Gangster Squad de Ruben Fleischer

GANGSTER+SQUADIl a beau porter le même nom que l’un des Saint-Patron du genre, Ruben Fleischer ne sait jamais trop vers où il va, à quoi il s’attaque. Projet maintes fois repoussé, réécrit, remonté après la fusillade de Denver et une séquence de gunfights dans un cinéma, Gangster Squad s’est planté, sans surprise, au box-office. Avec son casting cinq étoiles mais guidé par une critique très partagée, le nouveau film de Ruben Fleischer a au moins la réussite de ne jamais décevoir quand on en attend pas grand chose.

Se voulant comme une récréation violente et décomplexée, Gangster Squad ne tente pas de réinventer le film de gangsters mais bien de le moderniser. Les thèmes du film ont beau être ultra-banals, la mise en scène classique voire quasiment académique, Fleischer arrive à insuffler une énergie dès les premiers instants. La présence de Josh Brolin, en  bon colosse qu’il est, en est probablement pour quelque chose. Son rôle est immédiatement incontestable, sa puissance et sa loyauté évoquée dès les premières minutes : il y aura du sang et de la bagarre. Pas le temps donc de mettre en place le récit, le metteur en scène du sympathique Zombieland mise sur l’action comme étant le seul argument à cette modernisation. Malheureusement, ce qui est marrant sur l’instant ne peut durer sur presque deux heures. Car pour qu’un film de gangsters marche, il faut une histoire, des péripéties autres que de simples combats avec de ralentis ou mis en accéléré. Les personnages sont manichéens, les gentils patriotiques et le méchant, interprété par un lamentable Sean Penn, veut régner sur Los Angeles en contrôlant tous les domaines à la fois. Comme la majorité des méchants que le cinéma hollywoodien a vu passer auparavant. Avec un scénario sans grande originalité, Fleischer préfère se concentrer vers sa mise en scène qui, de façon inattendue, réussit à être énergique et à faire prendre de la hauteur à son casting.

En se focalisant sur le parcours de cette équipe cachée dans l’ombre des rues de Los Angeles, le réalisateur dévoile les fêlures d’hommes dressés en tant qu’animaux, de retour d’une grande guerre pour une autre, bien plus maligne. Cette guerre se vit à de nombreux moments dans le film quand Fleischer laisse entendre les risques aussi psychologiques que physiques que celle-ci entraîne mais cela reste traité de manière trop superficielle, ne s’aventurant jamais dans l’introspection paranoïaque pure et dure, à l’image de son méchant, ou dans une chronique sociale sur l’après-guerre. Un choix bien dommageable pour le scénario qui préfère faire la part des choses entre les multiples gunfights et une romance tout ce qu’il y a de plus banale entre les personnages de Ryan Gosling et Emma Stone, fascinamment complémentaires, bien que sans grande surprise et sans réel résultat au final.

Il n’en reste pas moins que Gangster Squad n’a pas les ambitions ni les moyens de se statuer comme un grand film ni même comme un film culte mais préfère donner du spectacle. Et sur ce coup-là, il lui redonne carrément ses lettres de noblesse. Les gaillards de Josh Brolin et Nick Nolte, excellents comme jamais, font le boulot et apportent une importante dose de charisme au film. La violence est ici purement graphique, s’accommodant parfaitement à la très belle photo de Dion Beebe (Collatéral pour le meilleur, Green Lantern pour le pire) et aux références que le film étale, dont celles du cinéma de De Palma. Entre le maquillage et les effets numériques un poil surévalués, Gangster Squad joue la carte du surjeu, du surplus d’informations. Entre explosions, séquences empreintes de mauvais goût (la caméra de Fleischer peine à rester figer plus de cinq secondes) et humour de bas étage, le film a beau remplir son contrat pyrotechnique, il n’en reste pas moins surprenant dans ses seconds rôles et dans la tournure que ceux-ci prennent.
La réelle surprise du film dans son propos apparaît quand le personnage de Mireille Enos, la femme de O’Mara dans le film, finit par mener l’enquête en créant une stratégie et en choisissant l’équipe qui accompagnera le sergent dans sa quête pour arrêter Mickey Cohen. Elle est le symbole de ce groupe, une bande qui agit dans l’ombre, sans qu’on connaisse leur visage mais est aussi l’émergence de la femme, des deux femmes qui composent le film, à penser librement hors de la force masculine et d’ainsi la dépasser par l’intellect et les choix qui s’opposent à elles.

Film purement divertissant, Gangster Squad répond donc aux objectifs que celui-ci s’était fixé : divertir et se jouer des codes d’un cinéma que Fleischer admire. Entre hommage au cinéma de De Palma et récréation violente pour jeunes décérébrés, la mise en scène tapageuse de Ruben Fleischer parvient à insuffler une réelle énergie au métrage et permet au spectateur de passer un moment agréable dans lequel les fantaisies numériques débordent et où le sang coule à flot. Bonne surprise qui, emplie de défauts et d’atouts, témoigne du talent d’Hollywood à créer des films adultes et ludiques.
Ruben ne dépassera jamais Richard, il en est lui-même conscient, mais son métrage a au moins réussi à conserver ces saveurs old-school et à ressusciter, le temps de deux heures, la classe des bad guys des années 30.3 etoiles

Depuis le 12 juin, il est possible de vous acheter le DVD ou le Combo Blu-ray de Gangster Squad et ce dernier offre une qualité prodigieuse concernant le son et l’image. Le rendu des couleurs est exceptionnel, les séquences de nuit s’en trouvent sublimer et la VO essayée sur le Blu-ray, en DTS-HD Master Audio 5.1, est excellente, le son ne sature jamais et les gunfights paraissent moins bruyantes qu’habituellement. Les bonus sont quant à eux relativement corrects face à une concurrence qui réduit de plus en plus la qualité de ces derniers : un Making-of honorable, un documentaire plus ou moins intéressant et le rare commentaire audio du réalisateur permettent au Blu-ray de s’inscrire dans la continuité de ce que Warner fait désormais au niveau des Blu-rays. Après The Hobbit et Argo, Warner semble avoir totalement compris les exigences que possédaient ce format. Un magnifique Blu-ray pour un film un peu anecdotique malheureusement.

Gangster Squad, réalisé par Ruben Fleischer
Avec Ryan Gosling, Josh Brolin, Emma Stone et Sean Penn
Musique : Steve Jablonsky
Scénario : Will Beall, inspiré du livre Tales from the Gangster Squad de Paul Lieberman
Durée : 1H53
Date de Sortie : 6 février 2013 en salle / 12 juin 2013 en DVD et Blu-ray Ultimate Edition

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