Le Hobbit : la Désolation de Smaug de Peter Jackson

Le Hobbit

Le Hobbit : la Désolation de Smaug, réalisé par Peter Jackson
Avec Martin Freeman, Richard Armitage, Ian McKellen et Orlando Bloom
Scénario : Peter Jackson, Phillipa Boyens, Frances Walsh et Guillermo del Toro
Durée : 2H41/ Date de sortie : 11 décembre 2013

La presse n’aura pas été tendre après la sortie du premier volet du Hobbit. Telle une renaissance inespérée de son cinéma, Peter Jackson offrait pourtant avec Un Voyage Inattendu un prologue de haute volée où, au terme de l’aventure, naissait de grandes attentes pour le futur, une volonté de pousser des ambitions visuelles et narratives à leur maximum qui viendrait démontrer toute l’utilité de cette adaptation en trois volets. Or, ce qui avait fait le charme du premier épisode était bel et bien l’allure de conte. Une histoire intime, racontée par un Bilbo plus très jeune aux côtés de Frodon qui, plus tard, viendrait détruire l’anneau.

En jetant directement le spectateur au cœur du récit, quitte à ne pas lui laisser le temps de s’imprégner d’une 3D qui sera insipide tout au long du métrage, la Désolation de Smaug montre dès son introduction le sentiment d’incohérence qui marque la nouvelle saga de Peter Jackson. Ancien formidable conteur d’histoires qui, avec King Kong et Lovely Bones, dévoilait les failles de son système narratif, mais porteur plus que jamais du costume de monteur magnifique, le Hobbit 2 livre pendant près d’une heure et demie la renaissance définitive du cinéaste sur le sommet du cinéma fantastique en alliant une mise en scène grandiose à un parfait sens rythmique. Enchaînant les séquences les plus incroyables les unes que les autres, tel un stakhanoviste, c’est la diversité des actions de cette première partie qui rend le film purement magistral. Certaines totalement hyperboliques, d’autres plus surprenantes, plus sauvages, signent l’impulsion d’un cinéma à un autre de la part de Peter Jackson, un enfant qui retrouve l’univers qu’il eût modelé pour le détourner et lui donner un nouveau sens. Il demeure encore une fois que les ressemblances de plus en plus frappantes avec le Seigneur des Anneaux continue d’asphyxier le récit et l’englobe dans une bulle de laquelle le Hobbit ne peut se détacher.

Car si l’on considère la Désolation de Smaug comme ce qu’il est vraiment, c’est-à-dire un divertissement simplement honorable et non une nouvelle pierre de son auteur à l’heroic fantasy, le cinéaste qu’était Peter Jackson en 2003 n’est plus et ce deuxième volet, comme scindé en deux parties incroyablement inégales, montre désormais les difficultés que le réalisateur néo-zélandais a à intégrer une part d’humanité dans son univers. Dénué d’émotions fortes puisque la quête de ces nains n’est finalement plus qu’un subterfuge pour la trilogie à l’élaboration, scène après scène, de combats monumentaux parfois dépourvus de tout sens, d’une intensité qui irait au-delà de l’esbroufe, le Hobbit semble non seulement avoir délaissé sa forme originale et ce qui faisait la moelle épinière de son récit. Les hommes qui le constituaient principalement. Désormais orphelins de toute identité, ils voyageaient dans les collines en quête d’un introuvable, l’illusion qui rendait cette équipe émouvante. Pourtant, à l’image d’un Martin Freeman mis de côté dans les enjeux dramatiques, c’est la perte de vie qui rend ce Hobbit bien moins trépidant, plus prévisible, car il ne met plus le spectateur au centre d’une expérience de cinéma humaine et immersive.

Le dérapage du film apparaît donc après une heure et demie pour laisser, pendant près d’une heure, le spectateur face à ses propres responsabilités. On abandonne ou on se laisse embarquer en attendant l’incroyable entretenu par la dernière réplique, le dernier regard qui annonce ce troisième volet comme le point paroxysmique à la – désormais – fresque de Peter Jackson. Certains personnages, malgré leur évidente sympathie, ne font qu’apparaître : on pense à Orlando Bloom qui porte un Legolas sans âme, à une Evangeline Lilly dont le tournant apparaîtra sans doute dans l’ultime acte. Néanmoins, son personnage constitue l’un des quelques atouts à mettre au service de Peter Jackson. En réanimant une romance, le Néo-Zélandais avoue enfin réanimer le spectre envahissant de son ancienne trilogie pour désormais voguer vers les chemins de la démesure.

La croisée des intrigues et le nombre pléthorique de personnages semblent donc avoir tué la Désolation de Smaug avant même sa création, comme si les ambitions visuelles et narratives de Jackson n’épousaient simplement plus la réalité de son cinéma. Peter Jackson est un cinéaste dévoré par la peur de vieillir et sa volonté d’innover à tout instant crée un désaccord intérieur chez ses films. Hybride mais magistral, le Hobbit : la Désolation de Smaug continue de faire naître de l’espoir chez le spectateur tant la dernière séquence paraît être un ultime appel de son auteur à son public : celui d’un réalisateur qui pourrait, enfin, s’acquitter du fantôme de Tolkien et s’affirmer en un auteur libre. Encore une fois, c’est l’espoir qui nous retient auprès de Peter Jackson.2 étoiles et demi

LE BLU-RAY

Si Warner s’est affirmé comme l’un des nouveaux grands patrons du format, en fourmillant de belles idées et en offrant de beaux objets, ce Blu-ray du Hobbit laisse un sentiment doux-amer. Bien que, techniquement, le tout soit irréprochable du début à la fin, une image sublime et très contrastée (qui rattrape le chaos laissé par la 3D) et un son Dolby Digital 7.1 exceptionnel, Warner a encore préféré garder sous le coude de nombreux bonus d’où une petite heure de bonus. La stratégie a beau s’avérer payante pour la version longue à venir, puisque le Blu-ray du premier comportait pas moins de neuf heures de bonus, ce Blu-ray fait le travail, tout en ne montrant que peu dans la globalité. Quelques vidéos de blog, à l’instar du premier, un mini-reportage sur la Nouvelle Zélande et des vidéos sur le tournage de quelques séquences clés comme celle de la Forêt Noire font le tout. Le résultat reste bien au-delà de certains autres éditeurs, restons clairs sur ce sujet, mais légèrement déceptif malgré tout. Un bel objet une nouvelle fois.

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