Le Hobbit – Un Voyage Inattendu de Peter Jackson

Le Hobbit

Merci à Warner Bros. France de nous avoir donné la chance de découvrir et de tester ce Blu-Ray.

Voilà onze ans, onze ans déjà, qu’un jeune prodige néo-zélandais, du nom de Peter Jackson, venait adapter l’œuvre monstre de J.R. Tolkien et laissait un souvenir de cinéma impérissable auprès d’une génération entière. Onze ans, auxquelles s’ajoutèrent deux suites à cette première incursion, deux immenses films, arpentant plus en profondeur, avec une ambition et une puissance toute autre, la nature animale de la quête de nos deux héros, des terres de la Contrée laissées pour les terres sombres du Mordor. C’était cette fresque épique de près de dix heures et demi, gigantesque de par les moyens de l’époque et la beauté vertigineuse de l’univers, qui nous firent aimer le cinéma de Jackson, ses précédents comme les films qui s’ensuivirent, du moins King Kong et le spectacle hors norme qu’il offrait.
Car s’il s’est affirmé comme un metteur en scène hors pair et un véritable conteur, ce malgré l’univers qui s’en retrouve modifié, on l’avait trouvé transparent dans le piètre Lonely Bones, thriller fantastique totalement malsain et éclairé par quelques onces de génie, le néo-zélandais n’avait alors jamais divulgué une telle envie de retrouver la Terre du Milieu et ses hobbits. D’abord laissé aux mains de Guillermo Del Toro qui, dépassé par l’ampleur du projet, ne se retrouve plus qu’aujourd’hui que scénariste de cette nouvelle trilogie, c’est un Peter Jackson retrouvé et plus mâture qui se retrouve à nouveau derrière la caméra.
D’aucuns diront qu’il a bafoué l’esprit originel de l’œuvre de Tolkien, et pourtant, le plaisir engendré par ce Hobbit se révèle bien au-delà des espérances du spectateur et demeure intact, ce malgré la comparaison et les multiples attentes.

Premièrement, parce qu’après une première mélancolique et sympathique à souhait, où Jackson multiplie une succession de caméos tous plus réjouissants les uns que les autres (on vous gardera la surprise jusqu’au bout) et fait de cette aventure une réjouissante introduction à la suite du périple, le réalisateur ne cesse de garder en ligne de mire les objectifs affichés par un tel retour et les obstacles qu’il doit affronter avec le temps. Les deux premiers épisodes datant de plus de dix ans, il est ainsi nécessaire pour le spectateur de s’habituer à la vague impressionnante de nouveaux décors et autres incrustations opérés par le réalisateur, malgré la qualité esthétique parfois inégale du procédé et voir cela comme un atout plus que tel une tare. La première demi-heure impose donc le tempo et le ton affiché par l’auteur sans dériver de sa quête véritable. Joyeusement familier, impressionnant de fluidité et offrant une séquence mémorable de bataille, sans pour autant dévoiler tout le potentiel dès cette première partie, Jackson ouvre alors vers la moelle épinière de son récit en dévoilant le rôle et le caractère prophétique de Bilbo, incarné par l’excellentissime Martin Freeman, en le torturant à travers chacune de ses péripéties et en le construisant, à l’instar d’un Frodon Sacquet, de manière à ce qu’il provoque autant empathie qu’énervement et déverse des émotions communicatives auprès du spectateur. De la lâcheté des plus véritables face à l’héroïsme d’antan, c’est cette barrière que Jackson cherche à traverser à travers son personnage principal et élever son histoire et ses diverses évolutions vers des ambitions toutes autres.

Entièrement conscient de la masse d’attentes qui pèse sur ses épaules, le néo-zélandais affronte la densité de cette nouvelle saga à bout de bras en faisant d’une nouvelle d’à peine trois cents pages une épopée traversée par la grâce et le sens du cliffhanger que seul Jackson maîtrise avec une cohérence hallucinante, Le Hobbit passe, entre chacun de ses moments clés, à réfléchir à la suite de son histoire et à créer le parcours de chacun des héros du film, du plus grand (le personnage de Thorin, interprété par l’intimidant Richard Armitage, monument de prestance et de conquérance en un seul homme) jusqu’au plus «anecdotique» des personnages. L’intervention de Gollum au milieu du film permet ainsi de voir l’évolution qu’à traverser le cinéma après la première saga. De voir ô combien le personnage de Gollum approche de plus en plus du réalisme total et que la moindre de ses mimiques, émotions, est désormais travaillée avec une minutie désespérante et que la personnalité de celui-ci, alors bien moins traître et pourtant si manipulateur, dévoile l’infime partie d’humanité qui reste encore en lui, seule qui semble être désintégrée par la suite, dans Le Seigneur des Anneaux et, plus précisément, dans Le Retour du Roi.

