[Rattrapage] Gatsby le Magnifique de Baz Luhrmann

THE GREAT GATSBYChaque année, la place laissée par les films d’ouverture du Festival de Cannes paraît presque surdimensionnée face aux films de la compétition officielle. Est-ce par euphorie du début de festival ou parce que leur qualité est véridique ? Pas sûr…
En adaptant Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald, Baz Luhrmann s’attaque à un monstre de la littérature américaine, un de ses livres dont le gigantisme intemporel et le regard acerbe que porte son auteur sur toute une époque font de lui un indémodable. Avec son maniérisme et une vague tendance à pencher vers le romantisme pataud, Baz Luhrmann subit désormais son époque pour un cinéma désespérément kitsch. Alors qu’Australia montrait déjà les limites de son cinéma, cette adaptation inégale à l’extrême, dont les terribles longueurs finissent par enfouir le film dans une lourdeur impassible, et globalement ratée, continue de pousser un peu plus le cinéma de l’Australien dans une sorte de bulle à laquelle lui-même ne semble pas réussir à s’échapper.

Basant principalement tout son effort sur la forme et son désir de confronter un récit classique à une esthétique pop, Gatsby le Magnifique est un film sans âme parce qu’il laisse de côté ses personnages pour n’offrir qu’une débauche visuelle très vite insupportable et aussi assez laide pour son époque. Tourné dans son intégralité en studio, Gatsby le Magnfiique est un film qui aime les grands espaces, la lumière et qui préfère la démesure à une forme de modestie, plus noble. Ce qui est totalement compréhensible vu la nouvelle de Fitzgerald qui offrait un point de vue empli de grandiloquence. Or, elle faisait aussi preuve d’un esprit critique dont le film de Lurhmann est totalement dénué. Autre problème, l’imposant budget du film ne transparaît jamais à l’écran et la grossièreté évidente de certains plans, voire de la quasi-majorité, n’offre plus un cachet kitsch au film et dénature d’un réel amateurisme, duquel la mise en scène de Luhrmann ne parvient pas non plus à les faire oublier. S’attacher à une œuvre si emblématique requiert une certaine modestie et Baz Luhrmann ne semble pas l’avoir comprise.

Pendant deux heures vingt, enchaînant séquence après séquence son insipide bouillie visuelle, sans jamais développer quelconque personnage et ainsi décliner une forme d’émotion pure, il n’y a qu’un Leonardo DiCaprio pour sauver le naufrage d’un tel film, aux ambitions si illusoires et à la mièvrerie si crevante. Il offre à lui tout seul toute l’épaisseur, toute la complexité nécessaire à un personnage aussi imposant que l’est Jay Gatsby. A la fois mystérieux, un peu terrifiant et surtout assez maladroit, Gatsby est un homme dont les volontés de s’attacher à Dieu et de créer une Amérique à son image ont fait de lui un être aliéné, sinon fou. Sans la performance extraordinaire d’un DiCaprio proche de son personnage de Howard Hughes dans Aviator, Gatsby le Magnifique n’aurait été qu’un très mauvais film de plus dans la filmographie du cinéaste australien. Un simple objet pop, dénué de tout intérêt, à tout instant. Car, outre la prestation de l’acteur, le reste du casting, en roue libre, n’arrive jamais à la cheville du personnage éponyme. Les erreurs de casting perpétuels (Tobey Maguire, dont le rôle est un pivot dans le récit et Joel Edgerton sont fades) et un mode de narration très vite usé, puisque l’étalage continuel de la voix off gâche tout le potentiel possible, Gatsby le Magnifique devient trop rapidement un film lassant qui, derrière un budget faramineux (surtout pour une adaptation littéraire), oublie toute la furie du livre, l’amertume du regard de F. Scott Fitzgerald sur son époque, l’évolution des mœurs et des inégalités sociales au paroxysme.

Bedonnant et froid, Gatsby le Magnifique qui privilégie l’esbroufe au sensationnel, qui confond le bruyant (un alliage musical des plus grotesques) avec le grisant et dont la médiocrité, scénaristique et visuelle, avec laquelle il s’affiche, n’en fait ni plus ni moins qu’un ratage de premier ordre. Bien loin de l’impressionnante performance d’un Leonardo DiCaprio dont le manque de reconnaissance dans la profession est, plus que jamais, un joli petit scandale.1 étoile et demiSorti le 18 septembre en DVD et dans une très jolie édition Blu-ray + DVD, Warner Bros offre au film de Baz Luhrmann une édition particulièrement réussie, aussi bien techniquement qu’en termes de bonus. Bien malgré le fait que Warner continue d’offrir une piste sonore 5.1 DTS-HD master audio, certes réussie mais impropre aux possibilités du Blu-ray, cette édition contient de nombreux bonus sur l’élaboration du film, de sa pré-production jusqu’au montage (et notamment la création de la bande-originale). Belle édition pour un film insipide.

Gatsby le Magnifique, réalisé par Baz Luhrmann
Avec Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan et Joel Edgerton
Musique : Craig Armstrong
Scénario : Baz Luhrmann et Craig Pearce, adapté de la nouvelle de F. Scott Fitzgerald
Durée : 2H23
Dates de sortie : 15 mai 2013 en salles / 18 septembre 2013 en DVD et Blu-ray
Merci encore à Warner Bros France de nous avoir donné la chance de le découvrir.
 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s