Cockneys vs. Zombies de Matthias Hoene (Sortie DVD)

Merci à France Télé de nous avoir confié un exemplaire DVD.

En 2005, un réalisateur anglais du nom de Edgar Wright bouscula, avec son Shaun of the Dead, les petites habitudes que le cinéma de zombies s’était fixées en y injectant humour potache et références pop avec une maestria telle qui la fit remarquée auprès du public du monde entier. Aujourd’hui, son premier film au côté de Simon Pegg et de Nick Frost est un film culte et un véritable exemple pour tout un cinéma de genre redevenu rentable bien que n’offrant plus de nouvelle réelle perspective pour se renouveler. Le genre s’est diversifié, sous des sauces plus au moins diverses, et a surtout perdu cet aspect politique qui faisait du film de zombies un cinéma à part, hors du temps. Cockneys Vs. Zombies en est le symbole. Le symbole d’un cinéma sous influence certaine mais qui ne parvient jamais à digérer ses références. Un cinéma sans tension, sans quelconque enjeu moral, qui ne fait que montrer d’étranges humains, bavant du sang et titubant dans les rues vides des grandes villes.

Car d’une identité propre, d’un ton original, Cockneys vs. Zombies en manque cruellement. Se voulant comme le digne héritier du cinéma de Wright ou même de Guy Ritchie à travers une esthétique tapageuse et une succession de ralentis tous plus inutiles les uns que les autres, Matthias Hoene, dont c’est le premier long-métrage, ne réussit pas à injecter cette puissance, à créer de la substance chez ses personnages pour susciter une quelconque empathie pour leur quête à la survie. L’enchaînement des scènes est chaotique, preuve d’un réel manque de cohérence dans ce modeste petit film et la redondance de l’action en vient à rendre insupportable le moindre de ces acteurs, dont la performance est alarmante de mimétisme. Quand l’un semble être un triste ersatz d’Idris Elba, au rire s’accordant parfaitement avec la qualité de sa performance, un duo sans charisme ni humour qui copie allègrement ce qu’on fait Simon Pegg et Nick Frost, la seule présence d’Alan Ford, ancien figure du cinéma de Guy Ritchie au moment où il signait Snatch, réussit à nous rappeler l’aspect très limité d’une telle comédie à attirer un public assez large rien que grâce à son pitch.

Et heureusement qu’un film de ce type sorte en DVD puisqu’au-delà d’une esthétique très cheap et une direction d’acteur abominable, le film ne parvient pas à insuffler un certain sens de la comédie, à donner du rythme et de l’ampleur à son récit. Hoene finit donc par développer le vide en installant une ambiance de balade à travers les rues de l’est londonien, cultivant une succession de clichés sur une playlist bas de gamme (hormis l’incompréhensible présence de Kaiser Chiefs sur la B.O) en déambulant divers symboles anglais. Aucun suspense, aucune péripétie, aucune situation véritablement hilarante, l’on cesse de croire en tout miracle comique et finit par trouver un plaisir instantané, éphémère pour quelques séquences souriantes qui, sans pencher le film dans le statut d’œuvre irrévérencieuse (quand même pas !), se joue des codes du genre en mettant en commun la vitesse de course d’un zombie face à celle d’un vieillard en déambulateur ou voir le sosie d’Idris Elba frapper dans un bébé zombie.

Jusqu’au bout donc Cockneys vs. Zombies reste et restera comme un téléfilm relativement distrayant, inacceptable en terme d’attentes cinématographiques et qui surtout n’arrive jamais à allier des références bien senties avec une identité artistique propre. Une heure et demie qui ont au moins l’honneur de passer vite mais qui témoigne du réel épuisement que connaît le genre à travers le cinéma d’aujourd’hui, comme au travers de la télévision ou de la littérature. Une tristesse évidente pour ce cinéma qui a gravi les hauts sommets du bon et surtout du mauvais goût dans les années 70, forgeant une culture à elle toute seule et qui, désormais, se retrouve insulté par studios et autres réalisateurs bas de gamme en la détournant comme une forme accessible, compréhensible de tous et simplement divertissante. Rarement un adjectif mélioratif n’aura eu une connotation aussi péjorative.1 étoileCockneys vs. Zombies, réalisé par Matthias Hoene

Avec Rasmus Hardiker, Harry Treadaway, Michelle Ryan et Alan Ford

Musique : Jody K. Jenkins

Scénario : James Moran et Lucas Roche

Durée : 1h28

Date de sortie : 17 avril 2013 en DVD et Blu-ray chez France Télévisions Distribution

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