Love Exposure de Sono Sion

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Love Exposure, écrit et réalisé par Sono Sion
Avec Takahiro Nishijima, Hikari Mitsushima et Sakura Andô
Durée : 3H57
Dates de sortie : 31 janvier 2009 (au Japon en salles) / 27 mars 2013 (en combo Blu-ray + DVD)

Le projet semblait tellement fou sur le papier, tellement dingue et proprement invendable dans les pays occidentaux. Ce pourquoi Love Exposure n’apparaît sur nos écrans que quatre ans après sa sortie. Mettre à la mise en scène l’un des réalisateurs les plus fous du cinéma japonais, dont les films arrivent peu à peu, au compte-goutte, chez nous, mélanger divers sujets aussi tabous que géniaux et porter le tout sur une durée de quatre heures.

Quatre heures durant lesquels le spectateur en prend plein les yeux, souvent au bord de l’abandon, devant un spectacle aussi dense qu’harmonieux. Car ce qu’a créé Sono Sion ne ressemble à rien de vu auparavant. En mélangeant les genres, les influences et les personnages sans jamais en mettre un en avant plus que l’autre (bien que l’histoire liant Yu à Yôko ait une place prépondérante dans le déroulement de l’histoire), Sono Sion livre un film d’une amplitude, d’une beauté sans comparaison possible. De l’introduction jusqu’au dernier plan, l’insolence avec laquelle le réalisateur japonais traite son sujet relève de la pure folie et pourtant, sans jamais dans la plus banale des vulgarités, Sion évoque avec intelligence et une certaine douleur les travers de l’être humain et son obligation à s’attacher à des repères, des institutions qui finissent par le contrôler. Le regard sur la religion du cinéaste a beau être nuancé, à mi-chemin entre le dégoût pur et simple et une vraie admiration pour ces personnages désespérés venus chercher un sens à leur vie, un nouveau souffle pour d’autres, le traitement de chacun des personnages est exceptionnel. Chacun nous prend par la gorge, surtout Yu de par son évolution et sa volonté à être accepté à son père, dans une relation basée sur la violence et le pêché. Le duel qui les oppose est essentiel dans la réussite du film. Le film devient profondément ludique dans sa manière de percevoir les relations père-fils, presque malsaines, à tout instant sadiques.

La mise en scène de Sion et sa direction d’acteur sont incontestablement les points forts du film. L’esthétique est trash, le propos aussi, en confrontant les démons d’une société à des mimiques de film de kung-fu, mais il y a un truc qui fait que le cinéaste japonais parvient à capter notre attention durant quatre heures de frénésie, d’amour passionnel et impossible, de grand cinéma taillé autour des émotions, pures, sans fioritures, de chacun des personnages. Le traitement des sujets est fait avec une telle sincérité, sans partis pris, hormis cette peur constante de voir le héros sombrer totalement dans une folie vengeresse qui le dépasserait, que Love Exposure en vient à dépasser le cadre du simple récit romanesque pour aller divaguer vers les fleuves du grand récit initiatique qu’il offre tout du long. Ce n’est pas qu’un film sur la destinée d’un garçon à devenir ce à quoi la société, son père, l’ont destiné à faire mais sur un pays lui-même dévoré par ses démons d’ivresse, de possession et de croyance.

La dernière heure prend une tournure de tragi-comédie glauque et désespérée. Derrière l’absurdité des situations dévoilées, le ton se fait plus grave, la chronique plus incisive. Les sujets traités avec dérision et légèreté prennent une assonance si dérangeante que le spectateur en vient à se poser des questions sur ce qu’il est vraiment, dans cette histoire. Se place-t-il en un simple auditeur ou comme l’une des parts imminentes du regard de l’auteur ? Jusqu’à la fin, la part de mystère, ce sentiment d’œuvre perdue dans le temps – mais pas dans ses pensées – hante le travail de Sion, le dévore de l’intérieur. Puis, quand les souvenirs reprennent le dessus, quand l’identité se fait plus marquée et que ce qui fait sa force renaît de ses «cendres», c’est toute une œuvre qui brûle, tout un film qui s’illumine d’une grâce volatile et qui vous prend à la gorge pour ne plus vous lâcher.

On en sort donc lessivé mais changé. Incontestablement. Love Exposure est un très grand film, expérimental, démesuré et virtuose. Jamais décevant et très souvent surprenant, mêlant les références d’un cinéma jusqu’alors intemporel à des sujets dans l’air du temps, Sono Sion signe une maestria d’une incroyable justesse, débordant d’amour pour le cinéma et pour ces êtres, aussi imparfaits qu’ils soient, à qui l’on ne demande simplement que d’être…humains.4 étoiles et demi

 

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