Machine Gun Preacher de Marc Forster

Critique réalisée dans le cadre du DvdTrafic de Cinétrafic

Longtemps considéré comme l’un des metteurs en scène les plus prometteurs de sa génération avec des films tels que Neverland ou L’incroyable histoire d’Harold Crick, et l’accession au sommet en lui mettant entre les mains la responsabilité de faire le vingt-deuxième volet des aventures de James Bond, le pas très joli Quantum of Solace, Marc Forster a décidé de se retirer un instant, loin d’Hollywood, pour peaufiner une sorte de «biopic» sur un dénommé Sam Childers, biker devenu prêcheur en Ouganda en pleine guerre civile, pour aider les enfants victimes des attaques du LRA.

Rien ne donnait véritablement envie de voir ce nouveau Forster.
La banderole «Inspiré d’une histoire vraie» étant devenue un business à elle toute seule, un gouffre financier laissé par le film après son échec total au box-office américain (500 000 dollars empochés pour un budget de trente millions) et une sortie incognito en direct-to-dvd en janvier prochain, c’est dire ô combien ce Machine Gun Preacher risque fort de rentrer dans la case des films foutus d’avance. Statut qu’il semble porter à ravir.

Il ne faut pas beaucoup de temps pour comprendre que l’effet de curiosité, qui emporte au début le spectateur, va s’estomper au fil des minutes. Structuré à l’américaine, jamais vraiment intéressé par le propos et jamais vraiment captivant, Machine Gun Preacher aurait pu être un bon film s’il n’avait pas été aussi niais et aussi moralisateur dans son message. Un manque de point de vue de par le regard du cinéaste et un personnage principal dont le traitement caractériel n’est fait que dans les grandes lignes et donnant la foi en la religion comme seul caractéristique de son sauvetage viennent empiéter sur l’ambition certaine de Forster à réaliser un grand film dramatique, dont les paysages africains cherchent à emmener le spectateur vers d’autres horizons. On pense évidemment à des films comme Le Dernier roi d’Ecosse, qui traite du même sujet en Ouganda, et qui, à l’inverse de son aîné, fait preuve d’une maîtrise historique et scénaristique bien en deçà. Forster qui nous avait prouvé avec Quantum of Solace qu’il n’était pas bon dramaturge, continue de s’embourber dans une morale infondée, traitant des mauvais sujets, au mauvais moment – le montage constitue l’erreur la plus accablante du film – bien malgré une direction d’acteurs assez réussie. Gerard Butler, qui est aussi producteur exécutif du film, surprend, fait part d’une certaine sensibilité, plus que d’un charisme qui reste encore inexistant dans sa prestation occupe à tout instant l’écran. On peut bien entendu regretter le sous-traitement d’un acteur formidable, encore trop méconnu au grand public, le génial Michael Shannon qui, à défaut de trouver un rôle formidable, occupe un personnage un peu inintéressant mais l’interprète avec ce qu’il faut de fragilité. Reste que Michelle Monaghan et Kathy Baker sont trop absentes du métrage pour espérer apporter un petit atout féminin à ce film.

Le scénario, lui aussi, affiche de très grandes faiblesses. Centrer ses personnages dans l’Amérique profonde des années 90 n’était pas une mauvaise idée – récemment, le Fighter de David O.Russell se servait du décor pour installer une ambiance poisseuse –, mais, à trop peu de moments, le film affiche un quelconque enjeu, les traitements psychologiques absents de tout personnage et une reconstitution historique écrite que dans les grandes lignes viennent empiéter sur les ambitions d’un Marc Forster qui se voyait peut-être trop grand pour le costume.
N’empêche que la prestation de Gerard Butler qui semble s’être emparé psychologiquement et physiquement du rôle prouve bel et bien d’une envie sincère de faire du vrai, du bon cinéma. Malheureusement, à défaut d’être totalement raté, ce Machine Gun Preacher est bien trop inégal pour espérer se dresser au niveau des précédents films traitant de la situation en Ouganda et au Soudan tels que celui de McDonald.

Belle tentative certes mais indubitablement plombée par un message moralisateur et un scénario dont les volontés premières ne sont que de porter un regard inintéressant sur un homme qui, au regard de son passé peu glorieux, aurait peut-être mérité qu’une vision d’une biker violent. Le biopic est tout un art monsieur Forster.1 étoile et demi

Machine Gun Preacher, un film réalisé par Marc Forster, avec Gerard Butler et Michelle Monaghan.

Sortie en DVD et Blu-ray le 2 janvier 2013 chez Metropolitan Filmexport.

Concernant les bonus, on peut y trouver sur le blu-ray un entretien avec le réalisateur Marc Forster qui revient notamment sur la genèse du projet, un mini-doc sur la création de la B.O par le groupe Asche & Spencer et le clip de la chanson du film signée Chris Cornell. 

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