7 Psychopathes de Martin McDonagh (Sortie DVD)

seven-psychopathsComme beaucoup de réalisateurs, de son époque ou de façon antérieure, Martin McDonagh s’est interrogé sur l’avenir de son cinéma. Un peu plus tôt que les autres c’est sûr, après seulement un film (le superbe Bons baisers de Bruges), mais n’oubliant jamais son passé de dramaturge. Avec 7 Psychopathes et son gros casting où l’on croise des têtes inattendues comme celles de Tom Waits, Michael Pitt et même Olga Kurylenko, la réflexion de Martin McDonagh prend comme visage Colin Farrell. Portrait quasi-autobiographique d’un scénariste irlandais, alcoolique refoulé, qui tente de trouver une histoire qui puisse créer quelque chose de nouveau en lui, lui faire trouver la voie vers laquelle il s’épanouira. Problème est, car il y a problème, ses fréquentations, notamment avec le personnage du brillant Sam Rockwell, ne vont pas le laisser de tout repos et le mener à rencontrer des malfrats tous plus dingues les uns que les autres, qui deviendront des modèles pour son script.

Créant une mise en abyme au cœur d’un scénario qui n’est pas encore écrit, Martin McDonagh trouve avec 7 Psychopathes un véritable point de carrière à développer. Ici, les références au cinéma de Tarantino ou au Barton Fink des Coen sont légions puisqu’elles apparaissent plus comme un hommage que comme une matière copiée et sous-écrite. Les personnages que développent le réalisateur se trouvent différents, totalement complémentaires et permettent à celui-ci de les développer à sa guise, à instaurer une empathie pour chacun sans pour autant que l’on puisse les voir à tout instant.
Après un premier quart d’heure assez poussif, les apparitions successives de Woody Harrelson et de Christopher Walken sonnent clairement comme l’ouverture du cinéma haut en couleur de McDonagh. Finis les paysages grisâtres de Bruges, les décors de Californie prennent une place prépondérante dans l’alliance des influences de l’auteur et crée un plaisir, une cohérence entre la clarté de l’image et la beauté du scénario de l’irlandais.

La trame scénaristique étant compliquée à résumer sans balancer en pleine face toute la conclusion, 7 Psychopathes devient rapidement fantasmagorique à partir du moment que l’on apprend à intégrer les termes du réel et de l’imaginaire dans chacun des personnages qui composent le film. A savoir si l’un est le fruit de l’imagination du scénariste et si l’autre existe dans le cadre du récit. La performance des acteurs, tous très bons (en tête l’increvable Christopher Walken), en vient à être essentiel dans le développement du récit et à apporter une véritable identité à ce qui ressemblait dans ses premiers instants à un vulgaire film de commande.
L’amour que porte McDonagh à ses acteurs est fort et la passion du projet, du genre qu’il tente de réécrire amène quelque chose d’assez émouvant dans le dernier acte et laisse derrière tous les défauts tels que le montage chaotique façon Tarantino dans Inglorious Basterds et un scénario qui manque éminemment de folie.
Malheureusement, les péripéties et la folie manquent cruellement au récit et ce malgré une excellentissime B.O de Carter Burwell, l’ampleur du projet s’en trouve handicapé et le film ne fait que rester à un niveau de divertissement inachevé, inégal dans sa proposition bien que supérieur à ce que le cinéma d’action propose actuellement en terme d’émotions et de personnages forts (la mise en parallèle entre les différents couples du film est aussi hilarante qu’émouvante).

Sans donc devenir un mètre-étalon du genre — car il n’en avait pas non plus les ambitions –, 7 Psychopathes parvient à être un divertissement haut de gamme, drôle, noir, porté par un casting déglingué et qui dégage un véritable plaisir de visionnage. Entre film de potes et hommage touchant au film de gangsters qu’il revisite, Martin McDonagh semble avoir enfin trouver son statut : celui d’un merveilleux dialoguiste et d’un directeur d’acteurs de grand classe, parvenant à rendre deux fois de suite Colin Farrell bon au cinéma. Et ça, c’est pas donné !3 etoiles

En DVD et Blu-ray depuis le 5 juin, Wild Side offre une sortie en grandes pompes pour un film qui n’avait pas rencontré le succès escompté au moment de sa sortie en salles (un peu moins de 150 000 entrées). Techniquement, le DVD est assez réussi, c’est sur la question des bonus que celui-ci pêche. Des petites interactivités, drôles sur l’instant, mais aucun véritable making-of ou même un commentaire audio pour accompagner le film. Ajouter à cela des scènes coupées sans grand intérêt et le tout est un DVD décevant en terme de contenu. Nous vous conseillons donc de plutôt vous rabattre sur le Blu-ray qui, encore et toujours, offre une qualité sonore et visuelle bien au-dessus.

7 Psychopathes, réalisé par Martin McDonagh
Avec Colin Farrell, Sam Rockwell et Christopher Walken
Musique : Carter Burwell
Scénario : Martin McDonagh
Durée : 1H50
Sortie : 30 janvier 2013 au cinéma / 5 juin 2013 en DVD et Blu-ray

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