Die Hard : belle journée pour mourir de John Moore

Die Hard : Belle journée pour mourirRécemment, on a appris que le Saint-Père du cinéma d’action bodybuildé, John McTiernan, celui à l’origine de quelques-uns des grands films d’action des années 90 (Predator, Last Action Hero ou encore Thomas Crown) ainsi que la trilogie des Die Hard, venait de voir sa demande d’appel dans un procès l’opposant au producteur Charles Roven rejeté et qu’il purgerait donc un an de prison ainsi que trois ans en liberté sous surveillance. Quatre années supplémentaires à ajouter aux dix années depuis son Basic en 2003 sans le maître alors que son joyau, qu’il avait gardé si longuement sous le bras, s’estompe, s’écrase et s’affaiblit de manière alarmante dans le cinéma d’aujourd’hui, infantilisé et sans sens du cadre aucun. L’échec quasi-total du quatrième volet, orchestré par un autre tâcheron portant le nom de Len Wiseman — à qui l’on doit le récent remake de Total Recall… Seigneur… —, portait déjà le prémisse d’un cinéma qui ne pouvait s’accorder avec la froideur acariâtre du cinéma ultra-patriotique qu’est celui du cinéma d’action actuel.

Ainsi, bien malgré les avertissements d’un public qui ne trouvait plus la qualité dans ce cinéma de moindre qualité et surtout grâce aux bénéfices engendrés par cet épisode, il est aujourd’hui l’heure de découvrir les nouvelles (més)aventures de John McClane, le tout sous la houlette de John Moore dont on vendra les mérites et le talent dès lors qu’il aura appris à utiliser correctement sa caméra et à user de ses acteurs comme un atout plutôt que d’en faire des tâches sur un tableau à la genèse déjà écorché. Auteur du malheureux Max Payne, première étape dans le cinéma discount du frère du révolté Michael Moore, il n’était donc aucunement question de poser des espoirs sur un film qui, dès les premières notes de l’Hymne de la joie posées sur écran, sonne terriblement faux. Catastrophique de par son introduction digne d’un mauvais téléfilm du dimanche et ses enjeux tout bonnement discordants, aberrant sous son montage massacré et qui en fait une attraction de mauvais goût à travers le Moscou grisâtre et brillamment pitoyable quand il mélange légitimement deux cinémas qui s’opposent et brise le mythe d’un personnage qui, au fil de ses péripéties et de ses phrasés inimitables, demeure au panthéon du cinéma américain, A Good Day To Die Hard est un océan de vacuité.

Tout au long de l’heure et demie dans laquelle Moore expie ses rêves et ses cauchemars dans un film au demeurant bien terne et profondément ennuyant, Die Hard 5 s’offre d’un festival de pyrotechnie de ce qu’il y a de plus fade et porte les marques d’un découpage impropre à la saga, enchaînant scène après scène ce que l’on a vu de plus incohérent et de plus incompréhensible depuis bien longtemps au cinéma. Bruce Willis cabotine à mort et semble porter son héros avec un déplaisir désormais communicatif. Plus aucun rire ne transporte la salle dans une énergie réciproque, plus aucun suspense ne filtre, l’intrigue se désactivant au bout d’une première demi-heure poussive mais pas inintéressante puisque elle semble être la seule dans laquelle la caméra tremblante de Moore trouve un intérêt, dépeignant l’ambiance apocalyptique et retentissante de l’attaque. Une scène de course-poursuite des plus indigestes comme cerise sur le gâteau et les épaisses couches de guimauve et de paternalisme insoutenable continuent, au fil du film, d’épaissir le cahier des charges que le réalisateur et son équipe remplissent allègrement. Il ne manque alors plus qu’une intrigue, d’une bêtise affligeante, au cœur de Tchernobyl pour pousser le film dans un dépit général, bourrant de faux-raccords et autres incohérences un scénario déjà bien vide.

Excepté la continuelle bêtise qui apporte une certaine sympathie envers les acteurs qui semblent souffrir de la direction d’un John Moore au paroxysme de son non-talent, rien ne sauve ce cinquième Die Hard du naufrage qu’il prévoyait depuis, voilà, bien longtemps. Profond puits de crédulité et d’incompétence qui empatissent sur le film de long en large, Moore vient alors jusqu’à copier séquences et autres mimiques de McTiernan, celles-ci appartenant pourtant à l’histoire du cinéma d’action et du cinéma en général. Dénaturant la quintessence véritable de son héros et le transformant en un père à la recherche du pardon et de l’amour de son fils – triste transformation oui… –, Die Hard : belle journée pour mourir assure un avenir bien trop fastidieux à la saga originelle de McTiernan en honorant un passage de flambeau entre Willis et Jai Courtney, autre grande désillusion d’un film qui les empile, et en soutenant l’idée qu’un jour la saga renaîtra, plus grande et d’actualité, dans un cinéma qu’il dominera dès lors, bienpensant et inoffensif.

Alors qu’un sixième épisode est déjà annoncé, il est l’heure de demander plus que jamais des comptes dans cet immondice que nous offre John Moore. Jamais amusant à regarder et affolant dans sa mise en scène, ce Die Hard ne porte que le nom pour cacher une substance bien autre. Une matière bien différente, dénuée d’âme et d’amour véritable pour son personnage emblématique ou pour le cinéma qu’il tente d’imiter avec allégresse et qu’il dénature en un objet filmique familial et anti-cinématographique. Rares sont les films à rater avec tant d’outrance et d’excès leur objectif, A Good Day To Die Hard en fait désormais partis. Et c’est un énorme navet.0 étoile

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s