La Leçon de Piano de Jane Campion

Une critique rédigée dans le cadre du DVDTrafic

Découvrez d’autres films sur Cinetrafic dans des catégories aussi diverses et variées que meilleur film ici ou films à voir ici 

La leçon de piano, écrit et réalisé par Jane Campion
Avec Holly Hunter, Harvey Keitel, Sam Neill et Anna Paquin
Durée : 1H55
Sortie : 19 mai 1993 en salles / 2 mai 2013 en Blu-ray

Vingt ans après son triomphe à Cannes et plus tard aux Oscars, quatre ans après la sortie de son dernier film, Bright Star, la ressortie de La Leçon de Piano de Jane Campion en Blu-ray est évidemment un évènement. Premièrement puisqu’il s’est imposé comme l’un des drames romantiques les plus beaux jamais dirigés au cinéma et deuxièmement car la réalisatrice se faisant de plus en plus rare derrière une caméra cela nous permet, à travers cette ressortie, de redécouvrir la virtuosité du travail acheminé par Campion et la quasi-intemporalité de l’œuvre.

Certes, il n’est en aucun cas la claque que certains espéreront (nous les premiers) mais n’en reste pas moins le fruit d’un véritable travail d’orfèvre sur la mise en scène, la direction d’acteurs et la photographie. Jane Campion parvient à créer de par le regard, les bruits une relation amoureuse absolument sublime entre Holly Hunter et Harvel Keitel sans s’imposer quelconque grande déclaration, ne réitérant pas les tics du genre. L’ambiance extrêmement glauque qui lie ces deux personnages laisse donc rapidement place à un triangle amoureux où les couleurs et les contrastes se font plus intenses, les attitudes plus instables et la musique plus envahissante. Ce qui est du domaine de la totale sobriété dans la première partie du film, laisse place à une progressive folie qui se fait plus puissante. A une pesante sensation que la mort est toujours proche des personnages et que ce silence est en fait la plus grande des peurs, celle qui hante chacun des personnages.

Peu de dialogues donc mais une puissance évidente. La photographie signée Stuart Bryburgh, sa plus belle partition jusqu’à aujourd’hui, est somptueuse du début à la fin. Le jeu des contrastes entre la grâce déchue de la nature, ce décor de Nouvelle-Zélande et la blancheur cadavérique des corps humains est une part essentielle dans l’évolution des personnages et la caméra, même dans les moments de tension pure, reste stable comme effacée derrière le regard de Campion. D’une autre part, la musique a une part prépondérante dans le film.
Le piano est ici un cercueil, un boîte où les souvenirs s’empilent et où le passé se maintient à la chair. La composition de Michael Nyman est très belle, douce mais intense. La musicalité de chacune des scènes, le ton assez instinctif des caractères des personnages bouleverse et va au-delà de la froideur perçue par le spectateur à l’ouverture. Ce sont des hommes perdus au milieu d’un paysage qui n’est pas leur, tels des colonisateurs martyrisés, sans armes, face à un peuple qui vit dans le cadre le plus primitif de la vie, sans contraintes ni mépris pour ces inconnus.

Le film a néanmoins beau être une véritable maestria esthétique, il n’en reste pas moins qu’il se révèle quelque part assez compact et inexplicable, se construisant telle une montagne russe émotionnelle, passant de la plus commune des tristesses à une folie, une frénésie telle que l’on se sent rapidement dépasser. Une forme simple donc, magnifiée par la photographie et la bande-originale, qui cache des ressources bien plus amples une fois avoir dépassé le cadre du simple regard et avoir perçu toute l’importance de petites scènes qui en cachent de grandes. La Leçon de Piano est et reste un sublime métrage, poétique et sensoriel, dans lequel la mise en scène de Campion s’accorde parfaitement avec tous les moyens que le film déploie, les sens qu’il met en évidence et la méticulosité de la réalisatrice à travers chacune de ses séquences.4 étoilesUn véritable plaisir de cinéma que l’on retrouve dans une très belle édition Blu-ray éditée par TF1 VIDEO. La copie restaurée est impeccable, mettant en avant chacun des contrastes des couleurs, redonnant les lettres de noblesse à la photographie granuleuse de Stuart Bryburgh et offrant une piste sonore assez honorable. Avec un Master audio DTS-HD dans sa V.O comme dans sa V.F, elle porte la splendide B.O à un très haut niveau et permet de revivre les sensations du cinéma chez soi. S’ajoutent à cela des bonus assez garnis, dont une interview de plus d’une heure vingt avec Jane Campion et Jan Chapman et une visite des coulisses. Si le film se suffit à lui-même pour acheter cette édition, les bonus sont intéressants et permettent de voir toute l’évolution du projet.
Un film culte qui, vingt ans après son apparition au Festival de Cannes, continue de s’affirmer comme une part indissociable du cinéma des années 90.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s