener vers des terrains inconnus. Égrenant le passé de chacun pour, par la suite, mettre en commun un fait inéluctable, Nolan diverge progressivement vers le cinéma d’aventures pour, à la fois combler les trous d’un scénario parfois aux limites de l’ambiguïté et pour laisser une empreinte originale et mettre en évidence la noirceur de chacun de ses personnages pour la grande majorité extrêmement passionnante.

Tous sont des victimes collatérales. Sociale après la crise économique de 2008 pour le personnage de Catwoman, physique pour le passionnant et majestueux Bane (Tom Hardy prouvant une nouvelle fois sa force à s’approprier tous les rôles, même les plus complexes) ou psychologique pour Wayne (qui suis-je vraiment ? Suis-je encore habité par la même rage d’antan ?), Nolan déjoue et rejoue les évènements pour, ensuite, recréer un univers semblable au nôtre mais le rendant évidemment plus complexe car habité par une noirceur abyssale, pour emmener peu à peu le peuple dans une situation de cassure entre les classes.

The Dark Knight Rises a aussi son lot de ridicules et de tentatives foireuses. De la même manière que son ainé, le film ne parvient jamais à créer un lien d’homogénéité entre le scénario et le montage qui, à l’habitude chez Nolan, permet de densifier la trame scénaristique et de créer une certaine complexité et donc de déstabiliser le spectateur par delà quelques malines idées permettant de créer un chaos et de pimenter le vent de folie constant chez les films du Britannique. On ne pourra qu’une nouvelle fois féliciter la prestation vaine et tout bonnement risible de notre chère Marion Cotillard, seule véritable erreur de casting dans ce All Star Movie composé de grands (Michael Caine, figure indélébile du cinéma qui nous montre de par l’émotion qu’il retranscrit à merveille tout son gigantesque talent) et de jeunes prometteurs (Joseph Gordon-Levitt impressionne une nouvelle fois dans le personnage le plus abouti du film et dont on taira l’identité).

Ce dernier volet promettait une passation de pouvoir exceptionnelle, la réussite est plus que jamais au rendez-vous dans ce blockbuster intelligible mais profondément complexe dans le façonnement de son univers (Gotham devient une île croulant sous le chaos et sous la menace de Bane) et extrêmement abouti dans le traitement caractériel de ses personnages. Une fresque épique de près de trois heures qui redonne les lettres de noblesse au genre du film de super héros et qui n’a jamais aussi bien et aussi densément traité le côté mythologique du super héros, la crise identitaire d’un homme hanté par son rôle de justicier et devenant tel un explorateur, un homme à la recherche d’une certaine forme de rédemption. Une maestria cinématographique harassante mais nécessaire et plus qu’encourageante face à l’état de santé incertain du cinéma mainstream et du diktat d’un système cristallisé mais qui ne cesse de prendre en puissance. Au-delà de la sensation d’avoir vécu un sacré moment de cinéma, se trouve le sentiment d’avoir pu dire dignement au revoir à un Chevalier Noir, jamais aussi rayonnant que sous la vision Nolanienne.

4 étoiles

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