Tabou de Miguel Gomes

Tabou

Tabou, réalisé et écrit par Miguel Gomes
Avec Teresa Madruga, Laura Soveral et Ana Moreira
Durée : 1H50 / Date de sortie : 5 décembre 2012
Découvert en DVD grâce à Cinétrafic et édité par Shellac le 7 mai 2013
 

C’est une historie d’amours vécus, déchus, déçus. Celle, plus générale, du cinéma et du temps qui passe, d’un cinéma que l’on oublie mais dont la marque, indélébile, semble hanter le cinéaste portugais, Miguel Gomes. Sorti en 2012 et pourvu d’un consensus général, rare, qui a permis en partie au film de connaître un petit succès en France, Tabou est une ballade silencieuse, à première vue abrupte, sur des destins croisés et entremêle la flamboyante jungle qui anime le film aux fantômes du cinéma qui oppressent la pellicule de Miguel Gomes d’une suprême domination.

En étant empreint du présent comme du passé, notamment au travers l’intelligente utilisation du noir et blanc et du muet, il faut du temps au film portugais pour affirmer sa réelle identité, sa réelle beauté. Or, Tabou est un souvenir, le souvenir en pleine Afrique colonisée d’une histoire d’amour impossible mais aussi un souvenir de cinéma dans lequel le ton granuleux de la sublime photographie épouse l’intemporalité de l’histoire, son rapport de vie comme de mort. Après une première demi-heure assez catastrophique, dont la lenteur désabusée finit par asphyxier sinon démoraliser le spectateur, Miguel Gomes formule déjà la confrontation de deux cultures, idéologies opposées dont le duel vers la mort entre Laura Soveral et Isabel Cardoso ressuscite le cinéma horrifique des ténèbres du paradis perdu que supplie actuellement le genre. Il serait néanmoins bête de découvrir Tabou d’une oeil analytique, tant la puissance émotionnelle conférée par la deuxième heure rappelle les fluides formes tragiques de la romance et la pré-destination à un malheur véritable.

Tabou est aussi un film sur la résurrection, dont les thèmes traités forment un écho constant à la structure de souvenir faite par le réalisateur pour son film. Souvenir conté durant la deuxième partie, le cinéaste se joue des codes du cinéma muet pour donner de l’émotion à son récit et amplifier le réel au cœur d’un récit quasi-fantasmagorique.

Film-vaudou mais surtout film dont la densité est à l’égale de son inégalité, les deux parties du film ne parvenant pas à imposer la même fluidité et à suggérer à l’image le sujet de la désillusion amoureuse, Tabou est un film réussi auquel les échos n’avaient certes pas menti sur ses qualités narratives mais avaient clairement omis d’émettre l’ennui provoqué par une première partie malheureusement fantomatique, délétère. Il n’en reste pas moins que les magnifiques prestations de Carloto Cotta et Ana Moreira illuminent la bobine bouleversante et affirment le rôle important que Miguel Gomes pourrait avoir dans le cinéma portugais dans les années à venir.3 étoiles et demiDécouvrez aussi sur Cinétrafic les catégories « films 2014″ et « les bandes annonces des films récents »

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