Pacific Rim de Guillermo del Toro : La 100ème !

Pacific RimOn le sait, et ce depuis un peu toujours, Guillermo del Toro est un passionné. Un cinéphile plus qu’un cinéaste qui a su injecter à son cinéma tous les modèles de cinéma qu’il a décelés au cours de sa vie de spectateur. Mais c’est aussi un auteur, un homme de l’imaginaire qui tente, film après film, de construire et de déconstruire le genre fantastique. On se souviendra toujours de son Labyrinthe de Pan, œuvre majeure des années 2000, aussi historique que fantastique dans laquelle del Toro crée autour d’une sombre époque un vaste univers de créatures toutes plus étranges les unes que les autres mais aussi le deuxième volet de son Hellboy qui, avec du recul, apparaît clairement comme l’adaptation de comics la plus aboutie jamais réalisée. Empli de poésie et d’ironie, Hellboy 2 montrait déjà les talents de metteur en scène et de directeur d’acteurs dont faisait preuve le réalisateur mexicain.

Avec Pacific Rim, c’est une nouvelle relation qu’instaure le cinéaste avec ses spectateurs : celle d’un film dans lequel ce dernier reste à son rang, ne devient plus cet acteur un peu hébété de l’histoire, pendant que le cinéaste décline avec un plaisir communicatif toutes les manières de satisfaire les envies les plus folles de l’auditoire à l’écran. De ce point de vue, Pacific Rim est un film démentiel du début à la fin. Mais derrière cet immense festival de pyrotechnie, se cache aussi la nature plus humaine de l’œuvre créée par le metteur en scène, un film plus beau qu’il n’y paraît et surtout dans lequel la nature cosmopolite de son référentiel est évidemment sa plus grande force.
Car avant d’être cet énorme blockbuster américain, Pacific Rim est surtout une lettre d’amour à la culture japonaise énumérée sous différentes formes. Tout d’abord, de par la présence de Rinko Kikucki, magnifique interprète de Mako Mori, dont la beauté et la substantialité du personnage parviennent à faire de cet élément une part indissociable dans la réussite de Pacific Rim. En plus d’apporter cette peur, cette fragilité nécessaires à provoquer une certaine empathie chez le personnage, Guillermo del Toro l’use comme une allégorie passionnelle de cette délicatesse dans laquelle les grands personnages féminins s’élèvent. Elle a beau être cette guerrière vengeresse, sa nature de femme n’est jamais oubliée et c’est ce qui fait sa puissance évidente.

En étant à la fois construit comme un exutoire et un objet cinéphilique, Pacific Rim aura de quoi en dérouter plus d’un de par sa construction et la manière dont il aborde des thèmes déjà empruntés au cinéma des années 90 comme le rapport entre l’homme et la machine. Cette relation est d’ailleurs primordiale dans la grande lutte du film. L’homme est relié de son cerveau à la machine, allant ainsi piocher dans ses souvenirs, refoulés parfois (une séquence analeptique au fin fond des souvenirs de Mako, aussi terrifiante que bouleversante), pour les dévoiler au co-pilote. Une réelle relation de confiance qui dévoile un regard plus humain mais aussi plus anxiogène sur ce lien qui lie désormais l’homme à la technologie. L’homme se dévoue pour la machine, autant pour sauver ses camarades que par expérience, comme si une certaine addiction se programmait au fil du temps. Mais c’est de par le regard de Del Toro, cette ironie constante, toujours cette manière à désamorcer le sérieux le plus total (la présence de Charlie Day au casting n’est pas anodine, drôle de bout en bout, il apparaît comme l’alter-égo du cinéaste) que Pacific Rim reste cet inébranlable plaisir visuel qui écrase tout sur son passage. La photographie de Guillermo Navarro – la sixième collaboration avec le cinéaste mexicain – est, comme à l’accoutumée, splendide. Dans un univers numérique aussi froid que sans limites, le chef opérateur parvient à faire des miracles de par une succession de fragments, amplifiant la partition musicale de Ramin Djawadi et créant, en prolongement avec son travail sur Hellboy, une prestance quasi-christique à ces monstres d’acier. De l’utilisation de sa 3D, jusqu’à l’impressionnante prestation d’Idris Elba, Pacific Rim est un film impressionnant et incroyablement immersif.

Rarement un film n’aura autant compris les obstacles de cette technologie et ne les aura combattu avec tant de maestria. Les combats sont fluides et dantesques. L’alliance entre les gestes des combattants et la machine rend le spectacle galvanisant, hypnotique. Et pourtant jamais le réalisateur ne pense révolutionner son genre. Guillermo del Toro reste et restera ce virtuose du spectacle, ce gamin dans un magasin de jouets à qui l’on continue de donner tous les moyens possibles. Il s’amuse et nous amuse, pense l’écran comme un moyen de diffuser une passion, montrer aux gens des influences un peu oubliées ou délimitées à de simples aspects visuels (la culture du kaiju). Ces monstres sous-marins, Guillermo del Toro les aime énormément. Ils sont terrifiants, gigantesques et ont tous leurs caractéristiques propres. A l’image du personnage de Charlie Day, c’est une passion de la déraison qui s’impose entre ces créatures et l’Homme. Et c’est au travers d’un autre personnage, celui du trafiquant interprété par le génial Ron Perlman, que l’on peut y voir une critique de l’hégémonie des studios sur le créatif. Parabole sous forme d’homme fascinant mais qui n’en reste pas moins un businessman intraitable, préférant la sûreté à l’audace et la passion. La passion pour ce genre qui fait de Pacific Rim une réussite sur tous les tableaux, d’une générosité sans égale, parfois terrifiant, souvent époustouflant, d’une technicité irréprochable et qui vient clôturer avec un vrai sens de la cohérence et du spectacle toute une relecture du cinéma fantastique, sous sa forme la plus traditionnelle ou plus moderne que jamais.4 étoiles

 

Quatre mois après, le Blu-ray.

Il y avait une appréhension claire à redécouvrir ce Pacific Rim qui, durant deux heures au cours d’un mois de juillet relativement fade, nous avait enthousiasmés de toute part. S’il se révèle, sans surprise, que l’émerveillement de la projection cinéma ait laissé place à un plaisir plus instable, sans doute plus prévisible, le Blu-ray offert par Warner Bros. ne démérite pas, loin de là ! Avec des pistes audios, VO et VF, en 7.1, Warner a su retranscrire le gigantisme du film sur Blu-ray avec un talent, encore une fois, des plus étonnants et qui témoigne de l’évolution du studio à s’approprier toutes les possibilités du format avec une certaine maestria. Seuls les bonus, tristement anecdotiques, montrent que le chantier entrepris par Warner reste encore conséquent pour pouvoir rejoindre les maîtres du format. Malgré tout, pour les néophytes et les amoureux du genre, Pacific Rim fera un parfait cadeau de Noël et un plaisir de cinéma, dont le petit désintérêt que le public français a éprouvé pour le film – en dépassant timidement le million d’entrées –, témoigne des difficultés que la science-fiction, en tant qu’objet de plaisir et non de révolution instantanée, a encore à s’intégrer dans le paysage cinématographique français.

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