Gravity d’Alfonso Cuaron

GRAVITY

Gravity, réalisé par Alfonso Cuaron
Avec Sandra Bullock, George Clooney et Ed Hurt
Scénario : Alfonso Cuaron, Jonas Cuaron et Rodrigo Garcia
Durée : 1h30 / Date de sortie : 23 octobre 2013

Après une accession brutale dans la culture pop avec la saga des Star Wars, la science-fiction semble être devenu un genre à part auprès du public, un pas évident, instable qui le lie à un univers futuriste, inconnu pour lui. Or, les nombreux chefs d’œuvre (Blade Runner par exemple) qui le composent ont pour la plupart tissé leur réputation au fil du temps et, trop souvent, le genre s’est cantonné à une succession d’évolutions visuelles pour masquer une inconsistance dans la réelle proposition de cinéma qu’elles offraient. Avec un début de carrière intelligemment mené, où il passa du blockbuster grand public avec Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, opus qui fit basculer la saga de J.K Rowling vers une volonté de s’affirmer comme étant mâture, puis, tout à l’inverse, un film d’anticipation, Les Fils de l’Homme, le détonateur dans la carrière du cinéaste, l’émancipation vers une succession de séquences grandioses, de plan-séquences à l’ambition gargantuesque et la promesse de la naissance d’un futur grand nom de la science-fiction sous nos yeux, Gravity marque tout simplement le tournant de son auteur.

La voilà donc cette promesse, celle que l’on attendait plus dans le genre depuis longtemps, un film dont les prouesses techniques, improbables, constituant de perpétuels moments de bravoure visuelle, parviennent à galvaniser un propos qui s’épaissit le film avançant, le faisant basculer dans une tournure christique dans son ultime souffle. Dès son plan d’ouverture, magistral, la caméra de Cuaron opérant déjà avec magie la présentation d’un univers paradoxal, le cinéaste prépare une expérience dont l’effet crescendo va faire basculer le spectateur dans un état d’exaltation lié à une sensation d’oppression inamovible. Néanmoins, à ne pas s’y confondre, Gravity demeure l’œuvre la plus radicale de son créateur, aussi bien visuellement que scénaristiquement, l’élément paroxysmique d’une analyse familiale faite en profondeur au fil de ses films. Chacun des personnages du cinéma d’Alfonso Cuaron est lié à la destinée de l’astronaute Ryan Stone, portée par une Sandra Bullock méconnaissable, celle dont la photographie d’Emmanuel Lubezki et les exploits répétés du réalisateur mexicain vont peu à peu la hisser vers un statut mythique, la Création issue d’un univers mortel, d’un espace que l’Homme lui-même ne peut maîtriser. En une heure et demie à peine, Gravity montre tout le talent de son cinéaste à bâtir un univers de manière à ce que celui-ci devienne un protagoniste à part entière, un facteur déclencheur dans la chute ou la montée de son héroïne.

L’espace auquel la 3D parvient à capter le silence constant, une terreur invisible qui envahit le spectateur et la pellicule d’un effroi incompréhensible. Gravity est un monstre d’horreur fondé sur le silence et l’impuissance de ses protagonistes à changer une situation qui paraît inexorable mais est aussi, et ce assez paradoxalement, une odyssée intimiste, minimale au travers de son héroïne, l’introspection causée par le chaos. Empruntant la métaphysique de Terrence Malick ou de Stanley Kubrick avec son 2001, Gravity marque une étape supérieure dans la formation de la psychologie du personnage de science-fiction, conscient de sa cause et dont le rapport animal, qui le lie à son existence, doit dépasser toute forme de sentimentalisme. L’Homme doit se nécessiter à son unique survie. Créant un rapport paradoxal entre la petitesse des corps dans l’espace et la force primale qui caractérise pourtant ceux-ci, Cuaron et son fils Jonas, co-scénariste du film, tissent dans ce personnage féminin un condensé de personnages féminins – entre Ripley d’Alien et Sarah Connor de Terminator – d’une extrême cohérence, tout en conservant les caractéristiques d’une filmographie qui apparaît comme insensée, presque pensée pour ce film, l’œuvre à part entière telle qu’elle sera vue dans l’avenir et l’avancée tant technologique, avec une 3D au point culminant de l’immersion, que psychique qu’elle engendrera dans l’avenir du cinéma.

