Paperboy de Lee Daniels

PaperboyÔ combien il avait été difficile pour nous de découvrir le Precious de Lee Daniels, concourant sans aucun doute au titre honorifique du film le plus surestimé de la décennie, le réalisateur américain revient avec Paperboy et les affaires ne semblent pas s’être arrangés en terme de finesse empiètent donc sur l’identité propre de son nouveau bébé, un objet divaguant entre l’œuvre vintage parfaitement maîtrisé et le ridicule d’un polar mal foutu, mal découpé. Portant comme tête d’affiche l’improbable Zac Efron, venu redonner un sens nouveau à sa carrière au coeur d’un casting désormais adulte, il semblait compliquer de percevoir vers quel cinéma Lee Daniels voulait se pencher à la vue des premières images.
Après l’accueil plus que glacial que lui avait réservé le dernier festival de Cannes – le cinéma américain en général avait été mal porté lors de celui-ci –, Paperboy avait de quoi faire peur. Il n’en demeure pas moins, assez étrangement, que le film provoque un plaisir véritable à travers ses pulsions et tensions, cette nervosité, cette intensité sexuelle omniprésente et la moiteur imprégnant l’intégralité du récit.

La puissance ou l’intérêt propre de l’histoire raconté n’importe peu le spectateur, ni même le réalisateur semble-t-il. Lee Daniels, lui, préfère le choc et les scènes mémorables à un bon scénario. Voir Nicole Kidman uriner sur Zac Efron, Matthew McConaughey prendre du plaisir à se faire frapper ou même voir Kidman imiter une scène de fellation dans un parloir face à un John Cusack tout chose, c’est ce qu’aime Daniels, un cinéma du mauvais goût et du grossier. Et bizarrement, on lui pardonne. Parce qu’au-delà de ce montage qui charcute une partie de l’œuvre et d’un récit tarabiscoté, il y a une portée esthétisante à son œuvre qui en fait un véritable objet sexué et punchy. Une heure et demie durant, Zac Efron devient l’objet de fantasme, la muse du réalisateur, qui le fait balader en slip face au grand soleil transpirant de Floride et Kidman, pas si impressionnante que ça dans un total contre-emploi, loge une bimbo blonde prête à tout pour faire sortir son mari, un taré à la machette, de prison.

Dérivant son sujet et son enquête pour rapidement l’emmener vers un film malsain et hypnotique, Lee Daniels préfère les longues scènes d’approche, les corps moites et le bruit à la recherche d’indices. Les acteurs semblent être au diapason, preuve en est, une nouvelle fois, qu’à défaut d’être un bon metteur en scène, il est un formidable directeur d’acteurs. Kidman étonne autant que Zac Efron semble être en pleine transformation. Bien qu’il manque encore un véritable grand rôle mâture à celui-ci, Daniels a trouvé là où il fallait creuser dans la carrière du jeune homme. Le poser en un objet plus qu’en un personnage intéressant, créer chez lui de l’empathie et du désir.

Ainsi, si Paperboy ne demeure pas être un grand film noir comme il espérait le concourir, il n’en reste pas moins un film radical de par sa pensée, hypnotique et crasseux de par son esthétisme moite des sixties, Lee Daniels parvenant à recréer l’ambiance du cinéma de John Waters tout en allant vers des sujets aussi phares que les premières pulsions et la perte de l’innocence d’un garçon épris d’amour pour un blonde désincarnée et l’époque de haine racial dans laquelle l’Amérique espère, encore aujourd’hui, faire face. Un exercice de style tributaire de la pensée de son auteur, plus qu’un polar en bonne et due forme.3 etoiles

Paperboy-DVDConcernant le DVD, sorti depuis le 18 février chez Metro, il n’offre malheureusement que très peu de contenu dans ses bonus hormis une séquence prise du tournage, vide de tout commentaire, et qui dévoile le tournage d’une des scènes prenant place au parloir, au cœur de l’action. Reste ensuite un mini making-of de six minutes dans lequel les acteurs se lancent des fleurs à tout va ainsi que de leur entretien lors du dernier Festival de Cannes. Pas un objet indispensable mais un film qui, de par son résultat, ne vous laissera sans doute pas indifférent.

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