Trance de Danny Boyle

Trance
Trance, réalisé par Danny Boyle
Avec James McAvoy, Rosario Dawson et Vincent Cassel
Scénario : John Hodge et Joe Ahearne
Durée : 1H35 / Date de sortie : 8 mai 2013

Depuis toujours, le cinéma de Danny Boyle déroute autant qu’il divise. Après un début de carrière extrêmement maîtrisé où l’humour et la Sainte-Patrie étaient deux des éléments indissociables de ces films (époque ayant accouché de l’indépassable et monument d’irrévérence Trainspotting), le cinéaste anglais a choisi un style plus exotique, plus direct, plus «européen» depuis quelques années. Du catastrophique Slumdog Millionaire jusqu’à ce qui reste comme son expérience la plus extrême jamais réalisée dans son œuvre avec 127 Heures, et ce après avoir réalisé la monumentale cérémonie des J.O de Londres, il revient avec Trance, thriller psychologique aux atouts évidents et aux défauts dissimulés sous une réalisation stylisée jusqu’aux limites.

Du film de braquage qu’il était à l’origine, Danny Boyle choisit une toute autre direction à son récit, en l’envoyant vers une succession de twists, sur les démons de l’Homme et sur un passé qui, soudainement, le rattrape. Le vol du tableau de Goya, Le vol des sorcières, est un prétexte, un alibi pour Danny Boyle mais de cette histoire c’est surtout la technicité et l’ampleur visuelle du travail fait par l’équipe du réalisateur (Anthony Dod Mantle à la photo et Jon Harris au montage, une alliance incroyable entre les deux) qui fait que Trance soit aussi bordélique, aussi tarabiscoté.

La première partie est impeccable, intelligemment écrite et déroulant avec aisance l’origine du problème et apportant un réel sentiment d’immersion au film. On sent dès le départ que Boyle est à la réalisation, elle est vertigineuse quand il le faut et maîtrisée de bout en bout. A ce moment-là, on se dit que l’Anglais a été touchée par le grâce et est au paroxysme de son style. Jusqu’alors, le scénario, signé par John Hodge (le premier depuis treize ans pour Danny Boyle et La Plage), fait subsister une sensation de mystère sur le métrage. Chaque personnage ayant été présenté dignement au spectateur, les séquences d’hypnose soulignent la grandeur et prouvent les ambitions présentes sur la réalisation du cinéaste. Il veut faire court mais efficace.

Problème est, en une heure trente cinq, et dans une précipitation générale, Boyle finit par oublier tous ses personnages, les traumatismes qu’ils ont vécus (une scène d’hypnose absolument terrifiante où les souvenirs remontent à la surface, abrégée par le rire de James McAvoy) et les enjeux humains du film. Les twists se succèdent dans une frénésie jouissive, le temps d’un instant, mais qui finissent soudainement par pâtir sur la mise en scène de Boyle, se faisant moins délicate, moins sensationnel et plus bruyante et vulgaire. Les péripéties sont faciles à suivre pourtant mais le montage, à l’origine point fort du film, tremble sous le poids du nombre de données à offrir et le spectateur se perd, autant que son réalisateur vers les bas fonds de la fausse complexité. Un plaisir que ce dernier ne s’est pas privé de cacher aux yeux de la presse mais qui montre bel et bien qu’une telle prétention doit se voir être respectée par son auteur. Fait à moitié réussi et un rythme qui, à l’inverse d’un Inception qui savait surprendre sans perdre son auditoire pendant près de deux heures et demi, peine un peu à suivre la cadence. Néanmoins, le spectacle est là, rapidement obsédant et, comme attendu, sensationnel à souhait.

A l’image du talent du réalisateur à mettre en images les expériences les plus folles et la science du montage que son équipe semble être l’une des seules à comprendre avec suffisamment d’intelligence pour en faire un outil de fluidité (quoique dans ce cas, c’est pas évident…), sa direction d’acteurs est impeccable. James McAvoy fait preuve d’un total dévouement au film et mène le film du bout des bras avec un grand naturel, Rosario Dawson apparaît sous un nouveau jour sous la caméra de l’Anglais en la transformant en une femme fatale extrêmement sensuelle et amoureuse. Quant à Vincent Cassel, dont les réalisateurs étrangers continuent à lui donner le rôle du «Français», il s’en sort tout aussi bien mais conserve ce réel manque d’émotion qui empiète à nouveau sur son jeu, outrancier mais pourtant efficient.

Pur divertissement névrotique et exercice de style sensitif à l’extrême, Trance est certes un film décevant face aux attentes qu’il suscitait mais n’en est pas moins l’œuvre la plus réussie, la plus singulière de son auteur depuis bien longtemps. Un film total de par l’expérience auditive, assommante, et visuel qu’il offre. En s’affirmant comme le cinéaste du sensationnel, Danny Boyle continue de perfectionner son cinéma en le rendant toujours plus jusqu’à boutiste et totalement délirant. Reste désormais à revoir les exigences scénaristiques, évidentes dans la réussite d’un tel film, et le prochain sera le bon. Si Danny Boyle n’avait pas un jour croisé les chemins du cinéma, il aurait été dealer de drogues.3 etoiles

Une réflexion sur “Trance de Danny Boyle

  1. Bien belle critique, comme les autres que j’ai pu lire depuis que j’ai découvert ce blog (il y a 15 minutes environ..). Je suis assez peu familier des films de Danny Boyle, c’est un tort qu’il va falloir réparer. Trance sera peut-être le prochain, James McAvoy et Rosario Dawson sont des arguments de poids, (j’avoue avoir plus de mal avec Vincent Cassel)

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