Le Monde fantastique d’Oz de Sam Raimi

Le monde fantastique d'OzAprès une élaboration chaotique, une multitude de réécritures et, cerise sur le gâteau, un véritable échec industriel au moment de sa sortie aux États-Unis, le Magicien d’Oz de Victor Fleming – seul réalisateur à être cité au générique quand trois autres se sont échinés à l’adaptation du livre de L. Frank Baum –, est aujourd’hui cité comme un monument de la culture américaine et demeure une œuvre indémodable, inamovible de ce que le cinéma a fait de plus beau dans son histoire. Près de soixante-quatorze ans après sa sortie, en 1939, c’est Disney qui reprend le flambeau, non pas dans la perspective d’en écrire la suite, mais d’en imaginer les origines dans une nouvelle version flambant neuve, 3D et caméra numérique dans le pack tout inclus. Projet ô combien risqué mais malheureusement symbolique en cette période – ou plutôt époque – de crise artistique où le neuf ne correspond qu’au vieux et où la passion et le respect d’une oeuvre sont bafoués au service d’objets tous plus oubliables et détestables les uns que les autres.

Savoir que Sam Raimi, metteur en scène culte pour la trilogie des Evil Dead et seul fou à avoir emmené Spiderman avec un semblant de grandeur et d’amour pour le produit jusqu’alors, est à la réalisation révèle de l’évidence comme de l’incompréhension puisque, en grand amoureux du cinéma de genre qu’il est et en véritable cinéaste libertaire et respectueux des maîtres qu’il salue dans chacun de ses films, le voir se trouver dans une produit Disney peut poser à la réflexion.

Si il est aujourd’hui incontestable que le monsieur aime créer l’appétit chez ses fans en les faisant s’impatienter un peu plus longtemps entre chaque film (quatre ans depuis Jusqu’en enfer, fabuleux retour au cinéma de genre), le Monde fantastique d’Oz en déroutera comme en plaira à plus d’un. Film salutaire à la carrière grand public de Raimi, tout en étant un formidable film à grand spectacle, formant la moelle épinière de son récit autour de l’imaginaire et de la croyance comme du réel et de la dureté qu’elle implique, Oz parvient à recréer dans une époque différente, mais dans un même cadre, la magie qu’imposait l’œuvre originelle de Fleming. Sacrifiant néanmoins la poésie de l’image au service d’une production design bien impersonnelle signée Robert Stromberg (Avatar pour le meilleur et Alice au pays des merveilles version Burton pour le pire du pire) et s’imposant un scénario aussi inégal que linéaire, le Monde fantastique d’Oz se savoure comme une confiserie, instantanée et plaisante du début à la fin.

Car s’il est vrai que la présence de ces défauts ne permettent pas à ce prequel de s’adjuger le titre de film-somme à la carrière de Sam Raimi, il n’en demeure pas un divertissement de haute volée, aussi bouleversant que drôle et ludique. De la réalité, dépeinte en noir et blanc et délimité dans un format carré, où Raimi trouve une étonnante symbolique au parcours d’un homme en bas du mur, ambitieux mais salopard fini, jusqu’au monde d’Oz, où le cadre s’ouvre, s’élargit face à nos yeux comme pour montrer l’aspect démesuré du décor, l’Américain insuffle une magie et un plaisir à l’ouvrage constants et communicatifs auprès du spectateur, rapidement ébahi par l’ambition affiché par le metteur en scène. Le héros, interprété par un James Franco des grands soirs, se révèle ainsi être l’allégorie d’un passionné, d’un ambitieux et d’un grand salopard, prêt à tout pour devenir le grand homme qu’il espère un jour être, ce malgré son passé et ce qu’il a laissé au monde réel. Il n’est pas le magicien qu’il prétend à l’origine être, tentant de sauver son orgueil au lieu des personnes qu’il la lui demande, mais ce sont les armes de l’illusion et du cinéma qui vont l’épauler dans sa quête, lui pardonner ses erreurs, s’armer derrière une passion commune pour la surprise.Le monde fantastique d'Oz - 2Comme dans tous gros projet de ce type, Oz traverse des hauts et des bas au fil de son récit, non pas seulement à cause de sa linéarité (triste fait pour un film qui aurait mérité plus de consistance dans la traversée de son héros, faite de véritables péripéties) mais aussi de par l’absence de contraste entre les personnages, ne cassant jamais véritablement les codes de leur personnages ni même les étiquettes derrière lesquelles ils se cachent. La gentille sorcière, jouée par une Michelle Williams rapidement insupportable, reste gentille, la méchante sorcière reste méchante, incarnée par une Rachel Weisz à la beauté aussi vaine que dans le superbe The Deep Blue Sea dans lequel elle irradiait la pellicule de toute sa magnificence n’apportent que des rôles secondaires au récit et ne sont l’objet d’un combat qui, au final, finit par quelque peu nous désintéresser. Néanmoins, l’apport de nouveaux personnages tels que ceux de la poupée de porcelaine, personnage le plus réussi et dense du film, ou du singe Finley, caché sous les traits d’un Zach Braff toujours aussi formidable (bien trop rare désormais sur grand écran), apportent émotion et inventivité au film permettant ainsi, derrière les failles d’un scénario bien trop simpliste et le manque d’épaisseur des héros principaux, de trouver une portée tout autre au métrage et souligner le caractère mélancolique qui imprègne constamment l’épopée.

