La Cité Rose de Julien Abraham

La Cité RoseLes défauts de la Cité Rose, aussi évidents soient-ils, sont ceux d’un premier film. Une question de point de vue, de références à éviter et d’un sujet parfois sous-traité ou qui s’effile dans la longueur. Le «film de cité», la France en a fait un de ses plus vastes chantiers dans sa construction dispendieuse et aussi un peu tortueuse du cinéma social à la française, à grands coups de guimauve et de clichés en tous genres. Les exemples ne manquent pas mais la pente est descendante depuis bien trop longtemps et Julien Abraham n’a pas décidé de changer, avec son premier film, toute une architecture mais au contraire de l’enjoliver un peu. A l’instar de tous les feel-good movies que le cinéma actuel s’obstine à pondre par centaines, la Cité Rose sait développer un certain rythme, de la vie dans sa cité de Seine Saint Denis.

Pendant près d’une heure, le rire est continu et l’énergie avec laquelle Julien Abraham traite son sujet est belle à voir. Sa caméra est active, notamment dans sa scène d’ouverture et la descente des policiers chez les trafiquants de drogue, et ses personnages sont accueillants, même pour le pire des malfrats. Posant son récit au travers des yeux d’enfants, la Cité Rose ne fait pas l’erreur de montrer son décor comme une plaie de la société, mais bien au contraire en le montrant comme un village solidaire qui essaye comme il peut d’effacer le passé de sa mémoire. Telle une entité, Julien Abraham la développe en ne sortant pratiquement jamais de ce cadre, formant dans chacun de ses personnages une sorte d’essence qui perdure au fil du film. Qu’ils soient bons ou mauvais, se crée un esprit de groupe qui donne au film cette innocence et cette joie instantanée que l’on ne trouve plus beaucoup dans le cinéma dit social. Le regard a beau ne jamais être politique puisque le point de vue adopté est constamment enfantin, les thèmes récurrents tels que la tolérance et le respect sont savamment traités et montre que les notions de passé, présent et futur peuvent être intégrées dans cette forme de cinéma. L’importance de croire en quelque chose demeure le fil conducteur du héros.

Croire en un futur, comme fuir les problèmes de la vie et ne pas se complaire dans une existence menant inlassablement dans le malheur, c’est ce qui donne de la consistance au film. Ce gamin, interprété par le rayonnant Azize Diabate Abdoulaye, insuffle un ton optimiste au film de Julien Abraham et porte le film de par ses actions. Jusqu’à la fin, on en a que pour lui. Les autres acteurs ont beau être tout aussi bons, à quelques exceptions près, il soulève le film mais ne peut rien faire face à la déception d’un final trop bancal. Malheureusement, comme dans tout premier essai, il y a un moment où ce qui devait arriver arriva. Comme rattrapé par le genre dans lequel il s’immisce, Julien Abraham intègre une histoire de règlement de comptes qui tourne mal et le ton moralisateur tue à petit feu tout le potentiel du film. Il n’y a alors aucun contraste dans les personnages, l’analyse est manichéenne et l’enchaînement des scènes parfois déplorables. Pendant une petite demi-heure donc l’on suit les évènements sans se prendre d’affection pour un héros victime de la situation et dont la performance pourtant imposante de Ibrahim Koma ne suffit pas à provoquer de la puissance ou de l’émotion dans le final. Les ressemblances avec la Cité de Dieu de Fernando Meirelles deviennent alors trop importantes et gâchent un peu la bonne surprise de la première heure dans un désir de bien faire et de rendre la chronique réaliste.

N’en demeure pas moins qu’avec ses défauts et ses atouts, la Cité Rose reste une belle surprise dans le genre, insufflant ce qu’il faut de jeunesse dans le regard et restant aussi lucide qu’optimiste sur l’état des cités en France. Il manque simplement au premier film de Julien Abraham une approche plus poussée dans l’analyse de ses thèmes et une véritable volonté de sortir des paradigmes du genre pour être plus qu’une simple anecdote dans le paysage cinématographique français.3 etoiles

Sorti le 8 août 2013 chez TF1 Vidéo, le Blu-ray du film est réussi, tant d’un point de vue technique qu’en terme de contenu. Le tout se révèle être assez classique, une piste audio et une image plutôt bonnes, sans problèmes, contenant un making-of de plus de trente minutes particulièrement bon qui montre comment l’équipe du film a réussi à réunir toute la population de la Cité afin de l’aider durant le tournage. Aussi intéressant que sincère.

La Cité Rose, réalisé par Julien Abraham

Avec Azize Diabate Abdoulaye, Idrissa Diabaté, Ismaël Ouazzani et Ibrahim Koma
Musique : Scientifik, Redk et Laurent Casano
Scénario : Zackarya DK, Jimmy Laporal-Trésor et Julien Abraham
Durée : 1H37
Dates de sortie : 27 mars 2013 en salles / 7 août 2013 en DVD et Blu-ray
 

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