GRAVITYA la maîtrise totale de son sujet durant toute la durée du film, et au moment où Gravity n’a finalement plus rien à prouver, l’ultime éblouissement de la séquence finale vient clôturer la sensation d’accomplissement qui marque la projection inoubliable du film de Cuaron. La beauté impassible de l’espace filmé par le metteur en scène, l’exploit visuel réalisé par les équipes techniques, aurait pu se ressentir sur le film pour ne demeurer qu’un objet monolithique. Cependant, comme l’une des plus belles jamais vues dans le genre, appuyée par l’unique élan mémorable de la composition musicale de Steven Price, Cuaron vient parachever le maelström émotionnel procuré par le film, en repensant la Création après avoir montré la détresse de l’Homme tout du long, confrontant le spectateur à sa mise en scène et la puissance évocatrice invoquée par les dernières images.

Combien de films pourront être ainsi vus avec la sensation de découvrir le nouveau fondement d’un genre ? Des Frères Lumières jusqu’à Stanley Kubrick, ils ont créé la notion d’expérience que Gravity habite de tout son être, tant comme un héritage moral du genre, la nécessité pour l’Homme de voyager au-delà de son habitat naturel, que tel une évolution technologique majeure pour le genre au travers d’une amplification démesurée du réel au cœur du cinéma. Seule la bande-originale de Steven Price, aux allures horneriennes, semble apparaître de trop dans l’odyssée, dépassée par la puissance visuelle à laquelle Gravity s’applique à faire dominer. Sidéral et grisant, Gravity demeurera dans l’histoire du genre comme l’ultime jalon de la performance capture et du réalisme crevant que la technologie a apporté au cinéma. Son auteur, quant à lui, continue d’apposer un peu plus son empreinte à un genre dont l’humanité, désormais transpirante, suffit à oublier le silence anxiogène, qui marque le film et l’espace dont lequel il prend place, pour dresser l’Homme en une créature libérée, créée sur le rapport de bascule entre destruction et création.5 étoiles

 

LE BLU-RAY

Nous avions une seule véritable peur au moment de découvrir ce Blu-ray de Gravity : celle de ne pas retrouver les sensations d’une salle de cinéma. Or, techniquement, que fut la surprise de voir que Warner Bros. France a réussi l’exploit de retranscrire l’exceptionnel ressenti du film en salles dans sa copie. En termes d’image, le Blu-ray est irréprochable, aucun moment d’égarement et pour le son, malgré la peur que le Dolby Digital 5.1 soit un peu léger pour un film de ce calibre jouant avec tant d’importance sur les sons et les sensations, le travail est une nouvelle fois exceptionnel de bout en bout. A aucun moment, le Blu-ray ne souffre de quelques problèmes de son et parvient même à se dresser à quelques moments à la puissance d’un Dolby Digital 7.1, présent sur certains autres Blu-rays de l’écurie Warner. L’autre surprise vient de ses bonus. Avec près de trois heures de bonus, et un making-of d’environ deux heures, Warner offre à Gravity un Blu-ray d’une qualité exceptionnelle, qu’il faudra détenir très rapidement si vous voulez découvrir ou revoir le film. De part en part, le making-of est passionnant, racontant toute la fabrication d’un film aussi complexe que Gravity. En outre, vous trouverez aussi le court-métrage de Jonas Cuaron, co-scénariste du film, Aningaaq, particulièrement réussi. En bref, à avoir et à revoir !

2 réflexions sur “Gravity d’Alfonso Cuaron

  1. Bien écrit, en effet. Je suis moins d’accord, comme le montre ma critique http://bit.ly/17BMjMQ sur tout ce que tu dis du film. Car je n’ai pas accroché aux émotions proposées par Gravity, trop faciles, larmoyantes, qui se basent sur notre fascination pour l’espace. Car de profondeur, rien ne transparait ici. Du méta simpliste, des allégories grossières. Pas très subtil ce Gravity !

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