Warm Bodies de Jonathan Levine

Warm BodiesCritique réalisée dans le cadre du DVDTrafic

Un peu comme tous ces réalisateurs assez talentueux dans leur domaine, et aussi plébiscité par une partie de la critique, Jonathan Levine n’a pas mis beaucoup de temps avant de crouler sous la puissance des studios hollywoodiens. Après le très réussi 50/50, on le retrouve aujourd’hui au générique de Warm Bodies, ou l’histoire d’amour naissante entre un zombie nommé R, interprété par Nicholas Hoult, et une survivante un peu rebelle, un peu inintéressante, campée par la jolie Teresa Palmer.
Après quelques minutes de métrage et la désolation déjà engendrée par les présentations ratées entre l’univers et les personnages qui le composent, on sait que Warm Bodies n’est pas un film fait pour rire aux éclats et la mise en scène de Levine ne vient pas aider le sort non plus. L’ironie du genre n’y est pas, une certaine frayeur non plus, ô Diable, le syndrome Twilight a donc décidé de s’en prendre à tous les genres.

Car depuis moults années et l’ascension culturelle et malheureuse qu’a connu l’adaptation de la saga de Stephanie Meyer dans le genre fantastique, le cinéma de zombies a lui aussi connu un lavage qui, sous la caméra de Jonathan Levine, souligne l’irrespect actuelle dont font preuve les studios en utilisant à tout va ces créatures sanguinaires dans leurs films d’action.
D’abord objets de trouille à la véritable portée politique sous la caméra de Romero, avant de devenir symboles d’une culture shoot em’up chez The Walking Dead, la romance rencontre les zombies dans Warm Bodies et ce pour le pire. Au-delà du manque flagrant d’ironie dans le geste et de la nullité absolue de la production design (entre punk pour ados et objet de misère, pas véritablement fini), c’est bel et bien la fadeur du scénario et l’absence de tout rythme qui rappelle que le talent de Levine a des limites lorsqu’il est contrôlé par des machines. Adapté du livre Vivants d’Isaac Marion et réécrit pour l’écran par Jonathan Levine lui-même, le metteur en scène oublie de faire la part des choses entre le conflit qui règne entre les survivants et les zombies et l’éveil des sentiments de ce jeune zombie dont la personnalité se révèle aussi insignifiante que dénuée de tout contraste, d’une substance camouflée. Nicholas Hoult a beau être bon pour traîner des pieds et hausser des épaules à chaque fois qu’on lui parle, le scénario manque d’aplomb, d’émotions véritables et d’un vrai point de vue de metteur en scène. Que pense l’auteur de ses personnages ? Pourquoi le choix d’adolescents quand l’âge adulte peut parfois révéler plus de surprises ?
Perpétuellement, sinon à tout instant, le cinéaste fait de ses protagonistes l’unique leurre d’un placement de produits misérable où les éléments branchouillards (R. aime les vinyles, c’est un esthète) entretiennent une liaison bien plus proche avec la bande-originale – plutôt bonne faut-il dire – qu’avec les personnages.

Pendant près d’une heure et demi donc, l’on reste hagard, constamment étonné par le ratage constant du métrage à faire de cette lutte une révélation des sentiments pour l’homme envers ses créatures plus tout à fait humaines, avides de sang et déambulant sans but précis. En terme de naïveté dans son propos, Warm Bodies bat malheureusement des records. On oubliera pas non plus la présence incompréhensible de John Malkovich au casting, qui semble totalement désemparé par son personnage et l’intérêt certain que celui porte dans les péripéties du récit. On savait déjà que sa carrière cinématographique est en roue libre maintenant, préférant les planches du théâtre, mais les raisons de l’existence de son personnage semblent tellement floues dans le film que l’on y voit rapidement qu’un des innombrables ratés du film à concilier des enjeux paternalistes sur une ambiance d’apocalypse. Tout un potentiel gâché au service d’une morale qui n’est plus actuelle et qui dévoile les hantises des studios à sortir des sentiers battus pour offrir un objet aussi intéressant scénaristiquement que visuellement.

Exaspérant, pathétique et terriblement long, Warm Bodies vient s’ajouter à tous ces teen-movies qui tentent de réinventer le genre en soutirant la moelle épinière à d’autres. Signe de désespoir encore plus flagrant, la mise en scène de Jonathan Levine n’instaure aucune grandeur ou poésie, ne parvenant ni à mettre en relief la hauteur de la catastrophe ni à créer une empathie pour cette love story incohérente. Un simple étalage d’une jeunesse flemmarde, stéréotypée à l’extrême et dont les figures semblent plus être sortis de magazines de mode que de vrais personnages du genre horrifique. Ironie du sort, le film a rapporté beaucoup d’argent au studio qui en voit déjà une suite. On ne vous décrit pas la hâte que l’on a à cette nouvelle.1 étoile

Toutefois, grâce à l’excellent travail de Metropolitan Films, Warm Bodies se voit offrir un Blu-ray relativement génial qui parvient à concilier une technicité irréprochable à une vraie garnison de bonus. Proposant une piste VO DTS-HD Master Audio 7.1 qui ne connait aucune distorsion de son et une image parfaite qui, malheureusement, ne sert pas à grand chose devant la laideur persistante du film, le Blu-ray est aussi composé de nombreux bonus tels qu’un making-of assez intéressant où l’on nous explique la retranscription entre le livre et le film. Si, comme à l’accoutumée, le tout est assez promotionnel et le casting ne cesse de jeter des fleurs à un autre, ce Blu-ray de Warm Bodies est d’excellente augure, un comble pour un film qui cherche pourtant son public chez des ados dont les bonus ne les intéressent généralement pas. N’empêche qu’une nouvelle fois Metropolitan a confirmé son rang en tant qu’un des meilleurs éditeurs de blu-raysSortie le 24 juillet 2013.

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