Holy Motors de Leos Carax

Arpentons 2012 ou les films ratés en salle #2

Pendant près de treize ans, suite au gouffre financier laissé par Les Amants du Pont Neuf et l’échec critique et public de Pola X, Leos Carax est longtemps resté caché. Loin, très loin du paysage cinématographique français.
En 2008, avec le projet commun Tokyo! pour lequel il travaille avec Michel Gondry et le sud-coréen Joon-Ho Bong, Carax amorce la première étape d’un nouveau film, une nouvelle étape, une nouvelle empreinte sur le cinéma français.
Présenté à Cannes, archi-favori de la compétition et finalement reparti bredouille face au dernier Haneke, Holy Motors est un cri de colère au cinéma, un cri passionnel, un amour qu’il lui porte avec entrain et dévouement. C’est pour cela que son dernier film est plus qu’une simple pellicule mais un attirail total sur le cinéma, une œuvre protéiforme, onirique, bouleversant de par son message et sa maîtrise, troublant de par sa forme.

Un peu à la manière de son auteur, Holy Motors est un film qui aime surprendre, emmener le spectateur vers d’autres allées, lui faire découvrir une nouvelle expérience. L’on arrive alors sur les lieux, face à un public endormi ou mort, devant un film. Carax arrive dans la salle, et observe, au dessus de la foule, les réactions. Nous pénétrons dans le cœur du cinéma, là où la magie opère et où les émotions explosent en plein visage. L’auteur le moins prolifique du cinéma français (cinquième film en vingt-huit ans) a donc décidé de revenir fort. Impossible de savoir comme un tel film, d’une telle densité, d’une telle originalité, a-t-il pu séduire les producteurs mais, en tout cas, son Holy Motors est tout simplement le plus beau film de l’année 2012.

Longtemps considéré comme maudit, Leos Carax écrit ici une longue lettre passionnée au cinéma, lui racontant l’époque dans lequel il a vécu et celui dans lequel il vit désormais. Certains y trouveront un message menaçant – la mort à petit feu du vrai cinéma est bien entendu évidente dans la partie du récit et dans l’âme du film – mais il est avant un film passionnant, hanté par les fantômes d’un homme qui ne semble pas encore tout nous avoir dit.

Deux heures durant, Carax nous fait virevolter à travers Paris la sublime, tournoie à travers le(s) cinéma(s) et nous offre, nous petits spectateurs, une succession d’incroyables séquences. De la motion-capture, en passant par l’absurde Monsieur Merde, l’entracte et la séquence de la Samaritaine – troublante et tout bonnement bouleversante –, le film n’en finit pas de survoler, avec une maîtrise plastique affolante, les genres qui ont fait la gloire du cinéma.

Il n’en reste pas moins que le film déroute. Sommes-nous les spectateurs avachis dans le siège du prologue ou les acteurs cachés des différents rendez-vous d’Oscar ? Holy Motors devient alors un conte onirique, celui qu’il prétend être depuis le début, où les visages d’Oscar libèrent le corps et l’âme laissant place à une métaphore maligne sur l’inoubliable, la performance d’acteur à part entière qui, parfois, dépasse le cadre du métrage.

La direction d’acteurs est incroyable.
Denis Lavant, de par son interprétation hallucinante d’onze personnages, est d’une justesse inouïe. L’étendu de son personnage, un acteur fatigué et nostalgique qui confond réalité et fiction, est à la mesure de son talent. Leos Carax arrive alors à poser de par sa simple présence la quasi-totalité des enjeux du film. Le reste du casting n’est pas en reste, puisqu’Edith Scob est bouleversante, Kylie Minogue, malgré sa petite apparition, n’en reste pas moins géniale et Eva Mendes joue ici de son physique pour nous offrir un des moments les plus touchants du film.

Car, avant tout, Carax est un réalisateur libre, enragé et à tout instant généreux. C’est pourquoi son film ne subit jamais de regain de forme, le tout est fait dans une extrême minutie, toujours à la même mesure, celle d’un cinéma qui passionne, qui éblouit et qui, surtout, nous pousse vers l’avant.

De par sa puissance poétique et sa maîtrise plastique à tout instant, Holy Motors dépasse le cadre du simple film. Chef d’oeuvre en puissance, épopée éblouissante à travers la ville Lumière, le dernier Carax ne se repose jamais, privilégiant la fureur et la chaleur humaine du cinéma pour immortaliser les moments simples d’un acteur aux mille et un visages. Lorsque les phares des limousines s’éteignent et que les portes se ferment, commence alors un nouveau rêve, dans lequel celles-ci dialoguent, philosophent et parlent de leur avenir.
Mais est-il si nécessaire de parler du futur quand on se sent si bien dans le présent ?5 étoiles

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