2ème édition du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux : la chronique

FIFIB

Histoire d’essence / des sens

Pour cette deuxième édition du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, Léo Soesanto a fait grandir sa création et la sélection s’en retrouve plus enthousiasmante et les têtes d’affiche plus excitantes. Ouverture avec la Vie d’Adèle de Kechiche, clôture avec la Venus à fourrure de Polanski et, entre les deux, des noms, des premiers films et un mystère, une certaine forme d’excitation, chez chacun qui écarte le spectateur d’images, de matraquages promotionnels, etc …
Dix films sélectionnés pour la compétition officielle, agrémentés de redécouvertes, de rencontres et d’un duel, inattendu, entre le Ferrara d’avant et l’intemporel Pasolini.
Le temps nous a souvent manqués mais les quelques films que nous avons découverts ont chacun, et à leur manière, tenté de trouver chez la jeunesse, la fratrie ou simplement l’individu solitaire une forme d’éveil des sens, tel un voyage initiatique au fil de l’âme vagabonde.

La Vie d'Adèle

Le film de Kechiche a fait salle comble, emportant un vive succès chez les spectateurs.

Malgré ses irrégularités chroniques et son penchant éreintant pour une sensibilité exacerbée, la Vie d’Adèle est le parfait exemple d’une sélection attendrissante, un modèle sur une fille qui devient une femme, sur sa curiosité à découvrir la vie et à trouver un sens à l’existence, parfois totalement dépourvue. Kechiche, davantage voyeur que conteur, trouve chez son Adèle une muse à la hauteur du chantier qu’il entreprend, avec laquelle il évoque ses fantasmes, ses modèles (la Marianne de Marivaux) et une certaine partie de son cinéma, de son œuvre, tentative emplie par la tentation et la violence de l’imprévu — au delà d’une rencontre amoureuse pré-destinée — dans la vie humaine.

D’autres films ont ainsi tenté de suivre la notion de destinée, de passion dans leurs films. Comme ce fut le cas dans l’excellent 12 O’Clock Boys de Lotfy Nathan où, au travers du regard d’un enfant voulant rejoindre un gang de bikers, le réalisateur capte une certaine magie dans un Baltimore gangrené par la violence de toute part. Énergique, débridé mais aussi tragique dans le propos qu’il entretient, soulignant sous chaque plan l’atmosphère désemparée d’une ville américaine orpheline du soutien de son pays, Lotfy Nathan parvient à donner à son documentaire une valeur cinématographique plus qu’évidente dans laquelle la chronique de Pug, enfant rebelle perdu dans ses rêves de gosse, est aussi touchante que la promesse de ce grand cinéaste en devenir est grande.

Notre Lune d’Or. 12 O’Clock Boys, parfum de nature sauvage dans une sélection parfois monolithique.

Deuxième édition dans laquelle, au-delà de la présence de quelques grands noms confirmés, le cinéma indépendant sous son aspect le plus abrupt (le touchant Marussia de Eva Pervolovici, sorte de conte moderne vu de Paris par un enfant et sa mère sans abris) a été glorieusement représenté puisqu’à part les Interdits d’Anne Weil et de Philippe  Kotlarski, la sélection orchestrée par Leo Soesanto aura fait preuve d’une cohérence, d’une fidélité assez admirative de son sujet de départ et comment le cinéma indépendant, plus que jamais recroquevillé dans le paysage cinématographique mondial, peut encore être le plus sincère témoin d’une époque, de générations qui se rencontrent ou de l’éveil de la jeunesse au cœur d’une société cherchant inévitablement à la définir à son image.

Le FIFIB n’a certes pas encore les ambitions ou les moyens de festivals américains (Sundance ou Toronto pour les plus emblématiques), ni même l’ampleur, l’influence pour pouvoir mettre en avant des cinéastes ou des films exploitables, mais il fait montre d’une passion à partager qui est aujourd’hui trop rare dans le milieu et qu’il faut savoir mettre en exergue. Festival d’horizons, le FIFIB regarde plus que jamais vers l’avenir. Un avenir qui s’annonce lumineux.

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