Thérèse Desqueyroux de Claude Miller

Thérèse DesqueyrouxDix-septième long-métrage pour Claude Miller, le dernier, l’ultime. A défaut d’être majeur dans la longue carrière du cinéaste français, il aura au moins confirmé, jusqu’à la fin, l’amour indéfectible de Miller pour les femmes, celles à forte caractère, inattendues et incomprises. 29 ans après avoir mis en scène Isabelle Adjani dans Mortelle Randonnée, 27 après avoir fait triomphé Charlotte Gainsbourg dans L’Effrontée, c’est désormais une autre actrice importante du cinéma français qui passe sous la caméra rigoureuse de Claude Miller. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas Audrey Tautou, il n’empêche que son personnage, une des grandes figures de la littérature française magnifiée par François Mauriac, constitue l’un de ses rôles les plus denses et émouvants qu’elle ait pu jouer dans sa carrière.

Deuxième adaptation cinématographique du classique de Mauriac, publié en 1927, après celle de Georges Franju en 1962 – l’indémodable et indépassable Emmanuelle Riva jouait alors le rôle éponyme –, il était surtout question de savoir de quelle manière et avec quel regard Miller parviendrait-il à soutirer la quintessence du récit critique de l’oeuvre originelle. Fait est de constater que si sa structure elliptique a laissé place à une totale linéarité, Claude Miller signe, avec une rigueur et un traitement formel extrêmement appliqué, un très beau film sur la condition de la femme et sur le portrait de cette Thérèse, pur produit d’une société et d’une famille qui ne la comprennent pas.

Sans être inoubliable, ce Thérèse Desqueyroux est un exemple de direction d’acteurs. En donnant la chance à Audrey Tautou d’interpréter le personnage phare du livre de François Mauriac, Miller offre à celle-ci une très belle performance. Contrastée, émouvante et surtout pleine de justesse, elle parvient à soutirer cette sensibilité, cette retenue qui fait tout le charme du film. C’est un métrage posé et maîtrisé, mais en rien ennuyant. Car, bien que la mise en scène soit d’un académisme et d’une convention telle qu’il empiète sur la pleine intensité émotionnelle du film, force est de constater que l’atout même qu’apportent les performances respectives de Tautou et Gilles Lellouch, qui ne démérite pas, souligne un savoir-faire minutieux, délicat et respectueux de l’essence-même du film. Une critique de la bourgeoisie bordelaise certes moins virulente et désormais placée en second plan de l’intrigue apportent ainsi à une meilleure compréhension de ce personnage complexe, incompris qu’est Thérèse. Son passé heureux égratigné dans une très courte première séquence – et dont les couleurs lumineuses contrastent avec la beauté poussiéreuse du reste du film –, ces quelques instants d’amour intense où les baisers langoureux sont mis en exergue et rapidement la discorde d’un mari omniprésent sont malheureusement l’exemple même d’un film qui, dans la démonstration de la douleur de son personnage, s’emballe et cède à la violence facilement.

S’il fallait encore une fois le répéter, la maîtrise formelle du film est éblouissante. Dans chaque séquence, il y a un sens du cadrage, accentué par un montage particulièrement fluide, qui donne à ce film le statut de cinéma grand public, bon public, qui, à l’inverse de la production française de nos jours, n’hésite jamais à faire part de sa générosité. Preuve en est qu’un certain cinéma, celui «du terroir», n’est pas encore mort.

Intense et délicat, tout en étant imparfait et bien trop convenu, Thérèse Desqueyroux est, et restera, un film mineur dans la filmographie du regretté Claude Miller. De par son envie de fidélité envers le matériau d’origine et la maîtrise de sa reconstitution du XXème siècle, cet ultime ouvrage signé par l’un des plus fascinants cinéastes des années 90 montre autant les limites d’une adaptation littéraire, à trop vouloir suivre les codes, que les talents de dramaturge de Miller. Un film à performances d’acteurs qui s’assume et qui vient conclure l’une des filmographies les plus homogènes du cinéma français.3 etoiles

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