World War Z de Marc Forster

World War ZOn parle souvent de la fidélité que doit avoir un film envers un livre auquel il s’inspire ou, tout au contraire, de la liberté qu’il doit prendre face au matériau d’origine. De ce fait, World War Z ne respecte finalement que le titre du roman de Max Brooks puisqu’il ne reprend ni la structure originelle du livre (faite de témoignages de scientifiques, médecins et de militaires) ni le ton du livre qui offrait une vision politique de l’invasion de zombies.
Car considéré World War Z comme un film de zombies est une hérésie pour tout ceux qui ont vu les films de George Romero, ou des plus récentes réécritures du genre de Danny Boyle. Le nouveau film de Marc Forster, nouveau yes-man « au grand cœur » d’Hollywood, se vit davantage comme une réécriture-monde, grand public, d’un genre arpenté et dévoré jusqu’à l’os. Un film sans ambition, sans grande identité mais dont le plaisir instantané est réel.

Marc Forster ne met pas beaucoup de temps avant d’ouvrir les hostilités. Son public est visé dès le départ et il sait aussi qu’il est venu pour cette unique perspective. Le regard est bluffant de grandeur, la musique pompière de Marco Beltrami porte le film aux sommets de la lourdeur mais, qu’importe, ces vingt premières minutes de sauvagerie sont ininterrompus et un certain élan fédérateur emporte immédiatement le spectateur. Accroché à son siège, ce dernier ne le lâchera plus. Puisqu’entre les batailles de Philadelphie, de Jérusalem, en Inde et en Nouvelle-Ecosse, World War Z se veut comme un film-monde dans lequel le décor apparaît comme un vaste terrain de jeu à un exercice de surenchère le plus total. Enchaînant les moments de bravoure, imposant une frénésie instable dans le rythme (cette peur constante pour le cinéaste de provoquer l’ennui), le mal n’apparaît que très rarement et de façon purement visible à l’écran. C’est aussi pourquoi cette séquence d’introduction est brillante. La caméra est fauve, l’on découvre ces morts vivants attraper leurs proies avec une force incroyable et, jusqu’à un certain moment, la peur crève littéralement l’écran et entretient une ambiance anxiogène.

Pourtant, après une heure de métrage et cette sensation d’avoir vécu un spectacle sympathique et des plus outranciers, les défauts enfouis de World War Z remontent à la surface pour ne plus disparaître. La mise en scène se pose dans sa dernière demi-heure dans une scène de huis clos (Forster prouve après Quantum of Solace que les séquences dans un espace restreint ne sont pas pour lui), la photographie de Ben Seresin immonde durant toute la totalité du film prend une place prépondérante et tout ce qui faisait de World War Z un plaisir coupable prend l’ordre du grotesque. De son placement de produit assez grossier à un lot d’incohérences toutes plus flagrantes les unes que les autres (à croire que le réalisateur et son équipe prend réellement son public pour des débiles), Marc Forster montre une nouvelle fois que sa mise en scène est sans âme, faisant de WWZ une œuvre bâtarde.

Après avoir caché dans la masse impressionnante le visage de ces zombies et une promotion plutôt habile qui montrait le monstre comme un ensemble, le film dévoile les maquillages gênants de ces zombies et le délimite à quelques grognements et à des claquements de dents. A l’image du personnage de Brad Pitt, le zombie jouait jusqu’alors un rôle d’apparition venue de nulle part. Comme christique. Et c’était cette liberté envers le livre, celle de délimiter les témoignages en un héros unique, qui faisait de World War Z une réussite incongrue. Pourtant, les limites d’un scénario sous-écrit, face auquel trois scénaristes sont passés (dont Damon Lindelof…), montrent que même avec la présence d’un Brad Pitt à l’aise tout cela ne permet pas d’accoucher d’une réussite cinématographique pure et dure. De par l’omniprésence de ses tares mais aussi porté par la toute puissance de ses trois grandes séquences de combats, World War Z se pose en un divertissement estival inégal, presque infamant et – pourtant – assez courageux, affrontant le poids d’un développement chaotique avec une certaine insolence et dont les enjeux financiers colossaux (on annonce un budget de 200 millions de dollars) l’empêchent d’être pleinement la très bonne surprise de l’été. On fera donc déjà avec ce qu’on a.2 étoiles et demi

World War Z, réalisé par Marc Forster
Interdit aux moins de 12 ans
Avec Brad Pitt, Mireille Enos, Daniella Kertesz et James Badge Dale
Musique : Marco Beltrami
Scénario : Matthew Michael Carnahan, Joseph Michael Straczynski et Damon Lindelof, très librement adapté du livre éponyme de Max Brooks
Durée : 1H56
Date de sortie : 3 juillet 2013
 

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