La 3D, malgré une utilisation acceptable, paraît donc rapidement obsolète dans sa tentative d’imprégnation du spectateur à l’histoire qui lui ait conté. A l’inverse d’un Hugo Cabret où Scorsese usait de la technologie pour élargir les champs et mettre en évidence la beauté des décors comme un atout complémentaire à son scénario, Sam Raimi ne l’utilise que dans le but d’y introduire quelques effets, ludiques certes, mais inutiles dans la construction du film. Néanmoins, le réalisateur, amoureux depuis l’éternel du genre fantastique, semble s’être imprégné du cadre pour y insérer milles et une références à son univers, à ses années passées derrière la saga Evil Dead et à y expérimenter diverses vallées du cinéma. De ce fait, certaines séquences dans la forêt insufflent véritablement un caractère horrifique, psychédélique à l’œuvre, quelques touches venant éclaircir le paysage pour ainsi révéler son identité véritable auprès du spectateur, celle d’un film aussi autobiographique que joyeusement populaire. Et c’est bien là la grande force de ce Oz, frapper là où l’on espère être emmené, intégrer la surprise dans un univers connu de tous en y immisçant ce qu’il y a de plus sincère dans un récit alambiqué, risquer et apprécier l’instant comme il est, où candeur et émerveillement, festival pyrotechnique et amour du travail bien fait ne font qu’un.

Bien malgré une dernière demi-heure inégale, ne savant pas trop où aller entre un combat dont on ne se fiche guère et une lettre énamourée au cinéma d’antan, de celui qui provoquait les réactions les plus pures comme le cinéma n’en offrira sans doute plus jamais, Oz se révèle être le film le plus abouti de son auteur, imparfait certes mais salvateur et d’une sincérité sans égales.
Brillant tour de force esthétique où Sam Raimi fait virevolter sa caméra comme un enfant à qui l’on aurait donné une caméra, le Monde fantastique d’Oz, sans jamais dépasser l’œuvre originelle dont il use toutes les caractéristiques de l’univers, offre quelques moments de pure magie et de génie au milieu d’une œuvre commune mais grandiose. Émouvant et drôle à de nombreux moments en intégrant le réel dans l’imaginaire (les séquences de la petite fille de porcelaine et de la fille handicapée mises en parallèle), autobiographique à tout instant, Raimi continue donc de forger sa réputation en un faiseur de grands films populaires hors pair, capables de réunir cinéphiles et familles dans une même salle et de capter cette même émotivité derrière chacun des spectateurs et de procurer ce plaisir intense, immédiat en salle et de se dire qu’on était bien là où on était, au milieu de fleurs de verre, de monstres abominables et accompagné d’un singe major d’homme et d’une fille de porcelaine impitoyable.
Comme quoi, la magie du cinéma peut encore opérer de bien belles surprises au cœur de la plus triste des actualités, s’échapper dans un lieu où tous les rêves semblent encore imaginables.3 étoiles et demi
Le Monde fantastique d’Oz, réalisé par Sam Raimi.

Avec James Franco, Mila Kunis, Rachel Weisz, Michelle Williams et Zach Braff
Musique : Danny Elfman
Scénario : Mitchell Kapner et David Lindsay-Abaire, inspiré du Magicien d’Oz de Frank L. Baum
Durée : 2H07
Sortie le 13 mars

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