Jack Reacher de Christopher McQuarrie

Jack ReacherUn an après le génial quatrième volet de Mission Impossible, qui jouait entre démesure totale et véritable plaisir cinématographique dans lequel familles et cinéphiles pouvaient aisément trouver leur bonheur, Jack Reacher est donc le nouveau produit de mystification pour le toujours plus impérial Tom Cruise. A nouveau producteur, avec l’aide de son comparse Paula Wagner, et ayant trouvé comme réalisateur le scénariste et réalisateur à temps partiel Christopher McQuarrie, déjà auteur du scénario du récent et catastrophique The Tourist mais ayant surtout fait ses armes sur l’écriture du culte Usual Suspects, on était en droit à se demander, ou du moins, à chercher un intérêt à un film qui, juste avant ses premières images, n’en trouvait absolument aucun.

Il ne faut donc pas attendre longtemps, une première séquence silencieuse et terrifiante à travers la lunette d’un sniper – dix minutes de total silence, durant lesquels retentissent le bruit des balles –, pour comprendre que Cruise et son équipe ont décidé de la jouer sérieux et effacer les éléments de vente d’un film auquel on lui avait adressé le statut de film survolté et badass. Triste pour certains, élément de réponse extrêmement convaincant pour d’autres, Jack Reacher n’en demeure pas moins un objet cinématographique d’une propreté inégalable et d’une maîtrise certaine, jusqu’à parfois mettre de côté la tentative d’empathie pour un personnage fondé autour de mystères, légendes et autres histoires sur son passé. Reprenant un à un les codes du genre du film noir, déjà exploré récemment par l’exceptionnel Drive, pour en retrouver l’essence même et procurer ce plaisir intense qui ne résidait que dans les films des années 50, Christopher McQuarrie fait bouger sa caméra avec une fluidité presque vertigineuse et parvient à en faire un élément primordial dans le déroulement de l’enquête mené par le mystérieux Jack Reacher et l’avocate en charge de l’impossible défense du tueur au sniper en question, ici campée par Rosamund Pike.

Tour à tour voyage à travers le mythe du lonesome boy, attraction cinématographique pure dans lequel tous les codes du bon thriller sont mis avec un brio rare et finalement une escapade d’une noirceur inattendue, Jack Reacher n’est sans doute pas un blockbuster accessible à tous de par sa nervosité constante mais parachève avec tact et envie de divertir la carrière protéiforme de l’intenable Tom Cruise sur lequel le film vit, progresse et parvient à installer son intrigue, complexe mais brillamment menée, en toute crédibilité. Il est ce Charles Bronson, ce Clint Eastwood des années 2000, un de ses personnages qui manque cruellement au cinéma d’aujourd’hui, cette grande gueule charismatique, au sourire ravageur et qui continue de réunir, malgré ses cinquante ans bien passé et sa période de creux créatif jusqu’en 2006, les plus grands. En témoigne la photographique signée Caleb Deschanel (Apocalypse Now, Killer Joe) qui est une merveille de toute part, et qui rend incontestablement au film cette atmosphère rétro et sauvage. Là où Jack Reacher perd en intensité dramatique, il le gagne en nervosité, sans pourtant immiscer un quelconque doute chez le héros et, donc, n’installant pas ce constant imbroglio qu’ont les scénaristes à incruster une phase de trouble chez celui-ci. Le visage de Cruise est impassible, la masse musculaire imprenable et chaque scène de séduction entre Pike et Cruise deviennent rapidement un jeu d’échecs, dans lequel chacun y va de sa petite blague pour détourner là où le public se croyait en terre connue. Preuve d’un véritable plaisir de jouer, de divertir et de reprendre ce qui faisait l’honneur de l’âge d’or du cinéma policier d’antan.

Hormis cette multitude de points forts, le film finit par étendre en longueur son intrigue, les rebondissements s’empilent les uns aux autres créant chez le spectateur une rapide lassitude, heureusement et rapidement effacé, dans un dernier acte, par la soudaine apparition de Robert Duvall en américain réactionnaire, pur, dur et définitivement cool et en un sorte de père spirituel comme si le costume avait été échangé, comme si l’héritage était en passe d’arriver. La présence presque inattendue du grand Werner Herzog dans le rôle du bad guy étonne de par son silence, la terreur et les souffrances du passé qu’il porte jusqu’au regard et sa presque non-présence dans l’intrigue. Ce personnage, secondaire évidemment, permet ainsi à créer un duel entre deux ombres, deux hommes hors du champ, presque hors du cadre et qui, de par sa puissance significative, offre une bataille instable, sec et à tout moment jouissive.

Car, au-delà du manque d’amplitude ou de densité dramatique, Jack Reacher est un bout de cinéma à la plastique impeccable et d’une intelligence rare. Un film noir, ténébreux, quasi-sépulcral à travers l’histoire du cinéma de genre, des années 50 jusqu’à aujourd’hui, et qui ne s’intègre jamais dans le maniérisme du numérique ou dans le surplus d’effets, de dialogues et de scènes qui caractérisent un genre trop de fois détourné et ayant oublié ses vraies valeurs morales. Et surtout une lettre d’amour au cinéma de plus pour un Tom Cruise dévorant de passion, en pleine cure de gigantisme et, peut-être, de jouvence.3 étoiles et demi

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