Laurence Anyways de Xavier Dolan

Laurence AnywaysLaurence Anyways, écrit et réalisé par Xavier Dolan
Avec Melvin Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye et Monia Chokri
Durée : 2h48 / Date de sortie : 18 juillet 2012

Laurence est un homme qui aime les femmes. Enormément. Passionnément. A tel point qu’il décide d’en devenir une, traverser la vie cheveux longs au vent, se libérer de cette musculature qui n’est pas la sienne, avoir cette sensation d’être libre. Pourtant à tout sacrifice suit des obstacles, dont celui d’une relation amoureuse qui se détériore au fil de temps, un amour fou entre cris et larmes, baisers voluptueux et poèmes balancés de plein fouet.

Aux derniers détracteurs du génial Xavier Dolan, de ce qui doutaient encore du talent du jeunot québécois de vingt-trois ans, Laurence Anyways risque fort d’en persuader plus d’un. Après les très bons J’ai tué ma mère et Les Amours Imaginaires qui traitaient déjà de deux histoires d’amour distincts, celle entre un fils et un mère qui se haïssent et un triangle amoureux dans lequel chacun tente de s’anéantir pour atterrir aux bras du beau blond, le troisième film de Dolan sonne comme un coup de génie, une oeuvre d’une amplitude incroyable, d’une beauté plastique inouïe et faisant preuve d’une maturité rare à l’âge du québécois.

Kitsch à souhait, grandiose dans ses scènes majeurs (telles que la scène du bal au son du Fade to Grey de Visage, absolument splendide) et bouleversant de par sa puissance lyrique, Laurence Anyways est un opéra gigantesque, dense de par sa durée – 2h40 qui passent à une vitesse ahurissante, teinté de quelques beaux moments dans l’intimité du couple et porté par une fureur de vivre incroyable –, organique et passionné.
Rarement Dolan, dès l’ouverture, n’aura fait acte d’une telle ambition, bien plus grande que dans ses deux premiers, dans la forme comme dans le fond. Le temps est passé et les tics qui caractérisaient les premiers films du québécois (des ralentis soi-disant interminables par exemple) ont laissé place à un style plus affiné, plus fort. La musique reste encore et toujours une partie de l’âme du film, ici absolument démentielle, entre les mélodies pop des années 90 et le classicisme des Brahms, Vivaldi et autre Prokofiev.

Plus effilé malgré tout, le scénario écrit par le québécois lui-même témoigne d’un parti-pris certain pour l’esprit marginal de son héros. Moins autobiographique, mais toujours porté avec grâce et sincérité par son créateur, Laurence Anyways montre un Dolan plus mâture, plus confiant avec lui-même (en témoignent quelques plans audacieux tels que ceux de la boîte de nuit ou de l’Île aux Nègres ou les vêtements tombent du ciel). Il y a dans chaque plan un regard clinique, passionné, où le style Dolan perd toute mesure, tout repère et dévoile une palette graphique qui ne cesse de prendre en puissance émotionnelle et philosophique.

Et ce Laurence dans tout ça ? C’est ce Melvil Poupaud putain ! Bien trop ignoré dans nos contrées et qui, pourtant, livre une performance totale. Il prend possession de son personnage, le torture, le confine dans une infinie tristesse et le porte vers des retranchements émotionnels bien trop rares en 2012. A ses côtés, Suzanne Clément est tout aussi formidable. Tour à tour, elle souligne les pertes de repère de son personnage avec un talent tel qu’elle s’immisce facilement aux côtés de Poupaud, formant un couple homogène, organique, sincère et vrai.

Ce que Dolan a parachevé dans ce film est tout bonnement hors du commun. Son traitement plastique et scénaristique étant tous deux d’une qualité rare dans le cinéma d’aujourd’hui et le charisme qu’apporte Dolan à son film, ce charme indescriptible – peut-être dû au style kitschissime du métrage –, pousse le film au statut de grand film romanesque, tortueux, déchirant, grandiose et d’une densité dingue. Xavier Dolan n’est plus un simple metteur en scène au style racé, mais un Artiste. A part entière.
Laurence anyways, Laurence forever.5 étoiles

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