L’Odyssée de Pi de Ang Lee

L'odyssée de pi

L’Odyssée de Pi, réalisé par Ang Lee
Avec Suraj Sharma, Irrfan Khan, Adil Hussain et Rafe Spall
Scénario : David Magee, d’après l’œuvre de Yann Martel
Durée : 2H05 / Date de sortie : 19 décembre 2012

Dire que le cheminement, l’élaboration et la mise en œuvre du projet aient été complexes est un doux euphémisme. Adaptation du best-seller signé Yann Martel, œuvre réputée inadaptable au nombre de réalisateurs s’étant cassés les dents dessus – on compte parmi eux Jean Pierre Jeunet qui y a consacré deux ans avant d’abandonner –, l’Odyssée de Pi, à défaut d’être le meilleur film de l’année, offre une nouvelle perspective dans l’utilisation de la désormais décriée 3D.

Avant d’être une formidable réflexion sur l’omniprésence de la foi et sur la vie et la mort, l’Odyssée de Pi est un choc esthétique total. Passée une première demi-heure extrêmement en deçà du reste du film, dans laquelle le héros conte sa petite enfance alors qu’il se cherche une voie, le metteur en scène du très sous-estimé Hulk trouve une toute autre dimension lyrique, poétique, onirique dans l’avancement du récit de par un parti-pris visuel tout bonnement époustouflant. Il ne faut pas attendre longtemps pour savoir que le cinéma d’Ang Lee, qui tout à coup prend en ambition vengeresse, ne s’adresse plus à une communauté de spectateurs, connaisseurs du cinéma du taïwanais, mais à une masse de spectateurs, venant de tout horizon.
A travers cette escapade au-delà de l’Océan Pacifique, dans lequel l’Univers tout entier  apparaît dans l’Océan comme un vaste terrain où rêveries et souvenirs sont confondus, Ang Lee ouvre un champ des possibles rarement atteint à la technologie. L’ébouriffante utilisation de la 3D, comme outil ludique et majestueux (elle n’assombrit désormais plus l’image mais au contraire apporte en luminosité, en magie au film) et l’imposante recréation du tigre en un animal impérial et terrifiant apporte au métrage ses instants de suspense comme rarement vus auparavant dans le cinéma d’aventure. Une telle transformation dans le cinéma d’Ang Lee, traversé par une envie de spectacle impérissable qui n’avait, jusque-là, été dévoilé de par son Tigres & Dragons et qui, ici, emmène le film vers des sommités de beauté, de poésie et d’émotion.

Mais ce formidable huis-clos primitif et sans pitié ne vaudrait rien sans l’interprétation de son héros. Autant dire que sans la présence du jeune Suraj Sharma, le film n’aurait probablement pas cette portée émotionnelle, ce sentiment d’œuvre fédératrice. Prestation d’une humanité sans faille qui, de par un simple regard, retranscrit toute l’innocence de son personnage, sa peur face aux lois de la nature et l’espoir soudain lorsque les Dieux frappent à sa porte. Avant d’être un véritable cosmos stylistique – preuve que les décors numériques peuvent recréer la magie d’endroits façonnés par l’homme –, l’Odyssée de Pi est un voyage par delà les religions, source première de la foi qui reprend forme dans le milieu aquatique, et montre l’obstination de l’Homme à se surpasser, au dessus de la Nature elle-même.

A direction artistique de très grande qualité, il y a le regard du metteur en scène. Trois ans après le médiocre Hotel Woodstock, Ang Lee retrouve toute la beauté de sa mise en scène, parvenant à sublimer les diverses pensées religieuses qui ornent le film. Ainsi, ce nouveau mode de découpage que permet la 3D montre toute l’envergure du talent du réalisateur taïwanais, et sa force à rendre une quelconque adaptation en un voyage cinématographique rare et tout à fait poétique.

Exceptées les quelques erreurs de mode de narration – la voix off pas toujours indispensable – et un certain parti-pris visuel qui ne plaira pas à tout le monde, l’Odyssée de Pi est un grand film épique, monstrueux de par l’évolution de la technologie qu’il engendre et virtuose de par l’intelligence de l’utilisation de la 3D. Un uppercut d’une puissance telle qu’il vous retourne l’estomac de toute part. Un an après Hugo Cabret, qui lui aussi orchestrait une brillante utilisation de la technologie en ajoutant ce qu’il fallait de magie au conte de Scorsese, Ang Lee vient de signer un de ses films les plus bouleversants, témoignage d’un amour démesuré pour le cinéma, de n’importe quel horizon avec n’importe quel moyen. Un trip initiatique à travers l’Inde et l’Univers ainsi qu’un très grand pas pour le cinéma d’aventure. Preuve en est, qu’avec Avatar, la mise en marche de la technologie n’aura finalement pas servi à rien.

4 étoiles et demi

2 réflexions sur “L’Odyssée de Pi de Ang Lee

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