Le cinéma de Peter Jackson s’est épaissi et a appris à s’adapter avec le temps des évolutions techniques opérées au fil des époques.
Rarement un film n’aura su intégrer décors réels et interventions d’effets spéciaux avec une telle maestria, avoir su en faire un atout au récit, le porter vers la définition la plus propre du mot «épique» et souligner, au travers de chaque plan, que rien n’a véritablement changé, excepté le ton adopté et l’assurance prise par son auteur à intégrer des enjeux sous-jacents (la perte d’identité, la destinée du héros disgracieux en un prophète), sans en sacrifier la beauté, la virtuosité et la puissance qu’il apporte de par son déroulement.
Il n’en reste pas moins que Le Hobbit est un film dépendant de la suite de la trilogie, sans laquelle il ne serait qu’une épopée vaine, presque fade. Savoir qu’il y aura une suite permet ainsi de patienter, de s’impatienter et d’espérer ce que Jackson a déjà réalisé dans le passé, celui de créer l’indépendance total d’un film, ce malgré un récit entièrement lié sur les précédentes et les futures péripéties de celui-ci.
Dans le duel opposant le Néo-zélandais au Mexicain Guillermo Del Toro, qui dévoilera en juillet son projet monstre, Pacific Rim, sorte de rêve cinéphilique et pyrotechnique en passe d’être réalisé, il semblerait que cela soit ce premier qui ait l’avantage, le poids de l’expérience sur l’autre prodige et une ambition débordante pour la suite.

Démesuré, impressionnant tout en étant surprenant dans le ton qu’il adopte et dans la manière qu’il interrompt sa narration, et à l’ambition tout aussi stratosphérique que son prédécesseur, sans pourtant autant intégrer un effet de surprise émanant et majeur dans le bon fonctionnement de cette fresque, Le Hobbit parvient à susciter des attentes sur ce que beaucoup ont décrié. Ouvrant un nouveau chapitre sur la Terre du Milieu, portant la puissance d’un épisode final, amplifiant la portée du rôle de son héros et le mythe sur lequel il est construit, il est aussi un film sur le temps qui passe, sur le passé et le présent, chronique magnifique et mélancolique sur un peuple réduit au statut de disparu et sur un semi-homme conduit à un voyage inattendu qui se révèle, à cet instant, des plus réjouissants et des plus alléchants. Vivement la suite.4 étoiles
Le Hobbit Blu-rayLe 17 avril, Warner Bros sort le Blu-Ray du film dans une version Ultimate Edition tout à fait honorable, voire tout bonnement indispensable. Hormis cette polémique autour de la version française qui n’est constituée que d’un son au format Dolby Digital 5.1, qui s’avère évidemment assez médiocre pour le matériel dans lequel il prend place, la version originale avec un format DTS-HD Master Audio 7.1 est extrêmement impressionnant, chaque note de la B.O. de Howard Shore permet de mettre en exergue la puissance du lecteur Blu-ray et s’allie parfaitement avec la définition de l’image qui, si elle n’atteint pas la quintessence espérée pour un film de ce genre, est plus qu’acceptable.
Concernant les bonus, qui se trouvent sur le deuxième disque, on dénombre un making-of réalisé autour des vidéos postées par Peter Jackson sur le blog, au fil du tournage du film ainsi qu’un mini-documentaire sur la Nouvelle-Zélande. Si, pour ceux qui ont suivi les vidéos, les bonus se révèlent sans surprise, ils n’en demeurent pas moins intéressants à suivre si vous êtes prêts pour deux heures de making-of. L’on compte aussi quelques bandes-annonces, pour le film et le jeu vidéo LEGO.
Formellement extrêmement intéressant et à la technicité plus qu’honorable, preuve d’efforts affichés par Warner à développer plus en profondeur l’efficacité de ses Blu-Rays, cette version, aussi composée de la version DVD et d’une copie numérique, est en tout point une réussite pour les yeux et les oreilles. Pas forcément calibré pour les fans de la série qui ont déjà tout vu, tout entendu, mais qui mérite vraiment à être découvert pour ceux qui ne l’ont pas encore vu. Une expérience véritablement impressionnante qui se vit aussi à la maison.

Le Hobbit – Un voyage inattendu, réalisé par Peter Jackson
Avec Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage et Ken Stott
Scénario : Peter Jackson, Philippa Boyens, Frances Walsh et Guillermo Del Toro
Durée : 2H45
Date de sortie : 12 décembre 2012 (en salles) / 17 avril 2013 (DVD, Blu-ray, Blu-ray 3D, VOD)

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