Dredd de Pete Travis

DreddCinq ans après le succès international de son premier film, Angles d’attaque, qui avait la chance d’avoir un casting imposant (Forest Whitaker, Sigourney Weaver et William Hurt entre autre) pour un film foncièrement anecdotique, les attentes autour du remake de Dredd étaient fondées. Tout comme les peurs, particulièrement omniprésentes après la catastrophe engendrée par l’adaptation, avec Sylvester Stallone, qui n’avait su capter la moelle épinière d’un comic book aussi violent que Dredd l’est.

Énorme flop aux Etats-Unis avec treize millions de dollars récoltés – pour un budget de cinquante millions – qui a donc amené à une sortie en direct-to-DVD, format en pleine expansion et qui avait déjà su nous surprendre maintes fois (l’improbable Detention, film culte en puissance) et qui tente de limiter la casse d’un film d’une extrême singularité qui oppose parti-pris esthétique audacieux à un scénario quelconque voire inexistant.
Le film n’est pas en soit raté, comme nous laissaient présager les premières images, et finit, de par une mise en scène maîtrisée de bout en bout dans laquelle Travis capte toute la noirceur et le mystère d’un personnage comme Dredd, interprété par un Karl Urban qui n’enlève jamais le masque durant l’intégralité du film et qui parvient à sortir toute la rage enfouie dans ce personnage, à surprendre autant qu’à lasser.

Un sentiment de frustration ressort forcément d’un film qui, en une heure et demie, ne prend jamais de risque et ne développe aucune intrigue véritable ou n’ouvre aucune porte à quelconque enjeu dramatique. Si le film prend la même dimension que The Raid dans laquelle la quête du juge se joue d’un Everest de gangsters et de drogués, le métrage de Pete Travis multiplie des plans d’une audace rare et d’une parfaite redondance dans la dose avec laquelle le réalisateur en use et abuse. L’intériorisation des effets de la Slo-Mo, drogue développée et vendue par l’unique chef du gang de Mega City One appelé Ma-Ma, permet au film d’entretenir une force silencieuse, quasi-sépulcrale. C’est un film qui se fout des sentiments ou même des changements d’un personnage jamais perçu comme apte à modifier sa destinée (Dredd apparaît ici comme un héros venu des ténèbres, vieux et empli de colère) et qui s’inscrit dans la lignée de tous ces plaisirs coupables, inattendus du début à la fin et malheureusement rapidement vus et assez vite oubliés.
Car, au-delà même d’un traitement des personnages bien trop superficiel à la vue de l’amplitude de chacun des protagonistes du film, Dredd est un film qui ne raconte rien et qui ne vit que de ses scènes d’action qui, à défaut d’être des génies de technicité, occupe une place prépondérante dans le métrage et bénéficie d’effets spéciaux de qualité. Il y avait pourtant, dès l’introduction, de nombreuses pistes à poursuivre dans le contexte auquel les bases du film sont posées. Aucune explication sur le totalitarisme de la société de Mega City One, quelques pièces sous-exploitées d’une réflexion d’un film qui à vouloir se hisser à la puissance nihiliste de films tels que Blade Runner n’offre qu’une once de toute la pensée amenée par Ridley Scott et le génie des textes de Philip K. Dick.

Hormis la déconvenue du scénario, la direction d’acteurs peut être jugée comme honorable. Limitant le nombre de personnages pour ne se canaliser que sur les personnages de Karl Urban et de la débutante interprétée par une Olivia Thirlby primitive et humaine à souhait, c’est la présence, tout en retenue, de Lena Headey qui apporte au film cette véritable allure sauvage, malsaine, presque gore à un film aussi fastidieux qu’efficace, et qui ne ressemble qu’à une scène d’ouverture à une saga qui n’existera jamais, une oeuvre malade et inégale mais puissamment mise en image et qui met enfin en exergue un personnage aussi vaste et terriblement sombre qu’est Dredd.
Outre une intrigue bien trop diluée dans un déluge d’effets spéciaux et de ralentis ultra-graphiques, c’est un sentiment de ne pas en avoir assez vu, assez entendu et surtout assez ressenti qui confine le film en un métrage inattendu, tout bonnement singulier mais manquant terriblement d’enjeu dramatique et de personnalités très fortes pour amener une quelconque émotion, un ressentiment d’avoir vu un film pas comme les autres, première et dernière attache d’une saga qui ne verra jamais le jour.
Hollywood est décidément le plus impitoyable des royaumes.2 étoiles et demi

Concernant le Blu-ray, auquel nous avons eu la chance d’essayer, les caractères techniques sont hautement au niveau des attentes puisque l’image et le son ne font qu’un et propose un spectacle de toute beauté, pour les yeux et les oreilles. Malheureusement, les bonus ne se comptent qu’en un mini-documentaire (d’une minute trente chrono !) dans laquelle l’utilisation de la 3D est expliquée. Probablement la dernière trace d’un tournage chaotique dans lequel le réalisateur, lui-même, n’a pas eu son mot à dire sur la post-production. Un Blu-ray techniquement irréprochable mais bien vide en suppléments.

Dredd sortira le 11 février 2013 en Blu-ray/Blu-ray 3D et DVD chez Metro.

Merci encore à Metropolitan Export de nous avoir permis de découvrir le film en avance.

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