God Bless America de Bobcat Goldthwait

God Bless America

Chronique réalisée dans le cadre du DVDTrafic

God Bless America est un film fait de rien et qui étonne, en plus de jouir d’une liberté totale sur le scénario et la trame qu’il entretient au fil du film, jusqu’à parfois se perdre, et sur le regard qu’il porte envers le pays qui est le sien : les Etats-Unis.
Il y a quelque chose de parfaitement vertigineux dans la manière que Goldthwait, réalisateur alors inconnu en hexagone, à s’approprier toute l’atmosphère décomplexée des films qui l’ont inspiré (on pense évidemment au cinéma de Michael Moore d’une manière évidemment bien radicale ou, plus récemment, de Breaking Bad, avec un ton bien moins grave, qui s’imprègne avec grandeur, décadence et pure génie esthétique toutes les caractéristiques du héros nihiliste) et de faire d’un objet d’une communité assez barbante en un plaisir coupable, généreux et subversif.

Pondu avec un budget dérisoire si ce n’est misérable, God Bless America raconte l’histoire de Frank, un américain moyen que tout le monde délaisse et qui apprend un jour, au fond du fond, qu’il est atteint d’un cancer. Première étape de sa croisade à travers les Etats-Unis de la télévision, celle qui est bruyante, naïve et construite sur un bâtiment de stupidités en tout genre. Bref, l’Amérique d’aujourd’hui, l’immondice de la culture pop qu’elle a vu éclore, atteindre à son paroxysme et donc s’autodétruire en cet instant.
Base scénaristique simple et compréhensible de tous au départ et qui devient, rapidement, inconsciemment, un spectacle parfaitement jouissif, construit sur la base d’un regard incisif des Etats-Unis et une véritable boucherie décalée, pas si inattendue pourtant, d’un homme et d’une fille en pleine guerre contre la connerie d’aujourd’hui.

La quête, qui devient rapidement vaine, perd au fil du film de sa dimension véritable et de la sincérité sur laquelle elle était construite. Sur le désespoir de cet homme au bord du gouffre, interprété par un Joel Murray (frère cadet de Bill) extrêmement touchant, le film s’effile, s’efface et prend son envol dans ce combat sanguinaire que le spectateur prend plaisir à regarder, éphémère et instantané. L’heure et demie sur laquelle le film écrit son histoire ne perd jamais son rythme de départ et devient un joyau comique, dans ce qu’il y a de plus noir que ce que fait le cinéma américain. Le parti-pris esthétique d’en faire un film réaliste et donc épouser les formes de la réflexion font de ce feu sacré une oeuvre en demi-teinte. La réalisation est en retenue et ne se permet qu’à de très rares moments un véritable feu d’artifice de violence. Fait bien dommage pourtant puisque la présence des deux protagonistes principaux, entre Joel Murray et Tara Lynne Barr – une copie-conforme de la Chloe Moretz de Kick Ass –, permet véritablement au film d’entretenir une effrayante empathie pour ces deux personnages.

Au-delà des quelques questionnements que Goldthwait expédie soudainement pour laisser la place au festin, il s’en révèle un véritable talent de dialoguistes chez le réalisateur. Ponctuant d’une petite pic chacune des entrevues entre les personnages, confinant sa rage envers le système dans le personnage de Murray et trouvant comme remède expiatoire le sang, l’américain parvient à faire, avec une certaine réussite, un film sur une Amérique qui a préféré se ranger du côté de l’inoffensif divertissement, qu’il balaye d’un regard effrayé, au lieu d’entretenir la pensée générale. Un film alarmant, tout en étant fascinant quoiqu’agaçant et qui, de par sa générosité et sa constante dérision, arrive à faire oublier les erreurs d’un réalisateur qui, partant de rien, signe une catharsis singulière et efficace, ouvrage rafraîchissant et jouissif d’un film né dans la sous-culture qu’il ose critiquer et conchier de toute sa haine.3 étoiles et demi

Edité par le très bon Potemkine, God Bless America revit dans une édition Blu-ray de très bonne facture. Avec près d’une heure de bonus, dont un making-of fort intéressant et les entretiens du metteur en scène et des deux acteurs principaux, Potemkine parvient à faire du Blu-ray une croisée complémentaire à la perception de cette oeuvre. Ajoutez à cela une belle technique entretenue par une image exemplaire malgré un son un peu faiblard en Dolby Digital 5.1 et vous obtenez un Blu-ray réussi, efficace et exemplaire.
A noter aussi que, fait très rare, le Blu-ray est au même prix que le DVD, soit le bon moment pour dépenser dans un objet relativement supérieur de par sa technicité.

God Bless America, un film de Bobcat Goldthwait avec Joel Murray et Tara Lynne Barr.

Distribué par Potemkine et sorti en DVD et Blu-ray le 5 février 2013. Ils comportent tous deux le film en V.O et V.F, ainsi qu’en suppléments les interviews de l’équipe, le making-of et des scènes coupées.

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