Kick Ass 2 de Jeff Wadlow

Kick Ass 2Il est souvent assez impressionnant de voir de quelle manière, et notamment dans le cinéma, les évènements peuvent retourner une œuvre à son désavantage. Trois ans après Kick Ass, réécriture assez folle du film de super-héros dans laquelle la jeune Chloe Grace-Moretz émergeait comme la grande révélation du film, Matthew Vaughn a laissé les commandes à l’instable Jeff Wadlow – déjà réalisateur du très mauvais Never Back Down – dont l’incompétence en tant que cinéaste et scénariste sont un peu plus mises en avant dans ce pathétique deuxième volet.

Tout ce qui faisait la force du premier volet, la passion qui anime souvent les premiers exercices et une certaine puissance émotionnelle qui permettait au film de Matthew Vaughn d’être plus qu’un simple divertissement du samedi soir, semblent avoir été oubliées par Jeff Wadlow et son équipe. Après un premier quart d’heure – il faut bien le reconnaître – fort plaisant et les quelques blagues vaseuses sur le héros, toujours interprété par Aaron Taylor-Johnson, Kick Ass 2 perd tous ses moyens pour ne plus être qu’un simple exutoire dans lequel le mauvais goût trouve écho à un scénario sous-écrit et dénué de tout enjeu dramatique. La mise en scène, comme à l’accoutumée, inexistante de Jeff Wadlow demeure la cause principale de l’échec cuisant de cette suite et le propos qu’il dirige absurde, sinon raciste. Quand le premier volet envoyait un message fort aux blockbusters au travers d’un propos certes radical mais juste, le réalisateur tente de normaliser le rôle du super-héros dans le monde réel et tout le malaise que suscitait ce personnage, la décision entreprise par ses personnages de faire justice pour leur ville, ne devient qu’un costume dans lequel chaque être humain peut prendre place pour une quête personnelle.

Très rapidement ridiculisé par une succession de seconds rôles inintéressants au possible, le personnage de Kick Ass se trouve aussi englouti par l’évolution d’un autre élément phare du navire, l’improbable Hit Girl. La fillette ultra-violente, emmenée par un père et ses désirs de vengeance, a grandi et, comme toute fille de son âge, se retrouve face à des problèmes de son âge, dont l’intégration sociale. Au fil de son carnage, Jeff Wadlow transforme son film en un vulgaire teen-movie dans lequel les péripéties scolaires de Hit Girl prennent tout l’espace et se limitent à des séquences dont la nullité, l’intrusion constante d’un humour scatologique, rivalise avec le ridicule de la tournure que prend la situation. Hit Girl était un personnage hanté par son désir de vengeance, qui exécutait les malfrats comme un jeu. Ce personnage permettait de mettre en lumière les errances d’un pays à qui l’on éduque le mal, la destruction, comme un prolongement du bien. Tout le discours politisé du comic book de Mark Millar et John Romita Jr. allié à la mise en scène de Matthew Vaughn offrait un film percutant et quelque part assez savoureux. Ce qui ne lui empêchait pas, déjà l’époque, d’avoir quelques défauts. Pourtant, Jeff Wadlow ne semble que réitérer les mêmes erreurs, ajoutant à cela une direction artistique laide et une mise en scène, dans les nombreuses scènes de combat, illisible. Kick Ass 2 se devait d’être grandiose, tel un rollercoster graphique et émotionnel sauvage. Au final il ne reste qu’un simple patchwork d’images où son auteur appose un humour déplacé, tourne chaque image, chaque séquence à la rigolade.

Dans cet élan de désespoir, le casting ne semble pas réussir à faire mieux. Aussi nonchalante que soit la mise en scène de Jeff Wadlow, sa direction d’acteurs n’arrive pas à la cheville de celle de Matthew Vaughn qui avait réussi à soutirer dans chacun des acteurs le meilleur. Au final, Aaron Taylor-Johnson et Chloe Grace-Moretz ne sont plus dans le coup, leurs performances respectives dénuées de tout contraste, les quelques apparitions de Christopher Mintz-Plasse grotesques et Jim Carrey, sorti de nulle part dans cette histoire, ne reste que cloitrer au rang de guest venu apporter son grain de folie à un film qui en manque terriblement.

Kick Ass 2 a laissé son costume de brûlot pour devenir son pire ennemi : ce divertissement décérébré, construit sur des enjeux financiers douteux, dans lequel ses personnages ne sont que des pions à un terrain de jeu de violence gratuite. Infâme et surtout bâti sur une base de vacuité, Jeff Wadlow continue de prouver qu’il est un des réalisateurs les plus incompétents d’Hollywood, dont le manque de maturité vient s’ajouter au désintérêt qu’il a pour ses personnages et son récit. Dès lors que le cinéaste n’est pas là, pas étonnant que Kick Ass 2 ne soit qu’un nanar calibré et infantilisant, auquel même une bande-originale tonitruante n’arrive à soutirer plus qu’un sourire.0 étoile et demiKick Ass 2, écrit et réalisé par Jeff Wadlow

Avec Aaron Taylor-Johnson, Chloé Grace-Moretz, Christopher Mintz-Plasse et Jim Carrey
Musique : Matthew Margeson et Henry Jackman
Durée : 1H40
Date de sortie : 21 août 2013

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