Star Trek Into Darkness de J.J. Abrams

Star Trek Into DarknessStar Trek Into Darkness, réalisé par J.J. Abrams
Avec Chris Pine, Zachary Quinto et Benedict Cumberbatch
Scénario : Roberto Orci, Alex Kurtzman et Damon Lindelof
Durée : 2h10 / Date de sortie : 12 juin 2013

Après le reboot amorcé en 2009 et les retours dithyrambiques, aussi publics que critiques, que celui-ci connut alors que l’on croyait cette saga définitivement morte, on avait cette sensation d’avoir découvert quelque chose de nouveau dans un corps bien plus vieux que lui. Quelque chose d’accessible, de divertissant. Cette sensation que Star Trek, ce space opera vieux de près de cinquante ans, pourrait renaître de ses cendres et redevenir ce mètre-étalon de la science-fiction – qu’il eut été il y a bien longtemps de cela  – sous les rennes de J.J. Abrams, alors encore showrunner pour la télé en 2008 et devenu à travers deux autres films fort intéressants (l’excellent Mission Impossible : 3 et l’inégal bien que touchant Super 8) comme le sauveur du blockbuster en faillite.

Avec ce nouveau Star Trek (gentiment nommé Into Darkness, titre mensonger surfant sur la vague The Dark Knight), les ambitions sont grandes et les moyens déployés tout autant.
Sans surprise, Abrams est une nouvelle fois derrière la caméra mais c’est désormais accompagné de Damon Lindelof, scénariste-boucher ayant déjà saccagé le Prometheus de Ridley Scott, que le duo Kurtzman – Orci signe le scénario. Et c’est à travers des noms de Lindelof et d’Abrams que le film trouve ses faiblesses et ses atouts. Ce qui pouvait accoucher d’un très grand film lumineux et impressionnant restera donc dans l’histoire comme un divertissement haut de gamme, ultra-spectaculaire mais bien trop bancal en terme de proposition scénaristique.

Comme à l’habituée, la mise en scène de Abrams est ébouriffante. C’est peut-être encore l’un des derniers à avoir perçu les complexités du filmage d’un film de science-fiction et les règles auxquelles celui-ci doit répondre. Au travers d’un parfait contrôle de ses décors et une incroyable fluidité dans ses scènes de combat, l’américain insuffle à lui seul la grandeur nécessaire au film. Sa mise en scène est vertigineuse, s’accaparant toute l’étendue de l’univers dans lequel il développe son récit pour enchaîner, scène après scène, des moments de pure bravoure. Entre une séquence miraculeuse de traversée dans l’espace qui permet à la 3D de prendre une véritable puissance (un total contrôle des profondeurs de champ qui se poursuit pendant tout le film) et des instants plus intimistes, plus sincères qui laissent part au vrai thème du film qu’est le temps qui passe et ce qui reste du passé pour forger l’avenir, Abrams emmène son film à des profondeurs rarement aussi exploitées pour un poids lourd de son genre. Néanmoins si la splendeur de la mise en scène se suffit à elle pour faire de ce Star Trek une véritable réussite esthétique et émotionnelle, bien accompagnée par une fabuleuse B.O de Michael Giacchino et la photographie de Daniel Mindel, le métrage de J.J. Abrams pèche de par un scénario sous-écrit et trop ancré dans cette mode persistante qu’est le film post-11 septembre.

Après la trilogie Batman de Nolan et la multitude de films qui l’ont copiée, ou du moins imitée, il reste très triste de voir le film céder aux alarmes de la terreur engendrée par cette nouvelle forme de terrorisme, ici campée par le personnage de John Harrison. Une masse surhumaine, plus intelligente, plus puissante et dont les revendications (se venger des hommes qui ont, lui et son équipe, cherché à les éliminer) se trouvent légitimes.
Le potentiel scénaristique est particulièrement galvaudé, puisque entre la relation qui lie Spock et Kirk, savoir utiliser la multitude de seconds rôles sans en mettre un plus en avant que l’autre (même s’il faut avouer que John Cho en Sulu et Karl Urban en Leonard McCoy s’en sortent haut la main), ni Abrams ni le trio de scénaristes ne savent quelle piste privilégier ou créer un peu de cohérence entre les intrigues. Dans cet amas d’idées, les clichés du film héroïque réapparaissent et le grotesque de certaines scènes n’est jamais très loin (la poignante scène entre Spock et Kirk qui s’approche un peu trop près des bons sentiments). Certes Star Trek doit rester inconsciemment accroché aux thèmes actuels, montrer qu’à travers le personnage de John Harrison, un terroriste brillant et manipulateur, la saga peut résister aux limites du temps mais ne serait-elle pas non plus en train d’oublier toutes les générations de fans qui l’ont suivie au profit de l’accessible et de la conquête du néophyte ? La question subsiste…

Star Trek Into Darkness n’en demeure pas moins une œuvre fascinante de par sa grandiloquence (l’utilisation de l’IMAX) et son sens du spectacle total. Imposante de par la maîtrise de sa technique et la mise en scène de Abrams (bien que la patte et les lens flares du metteur en scène deviennent lassants en plus d’être embarrassants), portée par un scénario bien imparfait qui veut trop en montrer, afficher ses ambitions dramatiques sur tous les plans au travers d’un duel qui s’efface dans son acte final, STID finit surtout par ressembler  à une immense répétition générale pour Abrams et son équipe de techniciens face à l’avenir et l’équation si complexe que va être l’élaboration du septième épisode de Star Wars. J.J. Abrams délaisse donc un univers pour un autre, sinon une galaxie à part entière. Bien plus lointaine, bien plus risquée.3 étoiles et demi

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s