L’Ecume des jours de Michel Gondry

L'Ecume des joursPas grand chose à dire finalement sur cette adaptation de l’Écume des Jours de Boris Vian, mais une énorme déception de voir tout un travail, aussi méticuleux et imaginatif soit-il, prendre le dessus sur ce qui constituait une partie prépondérante dans l’œuvre de Vian : l’émotion. Après un premier quart d’heure passé dans lequel Michel Gondry pose l’univers et ses bases absolument délirantes, l’Ecume des jours aurait finalement pu s’arrêter là. L’univers modelé par le Français se révèle être à la hauteur du chantier de départ et voir autant de folie à l’écran est une véritable bouffée d’air frais.
Problème, car il y en a véritablement un, est que tout cela finit par devenir anxiogène et le film – ou plutôt l’OFNI (Objet Filmique Non Identifié) – proprement irregardable pour quiconque connaît déjà le cinéma de Gondry et la légèreté pourtant omniprésente dans la majorité de ses films.

Bien que le Français ait toujours su contreplaquer son récit avec une très grosse dose de mélancolie à l’écran (comme il l’avait montré avec ce qui reste à ce jour son chef d’œuvre, Eternal Sunshine of the Spotless Mind), l’Écume des Jours est un film bancal, totalement inégal dans son récit comme dans la consistance de ses personnages et l’évolution que chacun d’eux subit. Se distinguant à travers deux actes parfaitement distinctifs, entre le moment de la rencontre de Colin et Chloé et l’arrivée du «Mal» au cœur du couple, le film sait être plaisant dans sa première heure, empilant maintes réjouissances visuelles avec une joie communicative et retrouvant le franc parler de l’auteur mythique qu’est Vian et l’insolence de celui-ci à travers des séquences telles que celles de l’église ou la folie de la patinoire, pourtant déjà imprégnée du sentiment mortifère qui plombe la suite du récit.

Entendre du Duke Ellington, la joie de vivre de tous les personnages et ce «je-ne-sais-quoi» qui font de l’Écume des Jours un roman mythique sont logiquement présents dans le film. Et pourtant, alors que Michel Gondry, seul réalisateur peut-être capable de retranscrire le délire esthétique qui était imposée par le défi avec Spike Jonze, étale sans vergogne son empreinte sur le film, il finit par sombrer dans la condescendance et vogue, sans le savoir, son spectateur vers la longue vague de l’ennui qui fait alors de l’Écume des Jours un film bâtard, dans lequel son réalisateur, opère un virage tellement radical dans la déliquescence de ses personnages que le spectateur perd instantanément l’euphorie originelle. Certes, le bouquin opérait une telle différence, faisant du malheur un évènement frappant et inattendu mais l’esthétique venant ainsi à être si bouleversé que le film ne sait plus où aller. Jamais dans la comédie, gentiment vendue par son distributeur, mais totalement empreint par la noirceur et l’aspect purement tragique de cette histoire d’amour, Gondry se permet au milieu du film un caméo pour, semble-t-il, cacher les trous béants d’une adaptation qui ne méritait pas une durée d’une telle longueur (deux heures cinq qui auraient mérité une coupure de vingt minutes et un montage moins lisse). C’est sympathique sur le coup puis on sent que la direction d’acteurs ne suit pas non plus et que l’émotion, la grâce de tout cela s’est envolé au fil de cette «grande exposition artisanale». Car à part plein d’idées et une grande ambition à égaler l’œuvre de l’auteur, l’Ecume des Jours ne transpire de rien.

Romain Duris et Audrey Tautou, l’une plus que l’autre, jouent dans l’outrance, à vouloir montrer leur aura «cool». Gad Elmaleh et toute la bande de seconds rôles inexistants ne s’en sortent malheureusement pas mieux (mais que fallait-il finalement attendre d’eux, hein ?) et Omar Sy, à la grande surprise, se révèle être celui qui s’en sort de la plus belle des façons, dans l’évolution physique et spirituelle de son personnage. Il s’accapare le rôle avec une aisance et une classe assez inattendues pour être signaler, sans pour autant surpasser le personnage original, que Gondry laisse dans l’ombre dans les dernières vingt minutes, la séparation entre lui et Tautou dans le train étant pourtant l’une des plus belles séquences du film, la seule petite once d’émotion.

Le reste du métrage, finissant par atteindre le point culminant du glauque, est un modèle de non-imagination pour Gondry. On ne le sait pas vraiment à l’aise sur les fins qui se finissent mal et sa réalisation s’en ressent. Le noir et blanc forcé prouve bel et bien, qu’au final, toute cette machine n’aura servi à rien, sinon aura tourné à vide. Seule grande idée, pourtant loin d’être inintéressante, celle de supplanter le Paris grisonnant d’aujourd’hui en y intégrant l’ambiance des années 50 sur le film, telle une ombre persistante et instable sur la ville, tout en conservant les thèmes intemporels du livre de Boris Vian (l’obsession maladive pour Jean-Sol Partre la maladie, la religion, la perte de repères et d’espace).
Car ce qui devait être l’œuvre la plus bouleversante, la plus virtuose pour le cinéma français cette année restera finalement une toute petite souris dans la carrière foisonnante d’un Michel Gondry pourtant très à l’aise à l’étranger comme il nous l’avait prouvé avec The Green Hornet (preuve d’un style passe-partout, sans le sens péjoratif), l’Écume des Jours montre avant tout que certaines œuvres, aussi légendaires, populaires soient-elles dans le cœur de plusieurs générations, ne méritent pas forcément d’être bidouillés par un artiste expérimenté ou un petit malin dans le vent. Imaginative bien que redondant, laborieuse et surtout dénuée de toute grâce et de toute émotion, cette adaptation est un raté, un rêve illusoire dans lequel le spectateur devait trouver magie et passion, dans ce qui était présenté comme le film-somme de Michel Gondry. Et ce n’est pourtant pas à cause de son auteur mais bien à cause de la taille de la montagne à affronter. L’envie et les ambitions étaient bel et bien là…

Bientôt Gatsby le Magnifique par Baz Luhrmann (réalisateur des exécrables Moulin Rouge! et Australia). En 3D et avec beaucoup de fonds verts.
On est déjà terrifié par le résultat…1 étoile et demi

L’Écume des jours, réalisé par Michel Gondry
Avec Romain Duris, Audrey Tautou, Omar Sy et Gad Elmaleh
Musique : Étienne Charry
Scénario : Luc Bossi, d’après l’Écume des Jours de Boris Vian
Durée : 2H05
Sortie : 24 avril 2013

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