Populaire de Régis Roinsard

POPULAIREPopulaire est un film sur une femme. Une femme qui veut être «moderne», qui a un don et qui rêve d’être secrétaire, faire le tour du monde et rencontrer de grands hommes.
On est alors à la fin des années 50. Son don à elle est de taper, aussi vite que l’éclair, à la machine à écrire. Elle va donc enchaîner, avec l’aide de son patron et entraîneur, les concours régionaux, nationaux et mondiaux pour ainsi devenir une star.

Pour un premier film, on peut percevoir chez Régis Roinsard un certain talent pour reconstituer une époque, une mode et faire naître chez le spectateur un peu d’intérêt pour un film qui, réellement, n’en a pas. Si tout ce travail est principalement à mettre au compte du directeur de photographie, l’excellent Guillaume Schiffman déjà auteur de la photo de The Artist, Gainsbourg – vie héroïque et les deux OSS 117 de Hazanavicius, que faut-il retenir de ce Populaire ?

C’est un film hybride, qui se regarde facilement, mais qui, malheureusement, n’arrive pas à attirer un semblant de compassion, d’empathie ou bien de suspense chez le spectateur.
Triste fait pour un film qui pouvait rameuter les populations de tout bord de par son caractère de grand cinéma «populaire», amusant et, avant tout, divertissant.
Car une fois tout l’étalage de références de la grande époque du cinéma américain finit, le film intègre un rythme de pure auto-complaisance, dans une suffisance bien mal vue pour un film qui se pouvait être sincère ou généreux de par la simple passion de son metteur en scène pour un cinéma qui, encore aujourd’hui, est copié, mais n’est jamais égalé.

En outre, le film qui se veut être une ode à la femme libre et moderne finit, par son lot d’incohérences, par être extrêmement rétrograde et bête. Là où la jeune Déborah François réussit à faire apparaître chez son personnage un semblant de caractère, le tout est rapidement englouti par une sous-intrigue dans laquelle la femme devient un objet de marketing, contrôlé de toute part par le système et se transforme en un produit fantasmé, bienveillant et confisqué de toute parole. Sans parler d’une réalisation bien trop sage pour espérer éveiller une certaine excitation, un véritable plaisir à regarder le film – trop de travellings, trop de champs-contrechamps –, la performance des acteurs n’en reste pas moins contestable. Un Romain Duris qui cabotine et une Déborah François qui attire ici plus l’agacement que l’empathie ou même l’admiration pour son personnage viennent empiéter sur un reste de casting qui aurait sans doute mérité plus de place. Bérénice Béjo, bien trop rare, qui, pourtant, est un élément clé dans le passé et la personnalité du personnage de Romain Duris, et qui éveille un intérêt vite oublié par le réalisateur dans le déroulement de l’action et qui pose les questions d’un traumatisme caché, les plaies encore béantes de la Guerre. Chose mille fois vues et revues mais qui aurait apporté un peu de contraste à un film qui ne sait jamais maîtrisé son sens du rythme et qui n’apporte de réjouissances qu’à de très rares moments.

Le scénario est probablement l’élément qui pose le plus de problèmes dans le film.
Outre un déroulement extrêmement prévisible et qui n’intègre jamais les bouleversements sociaux de la femme dans cette période, toute l’aura comique qui pourrait apporter un peu de couleur au film échouent lamentablement dans un souci de place. On sourit à quelques moments oui, mais on ne retrouve jamais cette bonne humeur, cette joie de vivre qui hantait les films d’antan. De la passion quoi !

A contrario de tous les échos très enthousiastes de la presse, Populaire est un film anecdotique, symptomatique d’un cinéma français qui ne cesse de reculer dans le passé pour retrouver un semblant de couleur. Prévisible de par son scénario, tombant dans l’auto-complaisance de par une réalisation jamais punchy mais toujours appliqué, le film réussit néanmoins à reconstituer, avec une grande minutie et un véritable sens rétro, l’époque et toutes les modes de celle-ci. Élégant, divertissant le temps d’un instant mais bien trop décevant pour pouvoir se hisser au très talentueux Michel Hazanavicius qui, lui, savait conjuguer références pures et cinéma passionné et passionnel avec virtuosité et amour pour le septième art pour livrer un objet cinématographique fort, homogène et cohérent.2 étoiles

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