Grigris de Mahamat-Saleh Haroun

Grigris

Grigris, écrit et réalisé par Mahamat-Saleh Haroun
Avec Souleymane Démé, Anaïs Monory, Cyril Gueï et Marius Yelolo
Durée : 1H41 / Date de sortie : 10 juillet 2013
Remerciements à France Télévisions Distribution qui édite le DVD

Ce Grigris a quelque chose de très américain. Telle une traversée sauvage à travers le Tchad, le héros est un homme maladroit, en perdition, animé par une force qui le rend le temps d’une chanson invincible, indestructible face à la réalité qu’il supporte dans les lumières du jour. A la fois défouloir et ring au cœur duquel il affronte son handicap, le regard des gens au travers d’une impossible chorégraphie, les premières notes de ce Grigris, élégantes et électrisantes, ont beau nous faire signe d’un beau film à venir. C’est pourtant un métrage improbable et malheureusement peu efficace que Mahamat-Saleh Haroun nous livre, malgré la portée évidente de son message à travers son héros.

Aussi épuré et réussi soit-il en termes de mise en scène, la puissance du personnage principal paraissant incontestable, Grigris est un film homogène au possible qui sacrifie toute émotion, toute réjouissance offerte par la destinée des deux héros, un jeune danseur handicapé et une prostituée qui veut devenir mannequin, pour ne se concentrer que sur la forme de son propos, l’ambiance malsaine que finit par installer le film.

Finissant par être long voire interminable, la mise en scène s’enlise dans un simplisme, et non plus dans une simplicité, qui rend la compréhension de Grigris plus complexe qu’elle ne semblait l’être à l’origine. Les scènes s’allongent, le rythme et la chronique que réalise le cinéaste tout au long du métrage finissent conjointement par perdre de leur effet. Haroun filme cette jeunesse désespérée avec un talent véritable, or, il semble incapable de faire de son histoire d’amour le portrait de cette jeunesse baignant dans les illusions de la réussite alors que leur existence réciproque demeure hostile.

Ce malgré son intemporalité narrative et la passion communicative que dégagent les performances lumineuses de Souleymane Démé et Anaïs Monory, il reste que Grigris demeure trop plat, incapable de reproduire l’énergie de ses scènes de nuit pour livrer un film aussi politiquement impliqué que beau formellement. Comme un œuf qui n’éclorait jamais, le film de Mahamat-Saleh Haroun est un bel objet de cinéma dont la gravité sociale qu’il renferme demeure rarement exploitée par son auteur, sans pour autant que celui-ci sacrifie la portée de son héros, sa déchirante incapacité à s’établir en tant qu’homme et à se livrer, dans son échappée vers la vie, aux conditions d’adulte et l’inexorabilité d’un amour foudroyant.

2 étoiles et demi

Un DVD assez anecdotique malheureusement. Très peu de bonus, excepté un making-of de 24 minutes, le produit respecte la beauté du film mais tout cela reste trop peu pour un film qui n’est pas édité en Blu-ray. Sortie le 4 décembre.

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