Cartel de Ridley Scott

Cartel, réalisé par Ridley Scott
Avec Michael Fassbender, Javier Bardem, Cameron Diaz et Brad Pitt
Durée : 1h51 / Date de sortie : 13 novembre 2013

Il est effectivement vrai que le Cartel de Ridley Scott sent à foison l’âme de son frère décédé, film poissard dans lequel l’on discute philosophie pour mettre en exergue des exemples concrets et faire de l’avertissement d’une mort douce une vérité inaltérable. Ridley Scott est un cinéaste de l’étrange, dont l’étalage de tout son talent esthétique est parfois, et Prometheus l’avait prouvé, une véritable tare pour le récit et le propos que celui-ci essaye de présenter. Ecrit avec la plume de l’immense Cormac McCarthy, dont les livres tels que la Route ou No Country for Old Men avaient poussé John Hillcoat et les frères Coen à les adapter pour le succès qu’on leur connaît, Cartel est un film assez singulier, particulièrement bavard et dont l’empreinte visuelle en fait un film hors du temps. Hors des normes que le cinéaste s’était fixées et dont le récit, éclaté, elliptique, produit un effet immédiat sur le spectateur, celui de le déranger.

Ce qui intéresse davantage le cinéaste n’est finalement pas l’intrigue, anecdotique à souhait, qui joue sur une complication intentionnelle des destinées de chaque personnage, mais le verbiage avec lequel il les présente, la manière dont Ridley Scott annonce la menace à venir. Les dialogues sont en effet savoureux, incisifs, appuyés par la mise en scène, car l’écriture de Cormac McCarthy épouse complètement les formes de l’art filmique et sont mis en avant avec un plaisir convenu entre le cinéaste et l’écrivain. Cependant, une fois le style apprivoisé par le spectateur, demeure-t-il quelque chose de véritablement marquant à la vue de Cartel ? Pas grand chose dirons-nous.

En effet, le métrage apporte son lot de suspense, de métaphores, d’anaphores et une structure elliptique qui amplifie la sensation d’une noirceur sépulcrale, mais Cartel n’apporte malheureusement rien au genre tant l’implication de ses protagonistes à l’ouvrage semble inégale. Cameron Diaz est éblouissante en femme fatale, ose et embrasse la caméra d’une attitude sauvage qui, dans les séquences où elle apparaît, rend le film plus léger, tout en maximisant la moiteur. A l’opposé, Brad Pitt et Michael Fassbender livrent de tristes performances, ne parvenant pas à rendre leurs personnages empathiques ou, tout à l’inverse, affreusement immoraux, ce qui est pourtant le sujet de Cartel. Jouant avec la rupture, rythmique et morale, Ridley Scott demeure tout aussi impuissant, dépendant, du scénario ficelé par McCarthy et sa mise en scène s’en ressent. Une première heure passée, le film éventre toutes ses idées pour ne plus faire que dans le sensationnalisme, la prétention consciencieuse de réaliser un film certes moins con que ses prédécesseurs mais, surtout, moins agréable à regarder que les autres. Cartel traite l’aspect irrévocable de la sentence des mortels à affronter leurs démons intérieurs et les actes qui ont guidé leur vie, Ridley Scott ne réitère pas l’exploit de films comme Blade Runner où le cinéaste prouvait, malgré le discours sombre, nihiliste, au travers d’une tirade, sa capacité à créer de l’émotion, à faire d’une séquence le symbole d’un film où l’humain, le discours traité dans les profondeurs, demeurait l’ultime quête du film.

Le thriller a récemment prouvé avec des films comme Prisoners ou Jack Reacher ses capacités à faire d’un scénario banal, sinon anecdotique, une véritable aventure pour le spectateur au travers du caractère humain, auquel s’ajoutait à cela une introspection du cinéma noir, de ses codes et de la manière dont le cinéaste pouvait se les jouer. Or, Cartel ne cherche jamais à sortir de la norme mais à reproduire les actes de maîtres du genre qui, à l’époque, produisaient une pensée subversive, un objet inconscient, et donc sincère.
S’ensuit alors un déballage sans consistance de violence graphique auquel le spectateur assiste dans une situation où son intérêt et sa patience paraissent déjà s’être envolés il y a bien longtemps.

Assurément, Cartel est un film déconcertant, pourtant, il n’en demeure pas moins plaisant et intemporel pour ceux dont la vision ne se limite pas à la vue d’un casting aussi imposant. Ridley Scott se fait désormais cinéaste du déclin et son cinéma s’en ressent. La puissance sidérale de ses anciens films a désormais laissé place à une frustration existentialiste, un mépris pour l’Homme, une force nihiliste qui désarçonne le spectateur. L’Homme n’a jamais été aussi près des thèmes du réalisateur et pourtant sa mise en scène s’en éloigne de plus en plus, tout comme le style s’étire, l’épure plus présente (la photographie de Dariusz Wolski est particulièrement propre). Sans être l’immense ratage que beaucoup y ont vu, Cartel demeurera longtemps une interrogation dont les visionnages futurs y répondront sans doute, dont la volonté de rester au-dessus des autres films du genre, illustré par des choix de casting impressionnants, finit par rendre l’ensemble général anecdotique, sinon insignifiant.2 étoiles

2 réflexions sur “Cartel de Ridley Scott

    • Très belle critique de ton côté ! Et merci de me lire et de me livrer tes impressions si souvent sur le blog.
      J’ai vu que tu avais adoré toi aussi Snowpiercer, j’ai été ébloui par ce film !

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