Tai Chi Zero de Stephen Fung

Tai Chi ZeroAprès une carrière d’acteur et de scénariste passée dans l’ombre, jamais à l’origine de films réellement mémorables (on retiendra uniquement le scénario de l’inénarrable Shaolin Soccer), Stephen Fung est derrière la caméra depuis 2004. Aucun de ses films ne sont pas parvenus chez nous, jusqu’à ce jour et la soudaine apparition du premier volet du diptyque lancé par Fung en direct-to-DVD, Tai Chi. Production internationale aux enjeux cinématographiques autant que financiers (on parlerait d’un budget de 35 millions de dollars), Tai Chi Zero est un film qui déborde d’idées et de références, qui offre un réel plaisir de visionnage mais dont le manque d’épaisseur dans le scénario handicape la totale réussite du film.

Au bout de quelques minutes déjà, l’on sent déjà la volonté de Fung à se démarquer de la production actuelle en entremêlant un genre, un univers entier qu’est le cinéma d’arts martiaux à un style plus outrancier, sinon totalement racoleur. On entend donc entre deux scènes de combat la présence de morceaux d’hard-rock, et s’impose une véritable ironie dans le geste. Fung s’adapte à son époque, s’en moque un peu mais finit par en analyser les influences sans parfois en comprendre leur signification. Tout du long, Tai Chi Zero apparaît comme un OVNI presque impossible à raconter, à suivre dans sa totalité. L’introduction en est elle-même la preuve puisque le montage, particulièrement haché à ce moment-là, mêle une gigantesque scène de bataille, bruyante, empli de ralentis, d’effets spéciaux inqualifiables à la beauté évanescente d’un moment de la jeunesse du héros, interprété par Hark-On Fung, un instant volé entre une mère obligée d’abandonner son fils alors qu’elle vit ses derniers instants. Toute une séquence superbe, muette, dans laquelle le cinéaste continue son exploration des époques de la plus belle des manières, sans grandes fioritures, sans prendre son spectateur pour un idiot.
Pourtant, tout ce qui paraissait très beau, très réussi est rapidement oublié pour laisser place à une intrigue autour du héros, d’un pouvoir qu’il doit canaliser (car il se révèle être aussi ce qui pourrait le tuer) en apprenant l’art du Tai Chi. L’interprétation de Hark-On Fung étant relativement improbable, les mimiques de celui-ci se révèlent rapidement assez limitées, c’est lorsque sa quête est au point mort , que la caméra prend de la vitesse et que Tai Chi Zero trouve son point culminant. Les références vidéo ludiques éclatent au grand jour, furtives, presque intégrées dans le récit, explosent et le plaisir devient communicatif. Stephen Fung n’a beau pas être un virtuose de la caméra, les scènes de duel n’ont aucune légèreté, aucune virtuosité réelle, mais son rythme est endiablé et il parvient à faire d’un scénario presque sous-écrit, jamais prenant, une récréation cinématographique jouissive et drôle.

La deuxième partie du film est malheureusement plus anecdotique. Les enjeux du film sont différents, les ambitions bien trop grandes pour les épaules du héros naissant et la présence de ce dernier, à l’écran, est reconduite à la baisse. Pourtant, alors qu’une intrigue autour de la Révolution Industrielle et un conflit se met en place, les relations entre le héros et le méchant semblent indubitablement liées. Ils sont, à un moment distinct de leur vie, confronté au deuil et à la perte d’un être cher. Une perte qui sonne comme le son de l’échec, l’impossible remontée à la surface du fils prodigue, chassé de là où il vivait, chassé de la vie qu’il voulait mener. Trop inégal et mais aussi particulièrement jouissif, le film de Stephen Fung a au moins réussi à créer toute une cohésion autour de ses personnages et de leur destinée, n’évitant pas les écueils de leur statut, et faisant de ce Tai Chi Zero un prologue fort amusant, à mi-chemin entre le film de genre et Scott Pilgrim, se perdant dans les entrailles de son univers à vouloir créer un spectacle frénétique et grandiose. Un beau divertissement, bien rythmé et éphémère.3 etoiles

En outre cette bonne surprise, Wild Side offre une nouvelle fois une galette de grande qualité sur un point de vue technique. On retrouve les habituelles pistes Dolby Digital 5.1 qui ne comportent que très peu de défauts (la puissance du son qui est accru aux moments des scènes de combat, très agréable), l’image est plus que correcte mais c’est sur la question des bonus que le DVD pèche puisqu’à part un making-of de vingt minutes et quelques vignettes sympathiques (le Tai Chi Rap), le ton est trop promotionnel et finit par laisser le spectateur sur sa fin. Le seul gros problème de ce DVD. Sorti depuis le 3 juillet, à retrouver aussi en Blu-ray chez Wild Side.

Tai Chi Zero, réalisé par Stephen Fung

Avec Jayden Yuan, Angelababy, Tony Leung Ka Fai et Eddie Peng
Musique : Katsunori Ishida
Scénario : Chia-lu Chang, Kuo-Fu Chen et Hsiao-tse Cheng
Durée : 1h38
Date de sortie : 3 juillet 2013 en DVD et Blu-ray
 

2 réflexions sur “Tai Chi Zero de Stephen Fung

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