Upside Down de Juan Solanas

Upside DownUpside Down a été, de sa production jusqu’à sa distribution, une équation à plusieurs inconnues. Car, entre des difficultés financières, des ambitions artistiques gargantuesques en proposant à l’image un monde «à l’endroit et à l’envers» sans pour autant sacrifier un postulat romantique à souhait, soit une histoire d’amour entre un homme du Bas, interprété par Jim Sturgess, où vit la population modeste, une sorte de terre abandonnée, et une femme d’En Haut, interprétée par Kirsten Dunst, royaume quasi-impénétrable, prospère et imposant, Upside Down ressemble davantage à un film sacrifié pour son originalité. Si, dans la promesse visuelle, tout cela semble ressembler au très récent Elysium de Neill Blomkamp, Juan Solanas décide de ne pas construire les mêmes enjeux, – délaissant le potentiel social et politique de la chose – et délimite son récit à deux seuls véritables personnages dont l’intérêt, rapidement épuisé, se révèle être la vraie faiblesse du film.

L’immensité de l’univers que développe Solanas vaut à elle seule le visionnage de ce Upside Down. Premièrement, parce que sa caméra est aérienne, le cinéaste argentin offre des plans à donner le vertige, l’ossature même de certaines séquences rappelle un certain Matrix dans le choix très judicieux de ses décors, en se servant habilement des immenses immeubles qui composent le paysage du monde d’En Haut pour donner un effet de grandeur au tout. Mais aussi parce qu’à de nombreux moments, dans cette quête à l’Eden – prénom du personnage porté par une Kirsten Dunst comme lessivée, qui semble tourner en rond –, l’unique souffle épique du cinéma de l’Argentin parvient à emmener le spectateur dans cette folle odyssée amoureuse.

Mais voilà, à vouloir à tout prix créer l’intime dans un espace aux promesses visuelles si insistantes, Upside Down n’attire jamais l’attraction ni même l’émotion dans cette histoire. Juan Solanas laisse l’entière responsabilité à son univers visuel pour développer le film, jusqu’à ne plus créer de poésie, de beauté et ne laisser qu’un simple effet de racolage dans ce bain de promesses. Upside Down aurait pu être un si beau film s’il avait mieux écrit, ou du moins si son scénario avait été épaissi. Au-delà d’une morale simpliste et d’un message politique assez vulgaire (rappel constant vers l’Histoire, la Guerre Froide et la séparation de l’Allemagne), Juan Solanas ne retrouve plus le génie, l’instinct romanesque de son précédent court-métrage, l’Homme sans tête, qui lui avait permis d’être célébré par toute une partie de la profession. De ce fait, Upside Down apparaît comme un film aigre, rancunier d’une situation qu’il n’a pas pu gérer, d’un réel manque de soutien d’un tel projet qui aurait su faire cohabiter la science-fiction, des questionnements existentiels bien plus poussés et une romance, poignante et dénuée de tout cynisme.

Ni le casting, où les deux têtes d’affiche cabotinent gentiment, surjouent et ratent l’une de ces grandes séquences de séparation, ni même la mise en scène de Solanas ne parviennent à redresser ce naufrage scénaristique total. Mais bel et bien pour la beauté éphémère et intense, la virtuosité lancinante de la photographie offerte par Pierre Gill, Upside Down ne peut rester au rang d’anecdote dans un genre à l’ambiance si calfeutrée et aux problématiques dépassés. Inégal à l’extrême, le second métrage de Juan Solanas montre aussi les failles d’un système où le cinéaste, abandonné par tous, tente de faire une oeuvre à son image. A contrario d’un Cloud Atlas, Upside Down apparaît comme un grand film malade, qui a perdu son essence dans sa gestation et tout ce qui aurait pu permettre au film de Solanas d’ébahir ou d’émouvoir.2 étoiles et demiAvec sa sortie en DVD et Blu-ray le 4 septembre, Upside Down tente de rattraper une sortie cinéma chaotique. Techniquement, le DVD est de très bonne qualité, l’image, malgré une sorte de grain qui se dissipe au fil du film, est honorable et le son, avec un Dolby Digital 5.1, s’en sort haut la main. Du côté des bonus, avec un seul making-of d’une demi-heure, le DVD offert par Warner Bros. France ne tient pas forcément ses promesses. Si l’aspect technique est très largement évoqué, le ton promotionnel a tendance à chercher à effacer le parcours complexe du film de sa pré-production jusqu’à sa sortie. Seul point noir d’un DVD plutôt réussi. Reste que, par rapport au Blu-ray, le format ne semble ne plus vraiment avancer et à être un peu plus oublié désormais.

Upside Down, écrit et réalisé par Juan Solanas
Avec Jim Sturgess, Kirsten Dunst, Timothy Spall et James Kidnie
Musique : Benoît Charest et Sigur Ros
Durée : 1H40
Dates de sortie : 1er mai 2013 en salles / 4 septembre 2013 en DVD et Blu-ray
 

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